‹ Turcaret comédie en cinq actes Le SageChapitre 96 sur 107 · ACTE V, SCENE IX · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE IX

Madame Jacob.

Ah ! mon frere !

M. Turcaret.

Ah! ma sœur! Qui diable les a amenées ici?

Le Marquis.

C’est moy, monsieur Turcaret, vous m’avés cette obligation-là; embrassés ces deux objets chéris. Ah ! qu’il paroît ému ! j’admire la force du sang et de l’amour conjugal.

M. Turcaret, bas.

Je n’ose la regarder, je crois voir mon mauvais génie.

Madame Turcaret, bas.

Je ne puis l’envisager sans horreur.

Le Marijuis.

Ne vous contraignés point, tendres époux, laissés éclater toute la joie que vous devés sentir de vous revoir après dix années de séparation.

La Barone.

Vous ne vous attendiés pas, monsieur, à rencontrer ici madame Turcaret; et je conçois bien l’embarras où vous êtes; mais pourquoy m’avoir dit que vous étiés veuf?

Le Marquis.

Il vous a dit qu’il étoit veuf! Hé! parbleu! sa femme m’a dit aussi qu’elle étoit veuve. Ils ont la rage tous deux de vouloir être veufs.

La Barone, à M. Turcaret.

Parlés : pourquoy m’avés-vous trompée ?

M. Turcaret, tout interdit.

J’ay cru, madame... qu’en vous faisant accroire que... je croyois être veuf... vous croiriés que... je n’aurois point de femme.... (Bas.) J’ay l’esprit troublé, je ne sçais ce que je dis.

La Barone.

Je devine vôtre pensée, monsieur, et je vous pardonne une tromperie que vous avés crue nécessaire pour vous faire écouter; je passeray même plus avant : au lieu d’en venir aux reproches, je veux vous raccommoder avec madame Turcaret.

M. Turcaret.

Qui? moy, madame! Ho! pour cela, non; vous ne la connoissés pas, c’est un démon; j’aimerois mieux vivre avec la femme du Grand Mogol.

Madame Turcaret.

Ho ! monsieur, ne vous en défendés pas tant : je n’en ay pas plus envie que vous, au moins ; et je ne viendrois point à Paris troubler vos plaisirs, si vous étiés plus exact à payer la pension que vous me faites pour me tenir en province.

Le Marquis.

Pour la tenir en province! Ah! monsieur Tur-

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