LA PRÉPARATION DES GRANDS EDITS — LES ÉDITS DE
Interrompu par la guerre des Farines, mais toujours résolu à poursuivre les préjugés, les privilèges et les abus, encouragé d'ailleurs par la victoire qu'il venait de remporter, par la confiance que le roi lui avait témoignée et par l'entrée de son ami, le sage Malesherbes, au ministère, Turgot reprit l'étude déjà très avancée de ses grands projets, avec toute l'activité dont son esprit était capable. Il le fit sans ostentation, mais aussi sans mystère, et ceux qui devaient en souffrir purent tout à leur aise se préparer à défendre leurs intérêts, ceux de leurs familles et de leurs amis.
Au premier rang de ses adversaires, Turgot devait rencontrer le Parlement et, à la suite, le clergé, puis la cour, le parti Ghoiseul, la bourgeoisie parisienne menacée dans les six corps de marchands qui la composaient, et enfin, au sein même du ministère, d'abord le garde des sceaux Hue de Miroménil et enfin le premier ministre lui-même, Maurepas.
TURGOT
Le clergé le considérait, non sans raison, comme un philosophe. Il se rappelait cette phrase du Conciliateur où Turgot disait à propos de la révocation de redit de Nantes : « On a déshonoré la religion pour flatter Louis XIV »; et cette autre opinion vivement exprimée que le roi ne doit pas être chef de la religion, pas plus que le chef de la religion ne doit être roi. « La suprématie des Anglais, le pouvoir temporel des papes, voilà les deux extrêmes des abus. » Le clergé ne lui avait pas pardonné non plus les efforts qu'il avait faits pour obtenir la modification de la formule du serment du roi au sacre. Turgot avait demandé à Louis XVI de supprimer du serment le passage où il jurait « d'exterminer entièrement de ses Etats tous les hérétiques condamnés nommément par FEglise ».
Louis XVI y aurait probablement consenti ; il avait été ému des observations que lui avait présentées son contrôleur général; mais, circonvenu par Maurepas, qui ne voulait pas se brouiller avec les évêques, il s'était défendu mollement, avait fini par céder et avait prononcé l'ancienne formule, se contentant de la balbutier dans quelques paroles inintelligibles.
Il subsiste une preuve curieuse de l'effet que Turgot avait produit sur le roi en lui présentant ses observations de vive voix et par écrit, et en le suivant à Reims, pour lui parler, jusqu'au dernier moment, de cette grave déclaration d'intolérance qu'on lui imposait. C'est un billet de la main même du roi,