‹ Turcs et MonténégrinsChapitre 18 sur 163 · Orbini, p · texte numérisé non relu

Orbini, p

LES BALSCHIDES.

Il n’y avait pas encore vingt ans que les Osmanlis avaient pour la première fois franchi rilellespont, et déjà la Thrace entière leur était soumise. Les Sultans avaient transporté leur capitale à Andrinople, et, de là, menaçaient à la fois l’empire grec et le royaume de Servie. Toutefois ils attendirent encore quelques années avant d’apparaitre d’une manière prépondérante en Albanie.

Strachimir mourut en 1373 ; il laissait un fils, Georges II, qui fut immédiatement associé à ses deux oncles. C’est ce qui ressort d’un acte donné à Raguse, le 30 novembre 1373, par Georges Ier, acte dans lequel il se déclare ami et allié de la république de Raguse, ainsi que son frère Balscha et son neveu Georges ; les conditions de l'alliance y sont exposées et le prince de Zêta y promet l’extradition de tous ceux qui, dans ses états, se rendraient coupables de quelque crime envers les négociants ragusains ; enfin il confirme l’exemption d'impôts qui leur avait été accordée par Étienne Douschan '.

Vers le même temps, Louis, prince de Navarre, ayant épousé une des filles de la reine Jeanne de Naples, se fit donner la ville de Durazzo comme dot de sa femme, et prépara une grande expédition pour conquérir l’Albanie et la Zêta. Déjà son avant-garde était passée de l’autre côté de l’Adriatique, lorsqu’il mourut subitement au moment de s’embarquer. Les chevaliers et les soldats

1. Srbski Lietopis , 1846, jrirt. ni, p. 154-156. — Sbrsk. Spomen n® 64. — Mntium. serb., n® 173.

LES BALSCHIDES.

descendus à Durazzo, demeurant sans chef, se mirent à guerroyer pour leur propre compte avec les seigneurs albanais du voisinage, et particulièrement avec Charles Topia. Georges Balscha se hâta de réunir les meilleures troupes qu’il put trouver dans le pays et accourut au secours de son beau-frère. Il comptait prendre d’assaut Durazzo, ma’s, après plusieurs engagements, il reconnut que tous ses efforts se briseraient contre la valeur des chevaliers français, navarrais et napolitains, qui s’étaient mis en campagne pour soutenir Louis de Navarre. Changeant alors de tactique, il entra en négociations avec eux et leur offrit une forte somme d’argent pour évacuer Durazzo. La proposition fut aussitôt acceptée que faite, et les aventuriers quittèrent Durazzo, laissant l’Albanie en paix '.

Ce danger une fois écarté, les trois descendants de Bertrand de Baux, qui semblaient ne chercher que des occasions de guerre, tournèrent leurs armes contre la famille Moussachia, l’une des plus anciennes et des plus puissantes de l’Albanie. Chalcondyle raconte qu’ils tuèrent à la chasse Biagio Matarango, chef de cette famille2 ; Orbini donne une version un peu différente et prétend qu’après plusieurs combats sans succès, ils attirèrent Matarango dans une entrevue sous prétexte de faire la paix, et que là, s’étant saisis de lui et de son fils, ils le jetèrent dans une prison *. Quoi qu’il en soit, à la suite de cette trahison, les princes de Zêta s’em-

i. Orbini, p. 289.

2 Chalcondyle, t. IV, p. 111, édition de Paris.

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