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CHAPITRE VIII

REACTION ECONOMIQUE ET POLITIQUE APRES LA MORT DE TURGOT — TRIOMPHE DEFINITIF EN 1789 — NOUVELLES RÉACTIONS SOUS l'eMPIRE, LA RESTAURATION, LA REPUBLIQUE DE FÉVRIER ET LA RÉPUBLIQUE DE 1871 AU NOM DE l'oRGA- KISATION DU TRAVAIL d' ABORD ET PLUS TARD AU NOM DE " LA LIBERTE d'ASSOCIATION — ÉCOLE RADICALE SOCIALISTE — ÉCOLE ÉCONOMIQUE CATHOLIQUE.

Turgot n'aurait pu réussir que par l'autorité du roi, et les concessions que, dans un esprit de conciliation, un ministre plus souple que lui aurait pu faire à la Cour ou au Parlement, n'auraient eu aucun effet utile sur le succès ultérieur de son entreprise.

L'ancien régime, après les transformations lentes dont il avait été l'objet, consistait au xviii® siècle, dans un despotisme tempéré par les privilèges dont jouissaient certains corps, comme la noblesse, le clergé, la magistrature, l'armée, les communautés de marcbands, etc. La destruction de ces privilèges et le remplacement des garanties particulières qu'ils assuraient à un certain nombre d'individus, par une garantie générale donnée à toute la nation,

tel était le but que poursuivait Turgot. « La cause du mal, Sire, disait-il au roi dans son Mémoire sur les municipalités, vient de ce que votre nation n'a pas de constitution ; vous pourriez gouverner comme Dieu, par des lois générales. »

Seule une révolution, c'est-à-dire le renversement du régime, pouvait réaliser ce progrès, et cette révolution n'aurait pu s'accomplir sans violence que si les deux puissances, les deux principes actifs du régime ou l'un des deux, le roi et les privilégiés, eussent consenti à l'entreprendre. Turgot ne pouvait pas compter sur les privilégiés, qui étaient bien loin à cette époque de penser à une nuit quelconque du 4 Août, qui se croyaient très forts et n'avaient aucune envie de désarmer. Il n'avait par conséquent de chance de succès que s'il persuadait au roi de se mettre à la tête du mouvement et que s'il obtenait de lui de s'y tenir avec fermeté. Mais si Louis XVI a eu parfois le sentiment de ce qu'il pouvait oser dans cet ordre d'idées, il n'a jamais eu la force de passer du sentiment à l'action.

Turgot aurait-il pu venir à bout des hésitations du roi s'il avait ménagé les personnages de la Cour et du Parlement, et s'il ne s'était pas successivement brouillé avec tout le monde ? Poser la question dans ces termes, c'est en faire ressortir la contradiction. Son objet était de changer un régime qui reposait justement sur ceux-là mêmes qu'on prétend qu'il aurait dû ménager. Les ménager, c'eût été leur rendre en quelque sorte hommage et respecter leur

autorité, comme si elle eût été régulière : tandis qu*il voulait au contraire les détruire en tant qu'organes du gouvernement et les mettre hors d'état d'exercer, comme corps, une influence quelconque sur l'administration du royaume.

On s'est bien aperçu après la chute de Turgot de la raison qui inspirait, instinctivement ou non, la résistance des privilégiés à ses réformes. La réaction qui s'est produite ne s'est pas bornée à l'abrogation des édits qui venaient d'être enregistrés en lit de justice; elle a poursuivi en même temps un but politique général, qui était de consolider le régime et d'en tirer les conséquences les plus extrêmes. Necker, après avoir servi la réaction, a été emporté par elle, comme devait l'être plus tard Galonné. La constitution de l'Etat, refaite avec patience par le Parlement et la noblesse, jircnait une forme de plus en plus tangible. La monarchie française dégénérait en une oligarchie de privilégiés, maîtres de la couronne et assez puissants pour empêcher le roi de jouer, même s'il en avait eu le désir, son rôle de protecteur du peuple contre les empiétements des grands.

Rien n'est plus affligeant ni plus extraordinaire en même temps, que la réaction qui s'est produite après le premier ministère de Necker. Jamais l'esprit de privilège ne s'est montré plus exigeant qu'en 1781. Les roturiers avaient pu jusque-là figurer dans les cadres d'officiers, et bon nombre d'entre eux sous Louis XIV, sous Louis XV et même dans les

premières années du règne de Louis XVI avaient tenu une grande place dans Tétat-major de l'armée française. Le règlement de 1781 sur les grades dans l'armée est plus rigoureux que tous les règlements antérieurs. Quiconque à l'avenir voulait prétendre au grade d'officier, soit dans l'infanterie, soit dans la cavalerie, était tenu de faire la preuve de quatre degrés de noblesse.

« Au lieu de céder doucement à l'action du temps, il l'influence des lumières, écrivait Sieyès en 1788 dans sa fameuse brochure, la noblesse se raidit contre elles. Elle prétend ne rien perdre de ses privilèges : que dis-je! elle les accroît Tout récemment ils ont, sans autre façon, fait cadeau pour toujours à la noblesse des places de conseillers et de présidents. » Joly de Fleury, le successeur de Necker, poussa jusqu'aux dernières limites l'étroitesse de l'esprit réactionnaire. Dans une note qui accompagne sa traduction de Marc-Aurèle il trouve étrange qu'on n'ait pas encore fait la plus utile de toutes les lois. « C'eût été d'ordonner aux hommes, sous les peines les plus sévères, de contenir dans de justes bornes leur curiosité naturelle et de leur défendre de parler et d'écrire sur des choses qui passent la portée de leur intelligence. »

Ceux qui ont entendu Turgot, qui ont été ses amis, ses collaborateurs, qui ont été mis en disgrâce avec lui pour Tavoir servi dans son ministère, peuvent en 1784 et en 1786, trois et cinq ans seulement après sa mort, lire un arrêt du parlement de

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Paris qui défendait de moissonner les blés à la faux — ceci pour l'agriculture, — tandis que pour l'industrie, on ordonnait que la longueur des mouchoirs qui se fabriquent dans le royaume fût précisément égale à leur largeur. Réaction dans l'armée, dans la magistrature, dans l'industrie, réaction même dans l'application des droits féodaux des seigneurs : on marchait au précipice avec une rapidité vertigineuse.

La réaction ne pouvait pourtant pas suffire à tout, renforcer les privilèges et remplir les coffres du Trésor, ruiner le tiers état en l'opprimant et en tirer de quoi suffire au développement de tous les abus, ouvrir largement aux favoris la caisse des pensions et ramener la dépense au-dessous de la recette. Galonné, tout aimable et tout habile qu'il fut, n'était pas en état de sortir le royaume du gouffre où il s'effondrait. Cet homme instruit, agréable, plein de ressources et de mœurs faciles, se décida enfin à revenir aux réformes financières de Necker et aux réformes économiques de Turgot. Son projet procédait, cela est certain, des deux ministres qui avaient voulu mettre de l'ordre dans le désordre de l'ancien régime, et c'est pour nous une recommandation; il faut lui en savoir beaucoup de gré. « Mais c'est du Necker tout pur que vous m'apportez », lui avait dit le roi en l'écoutant. Louis XVI aurait pu ajouter que c'était aussi du Turgot.

La subvention territoriale de Galonné, qui atteignait tous les propriétaires et toutes les propriétés

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sans exception ni privilège, n*était autre chose que rimpôt foncier dont Turgot poursuivait l'étude au moment où il a été congédié et qui devait faire Tobjet de sa plus prochaine réforme. C'était aussi du Malesherbes, s'il est vrai que Malesherbes soit l'auteur du mémoire déposé aux Archives où il est dit, en parlant de la nécessité de soumettre les privilégiés à l'impôt : « Cette vérité si évidente a été sentie par tous les administrateurs. Elle l'aurait été par la nation tout entière si la nation avait été admise à connaître et à discuter ses propres intérêts. » Calonne montrait à la nation la vérité toute nue, et par la convocation des notables il préparait l'appel « à la nation tout entière pour discuter ses propres intérêts ». Mais si Calonne a eu les idées de Turgot et l'habileté de Maurepas, s'il a réuni tout à la fois les vertus qui sauvent et les vices qui plaisent, s'il a été de la cour sans être pour cela moins philosophe, moins économiste, moins homme d'Etat, pourquoi n'a-t-il pas réussi là où Turgot avait échoué? Et si on peut dire de lui qu'il a été le fidèle portrait du Turgot qu'on reproche au grand ministre de n'avoir pas été; s'il a eu ce qui manquait à son illustre prédécesseur au dire de ceux qui blâment dans Turgot son caractère trop ferme et sa hauteur trop méprisante, pourquoi n'a-t-il pas mérité de recevoir de la postérité tous les éloges qu'on accorde à Turgot augmentés de tous ceux qu'on lui refuse ? La raison en est facile à trouver : c'est que la Révolution ne pouvait pas être évitée par des compromis

avec les privilégiés, que les compromis vinssent de Galonné ou de Turgot. L'histoire est là pour en fournir la preuve. Turgot aurait perdu à être un Galonné, et Galonné n'a rien gagné pour avoir voulu être un Turgot.

Dans la nuit du 4 Août, l'Assemblée nationale décréta la réformation des jurandes. L'apothéose de Turgot commençait. Son fidèle ami, Dupont de Nemours, devenait l'inspirateur du comité des finances et rédigeait l'adresse aux Français sur les contributions directes. Ce qui domine le système financier de la Révolution tel que Dupont de Nemours en a donné le programme et tel qu'il est sorti des délibérations de l'Assemblée nationale, c'est bien l'idée de Turgot : que l'impôt doit être réel, ne porter en conséquence que sur les richesses visibles et ne donner ouverture à aucun acte arbitraire dans le recouvrement.

L'article 7 de la loi de 1791 remet en quelque sorte en vigueur l'édit même de Turgot sur les jurandes; il en reproduit presque toutes les expressions : « A compter du i^' avril prochain, il sera libre à tout citoyen d'exercer telle profession, art ou métier qu'il trouvera bon, après s'être pourvu d'une patente et en se conformant aux règlements qui pourraient être faits. » Enfin l'article 1®' du décret des 14-17 juin 1791 condamne définitivement l'ancien régime de l'industrie. « L'anéantissement de toutes les espèces de corporations de citoyens de même état et profession, étant une des bases fondamentales de la consti-

tution française, il est défendu de les rétablir de fait, sous quelque prétexte et quelque forme que ce soit. » Cependant on pouvait apercevoir déjà le germe du dissentiment qui devait bientôt se faire jour entre les réformateurs, les uns dévoués à la liberté, l'accordant à leurs adversaires comme ils se l'assuraient à eux-mêmes, les autres portés à défendre les droits de l'Etat jusqu'à l'oppression des individus : les libéraux et les jacobins. « On allait voir d*autres révolutionnaires, dit Louis Blanc, donner de la liberté, telle que la comprenaient les révolutionnaires de 89, une définition nouvelle. A ceux-là nous entendrons dire : La liberté consiste non dans le droite mais dans le pouvoir accordé à l'homme d'exercer, de développer ses facultés sous l'empire de la justice et la sauvegarde de la loi. »

Marat prit dans son journal, l'Ami du peuple, la défense des corps de métiers. « Rien de mieux sans doute, écrivait-il le 16 mars 1791, que d'affranchir les citoyens des entraves qui s'opposent au développement des talents et qui retiennent les infortunés dans l'indigence. Mais je ne sais pas si cette liberté plénière, cette dispense de tout apprentissage, tout noviciat, pour exercer tel ou tel métier, telle ou telle profession, est bien vue politiquement.... Le premier effet de ces décrets insensés est d'appauvrir l'Etat en faisant tomber la manufacture et le commerce ; le second effet est de ruiner le consommateur en dépenses éternelles.... Dans chaque État qui n*a pas la gloire pour mobile, si du désir de faire fortune

on ôte le désir d'établir sa réputation, adieu la bonne foi ; bientôt toute profession , tout trafic dégénérera en friponnerie. Gomme il ne s'agit plus alors que de placer ses ouvrages et ses marchandises, il suffit de leur donner certain coup d'oeil attrayant et de les tenir à bas prix sans s'embarrasser du solide et du bien fini.... Et comme ils n'ont alors ni mérite ni solidité, ils doivent donc dégénérer en savetage et déterminer le consommateur, à son aise, à se pourvoir à l'étranger. »

Louis Blanc se met à un autre point de vue; il voit, dans l'œuvre de Turgot reprise par les constituants de 1789, le triomphe de l'individualisme contre la fraternité.

a 11 faut tout dire, écrit-il dans son Histoire de la Révolution française : Turgot j)roclama, il le proclama en termes magnifiques, le droit de travailler. Ce sera dans l'avenir un de ses titres d'honneur. Ne vous y trompez pas, toutefois : Turgot n'alla jamais jusqu'à reconnaître le droit au travail. Il voulait bien qu'on laissât les pauvres libres de développer leurs facultés, mais il n'admettait pas que la société leur dût les moyens d'y parvenir. Il entendait bien qu'on supprimât les obstacles qui peuvent naître de l'action de l'autorité, mais il n'imposait pas à l'Etat l'obligation de servir de tuteur aux pauvres, aux faibles, aux ignorants.... Que servait de crier au prolétaire : « Tu as le droit de travailler », quand il avait à répondre : « Gomment voulez-vous que je pro- « fite de ce droit? » L'école de la prétendue fraternité

reprochait h Turgot d'avoir cru d'abord que détruire les obstacles et puis laisser faire, c'était tout le gouvernement, et de n'avoir trouvé ensuite de garantie contre le monopole que dans l'isolement.

Ce qui empêchait cependant les révolutionnaires de revenir aux corporations et ce qui les a forcés de maintenir l'œuvre de Turgot malgré Marat, malgré tant d'autres, c'est qu'ils voyaient bien que les corporations renfermaient en elles-mêmes un principe d'exclusion et d'oppression, et que si par l'association corporative ils pouvaient constituer une sorte de famille, c'était une famille exclusive, qui n'admettait pas dans son sein tous ceux qui avaient besoin de travailler.

Napoléon ne devait pas avoir de ces scrupules. Aussi, sous le Consulat, y eut-il un retour offensif bien plus caractérisé en faveur des corporations. Le Conseil d'Etat fut saisi d'un grand nombre de mémoires en faveur du rétablissement des corps de métiers. Regnaud-de-Saint-Jean-d'Angély se fit l'avocat des jurandes.

Sous la Restauration, les partisans du rétablissement des corporations reprirent courage. En 1817, un avocat, nommé Levacher-Duplessis, qui prétendait agir au nom « de trente-quatre professions commerciales et industrielles », présenta une requête au roi sur la nécessité de rétablir les corps de marchands et les communautés d'arts et métiers. Cette requête reproduisait les arguments du Parlement de 1776, et l'on y parlait de Turgot à la façon de

l'avocat général Séguier et dans un style d'ailleurs assez étrange.

Turgot était « né avec un caractère inflexible et absolu; ses opinions, qui en avaient pris la teinte, étaient dégénérées en esprit sectaire ». Les corporations qu'il avait détruites avaient été reconstituées après sa disgrâce; leurs abus, disait-on, avaient disparu, et elles avaient rendu au commerce et à l'industrie les plus grands services. C'est à ces corporations sagement réglées que Levacher et les marchands de Paris demandaient qu'on revînt. Il faut a opposer des obstacles à cette manie mercantile qui précipite dans la carrière de l'industrie une foule d'aventuriers qui la déshonorent ». La Chambre de commerce de Paris, saisie de cette requête, l'examina et, restant fidèle à l'opinion qu'elle avait exprimée plusieurs fois, maintint sa première délibération, « le temps et la réflexion n'ayant fait que fortifier à cet égard l'opinion de la Chambre ». En 1821, nouvelle pétition, nouvelle délibération de la Chambre de commerce, affirmation des convictions inébranlables de ses membres.

« La Chambre, délibérant sur cette communication... et considérant... en outre que les progrès immenses de l'industrie française depuis l'époque où elle a été affranchie du monopole des maîtrises avertissent suffisamment du danger des innovations que Ton voudrait introduire dans la législation actuelle,... s'élève, comme l'ont fait ses prédécesseurs età la même unanimité, contre l'écrit adressé aux deux Chambres. »

En février 1848 les corporations reprirent faveur. Ceux qui proclamaient le droit au travail et dont la doctrine se résumait dans la formule de l'organisation du travail, parurent être un moment les maîtres du pouvoir; mais ils effrayèrent la nation, et leurs idées périrent dans les journées de Juin.

Ainsi les doctrines de Turgot avaient traversé, sans être atteintes, les époques les plus dangereuses pour les idées économiques libérales : la Convention, l'Empire, la Restauration, la révolution de Février. Napoléon aurait voulu faire, des corporations reconstituées et placées sous sa main de fer, un instrument de police; il a fait rédiger un projet de loi dans ce sens, mais il a dû y renoncer. La Restauration avait rendu le courage à ceux qui déploraient le renversement des anciennes institutions de la France, et cependant elle n'a rien fait pour revenir à l'ancienne organisation de l'industrie. Toutes les tentatives avaient successivement échoué devant une indifférence générale, devant les soupçons que faisaient naître les prétentions de l'esprit de monopole qui ne satisfaisait un intérêt que parce qu'il menaçait tous les autres, et aussi devant les craintes d'une tyrannie populaire et révolutionnaire.

C'est à la lutte mémorable que Turgot avait soutenue en 1776 que la France moderne a dû d'échapper à la réaction contre l'affranchissement du travail.

Le coup frappé par Turgot avait été mortel pour les corporations. Le rétablissement qu'on en avait fait après sa disgrâce avait été incomplet, en ce sens

que les anciennes communautés n'avaient pas été restaurées et qu'on avait simplement autorisé ou prescrit la formation de nouvelles associations. L'esprit de corps avait été brisé en elles. Il n'a pu se réveiller ni sous Necker, ni sous la Révolution, ni sous l'Empire, ni sous la Restauration.

Si l'égalité entre les citoyens, l'admissibilité à tous les emplois, l'abolition de toutes les distinctions sociales doivent être considérées comme la conséquence nécessaire de la Révolution française dans les conditions où elle a fuit explosion, et si ces conquêtes démocratiques constituent en quelque sorte ce qu'on a appelé le régime moderne, il n'en est peut-être pas de même d'un système d'intervention dans le travail, dans l'industrie ou dans le commerce qui procéderait par des lois générales et n'attacherait pas à des corps exclusifs une protection qui autrement aurait paru restaurer un privilège de l'ancien régime. En étendant et en appliquant cette protection à des corps ouverts, on aurait peutêtre pu la rendre acceptable à ces innombrables agents inconnus de la Révolution, qui n'ont jamais eu d'autre passion que celle de l'égalité et pour lesquels la liberté comportait le plus souvent le droit de la refuser à leurs adversaires.

On peut donc croire que ce n'était pas par principe, mais par un sentiment qui leur était propre, provenant de leur éducation, et qu'ils pouvaient très bien ne pas transmettre à leurs successeurs, que les hommes d'Etat de la Révolution ont préservé

notre pays des réactions tentées contre la liberté du travail, intronisée par Turgot dans notre pays en 1776. Ils étaient réellement encore sous l'influence personnelle de Turgot mort depuis plus de dix ans. C'est Turgot qui les faisait agir et qui était comme le directeur invisible de leur conscience économique.

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