Archives du château de Lantheuil
ral, parce que, timide jusqu’à la sauvagerie, il ne laisait pas la révérence de bonne grâce et allait se cacher sous les meubles quand venaient des visites1.
Mais il est à noter que Turgot, après la mort du Prévôt des Marchands, continua de vivre avec sa mère dans l liôtel de la rue Portefoin et descendit toujours chez elle quand, intendant de Limoges, il venait à Paris. On doit donc supposer qu’il y eut entre elle et lui plus de liens de tendresse que ne le laisse croire le racontage de Morellet, peu porté à la bienveillance envers les dévots, en sa qualité d’abbé philosophe,
Si les parents du commencement du xvme siècle n’avaient pas envers leurs enfants le laisser-aller de ceux d'aujourd’hui, ils n’avaient pas tous l’égoïste sévérité des Mirabeau.
Les lettres du Prévôt des Marchands montrent un père quelque peu formaliste, mais très affectueux; quand il écrivait à son fils le Chevalier, à Malte, il remplissait conscien-
I. Condorcet a dit aussi que Turgot avait été élevé dans la contrainte, mais au temps de Condorcet, « l’éducation de nature » était fort à la mode.
cieusement de sa belle écriture les trois pages intérieures de chacune de ses lettres, grondait et disait « vous » à la première page., puis le feuillet tourné, changeait de ton, tutoyait et se montrait tel qu’il était, aimant et indulgent1.
A l’époque où cessèrent ses fonctions à l’Hôtel de Ville, il avait cinquante ans et souffrait de la goutte; ses yeux furent atteints; à partir de 1740, il fut incapable de travail continu; retiré presque constamment dans son château de Bons2, à quelques kilomètres de Falaise et à peu de distance du site pittoresque qui a reçu le nom de Brèche du Diable 3, il ne songea plus qu’à sa santé et à l’avenir de ses enfants. La mort le frappa le Ier février 1761, avant qu’il eût achevé sa tâche. La position de son fds Michel-Jacques 4, président à mortier depuis 1747, était seule assurée.
Le second fds du Prévôt, fait Chevalier de Malte au maillot, avait pris part comme offi-