ACTE V, SCENE III
Lisette.
Vous avés raison, monsieur Flamand; puisque vous êtes devenu commis, on ne doit plus vous traiter comme un laquais.
Flamand.
C’est à madame que j’en ay l’obligation, et je viens ici tout exprès pour la remercier : c’est une bonne dame, qui a bien de la bonté pour moy, de m’avoir fait bailler une bonne commission qui me vaudra bien cent bons écus par an , et qui est dans un bon pays encore; car c’est à Falaise, qui est une si bonne ville, et où il y a, dit-on, de si bonnes gens.
Lisette.
Il y a bien du bon dans tout cela, monsieur Flamand.
Flamand.
Je suis capitaine-concierge de la porte de Guibray; j’auray les clefs et pourray faire entrer et sortir tout ce qu’il me plaira; l’on m’a dit que c’étoit un bon droit que celui-là.
Lisette.
Peste !
Flamand.
Ho ! ce qu’il a de meilleur, c’est que cet employ-là porte bonheur à ceux qui l’ont ; car ils s’y enrichissent tretous. M. Turcaret a, dit-on, commencé par là.
La Barone.
Cela est bien glorieux pour vous, monsieur Flamand, de marcher ainsi sur les pas de vôtre maître.
Lisette.
Et nous vous exhortons , pour vôtre bien , à être honnête homme comme lui.
Flamand.
Je vous envoieray , madame, de petits présens de fois à autre.
La Barone.
Non, mon pauvre Flamand, je ne te demande rien.
Flamand.
Ho! que si fait! Je sçais bien comme les commis en usont avec les demoiselles qui les plaçont ; mais tout ce que je crains, c’est d’être révoqué; car dans les commissions on est grandement sujet à ça, voyés-vous !
Lisette.
Cela est désagréable.
Flamand.
Par exemple, le commis que l’on révoque aujourd’hui pour me mettre à sa place a eu cet employ-là par le moyen d’une certaine dame que M. Turcaret a aimée, et qu’il n’aime plus. Prenés bien garde, madame, de me faire révoquer aussi.