LES ROUTES
Une autre espèce de corvée dont Turgot délivra le limousin est celle de la confection et de l'entretien (les»rôutes. Quoiqu'il en reste encore des traces dans nos communes pour certaines classes de chemins, la question était très avancée dans l'esprit public. Les parlements, dans leurs remontrances, se prononçaient souvent contre ce genre d'impôt, très onéreux, trial réparti, et sujet à beaucoup d'autres abus. L'Ami des hommes avait particulièrement dirigé ses attaqués contre cet état de choses. Turgot, toujours en avant dans les conceptions utiles ou généreuses et dans leur exécution, ne pouvait manquer d'introduire cette amélioration dans son gouvernement. Malgré un reste de vieux préjugés qui remontait jusqu'au droit romain, Turgot n'éprouva point d'opposition dans son intendance : les vœux du public étaient pour lui, et le
Parlement de Bordeaux, les Cours des aides de Paris et de GleriDont lui donnèrent leur appui. Ses succès allèrent croissant pendant les onze dernières années de son administration. Plus tard, lorsqu'il voulût étendre à toute la nation le bienfait dont il avait mis en possession les trois provinces dont se composait son intendance , le Limousin , TAngoumois et la Basse-Marche, il rencontra une opposition peut-être plus calculée que sincère; la cour et la ville, c'est-àdire une fraction imposante de l'une et de l'autre, avaient cessé de comprendre les avantages attachés à la confection et à l'entretien des routes par des entreprises spéciales au compte du trésor ou du budget des provinces. C'est que les moyens proposés en dernier lieu étaient plus équitables : dans sa généralité, l'intendant dut prendre des détours pour arriver au résultat qu'il se proposait sans alarmer des intérêts encore nombreux et puissants. Mais le ministre ne croyant plus ces précautions nécessaires, et voulant faire peser la charge sur tout le monde, peuple, bourgeois, noblesse et clergé, les privilégiés, cette fois, trouvèrent la mesure détestable. Et cependant l'exemption dont ils réclamaient le maintien n'était qu'une usurpation qui n'était justifiée par aucune ancienne loi. Cet abus était d'autant plus criant que les voies, de communication profitaient plus aux grands propriétaires qu'à tous autres , puisqu'ils avaient plus de productions à vendre, et que la facilité de les faire circuler en augmentait le prix. Leur opposition retombait donc en partie sur eux. Mais n'anticipons pas.
l'octroi. 115
l'octroi.
On a TU, par la lettre de Turgot au contrôleur général sur le mode de transport des équipages militaires, qu'il mettait à profit toutes les occasions d*éclairer Tadministration supérieure, non seulement dans l'intérêt de sa généralité, mais aussi dans Tintérèt général du royaume.
D'autres fois, comme dans sa lettre au même ministre sur la réforme des droits d'octroi, il saisissait Toccasion d une réforme demandée pour signaler un mal plus étendu et en demander le remède. Ainsi, quand on ne lui parle que d octrois qui s'établissent sans lettres patentes, ou qui se prorogent au-delà du terme fixé et sans autorisation nouvelle , il répond : « Je crois, Monsieur, que le travail nécessaire pour remédier à l'abus que vous avez marqué pouvant être l'occasion d'une réforme plus considérable et plus utile, il convient de ne s'y pas borner. » 11 propose ensuite ses vues sur l'organisation des octrois : il ne s'agit pas seulement, en effet, d'exiger qu'ils ne soient établis par les villes que sur autorisation; il faut en outre corriger les tarifs, « fixer les droits d'une manière claire, précise, qui prévienne les interprétations arbitraires et les contestations qui en naîtraient ;
les simplifier en ne les faisant porter que sur un petit nombre de denrées d'une consommation générale, assez précieuse pour que Taugmentation résultant du droit soit peu sensible, pour que la charge tombe principalement sur les plus aisés, et assez volumineuse pour qu'il ne puisse y avoir lieu à la fraude; enfin, supprimer les privilèges odieux que les principaux bourgeois se sont arrogés au préjudice des pauvres et des habitants des campagnes. »
Voilà, en effet, un projet de réforme un peu pliis large et plus décisif que celui du contrôleur général. Il yen aurait un autre plus radical encore; mais celuilà tient essentiellement aux idées économique^ de Turgot, et il n'en parle qu'avec beaucoup plus de ménagements : c'est que, suivant lui, a tous ces drojits sur les consommations sont un mal en eux-m^mes, et que de quelque manière qu'ils soient imposée ils retombent toujours sur les revenus des terres; qu'il vaudrait par conséquent beaucoup mieux les supprimer entièrement que de les réformer » Mais il
n'insiste pas : « Les idées ne sont pas encore assez généralement fixées sur les principes à suivre da^ l'établissement des impositions, pour que l'on puisse proposer dans ce moment un changement aussi considérable. »