‹ Turin et ses curiositésChapitre 1 sur 55 · PRÉFACE DES ÉDITEURS · texte numérisé non relu

PRÉFACE DES ÉDITEURS

iSous croyons devoir rendre compte des considérations , qui nous ont diriges dans la publication de cet ouvrage. C’est un livre qui a été composé pour servir de guide à. l’ Étranger qui veut parcourir la ville de Turin : pour cela nous avons pensé faire usage de la langue française , pour sa rédaction , comme d’une langue qui est généralement cultivée. Dans le nombre des voyageurs on remarque toujours beaucoup de personnes attachées au commerce , et nous avons cru leur offrir dans cet idiôme un livre à leur portée , aussi utile qu’agréable. Les savans , les personnes de qualité , ou celles qui sont favorisées de la fortune 3 trouveront dans cet ouvrage de quoi satisfaire leur curiosité. Outre qu’il contient la description de tous les objets qui peuvent faire connaître V état actuel d’une ville , qui

est distinguée parmi les plus belles d’Italie, l’Auteur a pris soin de rémonter aux évc nemens qui forment son histoire, et de donner dans un discours préliminaire un abrégé de ses vicissitudes après la subversion de l’Empire Romain ; comme de rassembler les détails qui regardent ses agrandi ssemens et ses embelli ssemens, depuis quelle est dévenue la Capitale des Etats de la Maison Rojale de Savoie. Le parallèle que le Lecteur pourra faire des circonstances diverses où cette Ville s’est trouvée , sera pour lui plein d'intérêt, soit qu’il veuille considérer les mutations quelle a éprouvées dans son régime intérieur, soit quil veuille les considérer, ces mutations > comme se rattachant aux pertes et aux progrès quelle a faits dans la carrière de la civilisation.

Il eut été impossible de faire l’histoire des agrandissemens de la ville de Turin , sans entrer dans les détails du dévéloppe~ ment progressif de ses fortifications ; et cette considération nous a porté à étendre notre travail sur cette matière, d’autant plus volontier que le récit historique de ces fortifications semble acquérir de lintcrêt au '

jourd'hui que les vestiges des remparts de la ville de Turin vont disparaître par les démolitions et les aplanissemens , qui sont ordonnés par le Gouvernement.

Mais il était difficile de pouvoir rappeler le souvenir de toutes les constructions exé * cutées dans la période de quatre siècles , pour compléter cette enceinte bastionnée , qui avait formé de la ville de Turin une place de guerre, sans aider la mémoire du Lecteur par des dessins , et cette considération nous a déterminés à implorer le secours de M. Bagetti , Architecte et Dessinateur de Sa Majesté , dont les talens sont généralement connus. Dans neuf planches , relatives aux sujets qui sont exposés dans le discours préliminaire, M. Bagetti a représenté d'une manière aussi exacte que savante, l'ancien circuit de la ville de Turin avec son mur de clôture et ses tours , telles quelles avaient été élevées au commencement du cinquième siècle , après l’invasion des barbares ; et à partir du quinzième siècle ( c'est-à-dire mille ans après ) il a retracé, comment et par quels travaux successifs ce simple mur de clôture, qui tombait de vétusté , a donné

lieu à cet appareil redoutable de bastions , que l'on ne peut voir aujourd'hui sans parcourir d'un s&d trait les époques les plus mémorables de notre histoire. En effet , nous avons bien voulu y ajouter un précis des événemens qui ont accompagnés les trois sièges de la ville de Turin , que Von a aussi représentés sur les planches dont nous avons parlé.

Que le Lecteur ne s'imagine pas , en attendant , que notre livre ne renferme que des notions d’antiquité. Les détails historiques qui précèdent la description de la ville de Turin , telle quelle est aujourd’hui , semblent acquérir de l’intérêt par le soin que l’on a pris d'y joindre tous les renseignemens de statistique propres à faire connaître les accroissemens que cette Cité a reçus dans sa population et son industrie, à mesure que de chef-lieu d’un petit État , elle devenait la Ville Capitale d’un Royaume prépondérant en Italie, dprès que le Lecteur aura appris , dans le discours préliminaire , par quelle série d'incidens les anciens peuples Taurini ont étendu leur domination, il trouvera dans le corps de l’ouvrage de

quoi satisfaire sa curiosité sur tout ce que la ville de Turin offre de vraiment intéressant.

Ce nest pas la première fois qu'on ait cherché de faire connoître les beautés de la Capitale du Piémont. Outre de ce qui se trouve consigné dans les relations de voyages faits en Italie parmi lesquelles on distinguera toujours le Voyage de Monsieur de la Lande , plusieurs Ecrivains ont entrepris de décrire avec soin tous-les monumens, les palais plus rémarquables , et les objets de Science et d’ Art , qui se trouvent dans Turin. Sans parler de l’historien Pingone , qui en \Sy] a publié son Augusta Taurinoriim , avec une gravure en bois, ouvrage médiocre en recherches d’antiquités , mais riche en faits historiques concernant la Maison de Savoie, à commencer de l’acte par lequel les Marquis de Suse avoient obtenu, de l’Empereur Otton , le gouvernemcrit de cette Ville ; et sans parler du Chevalier Emmanuel Tesauro qui a fait l'histoire de la ville de Turin , continuée par Ferrero de Lavriano , ouvrage qui est imprimé en deux gros volumes in foglio j un certain Pierre-

Paul Gileto a imprimé à Milan , en 1669, un poème sur la ville de Turin intitulé Torino in ogni sua parte ammirabile. Après lui , Jean-André Pauletti , dans un livre intitulé storia di Torino , et publié à Padoue en 1 675 , il donne des détails sur cette ville en faisant la succinla descrizion® degli stati che formano il dominio dell’ autichissiina casa di Savoia. Un auteur latin appelé André Slerpi a publié à Pavie , en 1 747 > un livre intitulé , Taurini urbis famosissimae poetica descriplio. Lors qu enfin Gaspard Craveri , \ en 1753, commença à publier sa Guida de’ fores lieri per la cittâ di Torino imprimée a l'imprimerie Royale , avec d'assez médiocres figures ; ouvrage bien écrit et qid offre de l'intérêt , mais qui manque essentiellement de notions de Science et d’Art . En 1 780 3 feu Honoré Dcrossi publia t en forme d'almanac , sa nouvelle guide pour la ville de Turin , dans laquelle il donne les plus grands détails sur tout ce qui peut intéresser le Savant , l'Artiste et l'Antiquaire ; et ce livre , devenu rare aujourd'hui 3 a contribué à répandre le goût des recherches d’Art et d' Antiquités, Il est vrai , que De-

xr

rossi a eu des collaborateurs distingues , parmi lequels on cite le Baron Vernazza de Freney > qui a du lui jourtiir beaucoup de notes intéressantes.

En parlant des ouvrages descriptifs qui ont paru sur la ville de Turin , nous ne saurions nous empêcher de dire un mot des Annuaires statistiques , publiés pour les anruses 1806-7-8 et 9. Von trouve dans ces quatre Annuaires beaucoup de notions intéressantes sur la population , V industrie , le commerce , et sur V agriculture , ainsi que sur les établissemens publics qui existent dans Turin , et il serait à désirer que Von s3 occupa de la compilation de pareils Calendriers pour V avenir ; parceque les almanacs sorA des livres toujours biens accueillis , et dont l’influence , lorsqu’ils sont bien faits , est plus utile qu’on ne pense.

Dernièrement a paru le livre de monsieur Millin , intitulé Voyage en Savoie , en Piémont, à Nice et à Genève , qui devait être continué pour tous les pays de V Italie , si la mort n’eut dérangé les projets de cet Ecrivain. C’est un ouvrage recommandable , somme étant d’un homme qui avait voyagé.

et qui était a la tête du Cabinet des Antiques de Paris : mais il ne contient pas moins beaucoup de fautes , que les amis de V Auteur ont réjettées sur ses imprimeurs.

Malgré les livres dont nous venons de parler, la ville de Turin manquait encore d’un ouvrage descriptif, tel quon en trouve dans tous les pays , parceque les hommes ne se contentent plus aujourd’hui d’une indication minutieuse des différens objets qui peuvent être dans une Tille , ou d’un exposé rapide de tout ce quelle offre de curieux dans ses monumens ; ils veulent avoir un examen raisonné sur toute matière ; et la méthode que l’on a de nos jours d'envisager , soit les beautés de la nature , soit les chefs d’oeuvre de l’art , comme les produits de l'industrie , est très-différente de celle que l’on avait autre fois , de manière que ces livres qui ont été utiles dans leurtems, étoient loin de satisfaire aujourd’hui la curiosité des Lecteurs. Et ce qui doit paraître extraordinaire, c’est que les Piémontais , qui aiment en général leur patrie et qui ont le bonheur de vivre dans l’un des plus beaux pays , ne soient pas les plus empressés de faire valoir les beautés qui les entourent.

Le nouvel ouvrage, qui a pour titre Turin et ses Curiosités , doit une partie de sa fortune au travail et aux recherches des Auteurs que nous avons indiqués : cette suite d’ouvrages publiés dans le cours de deux siècles et demi , offrait un fond de richesses qui n était pas à dédaigner : mais pour répondre à l'attente d’un public éclairé, il fallait étendre <ce travail sur un plan plus vaste et analogue aux progrès que nous aftons faits dans les sciences , et il fallait surtout le présenter d’une manière propre à intéresser ceux qui veulent acquérir le goût des arts ; et nous espérons que ces deux objets auront été remplis , grâce aux soins et à V intelligence que l’on a porté dans sa rédaction.

Aujourd’hui , ce n’est plus par un sentiment de vanité qu’on amasse des tableaux et des statues dans les Cabinets , ou que l’on fait des collections de livres , de machines, d’estampes et de médailles. C’est l’amour de l'étude, et de ce qui est utile ; cest le sentiment du beau et du vrai , qui ramènent notre siècle à cet enthousiasme pour les arts , qui a fait distinguer les beaux siècles de

V antiquité. Chez les premières nations de V Europe , les Musées sont ouverts au public, et les chefs d’oeuvre quils renferment , exposés à l’admiration des jeunes gens , contribuent à développer leur génie , comm’à répandre dans l’opinion générale des hommes ce sentiment épuré des convenances , qui est la règle du beau dans les ouvrages de l’art ; tandis , que les progrès des sciences exactes, en perfectionnant toutes les parties de la mécanique , nous ont rendus , sous 'ce rapport , supérieurs aux anciens.

Tel est le plan du nouvel ouvrage, que le Lecteur y trouvera à la fois de quoi satisfaire sa curiosité sur tout ce que la Ville peut offrir de remarquable dans ses monumens , ses palais et ses édifices , et pour tout ce qu’il y est de consacré au gouvernement , an culte , aux sciences et à des institutions de bienfaisance ; comm’il y trouvera aussi des détails historiques , intéressans, sur les principaux de ces établissemens , et des notions exactes sur la vie des Artistes dont on y admire les chefs d’oeuvre, autant qu'il a été possible de les recueillir. Des noms tels, que Vittozzi, Borra , Castellamonle , Alfieri , Devincenti ,

xr

Ferrari, Moncalvo, Caravoglia, Crespi , Crivelli , Molineri , Tariceo, Milocco , Olivero, Cervetti , Beaumont , ïrono , Tasniere, Boetto, PI ura, Cleinente, Bernero, Ladetti, Collini,etc. ne doivent point rester ignorés. La célébrité est la véritable récompense de l'homme à talent.

Ce ne sera plus envain que V Étranger réclamera à Turin un livre contenant la. description des monumens que la Tille renferme ; et nous espérons que ce nouvel ouvrage pourra mériter son approbation. Outre les objets dont nous avons parlé , il y trouvera tous les renseignemens , qui peuvent mériter son attention, à V égard de V industrie et du commerce d’un pays, qui est situé entre la France , la Suisse et le midi de l' Italie ; et il pourra se former une idée complète, des progrès qui ont été faits dans les sciences, dans les arts , dans l’agriculture , et dans tout ce qui tient aux agrémens de la vie civile , chez une nation qui est des plus favorisées par la nature. Tels sont les motifs, et les considérations , qui nous ont conduits dans la publication de cet ouvrage.

Pour rendre enfin ce livre digne de l’intérêt qu’inspirent naturellement les aspects

de la ville de Turin , nous avons cherché à V orner de belles gravures , surtout d’une vue pittoresque qui représente cette belle Cité du côté de la colline , oit l’on voit le cours du Pô , et, à peu de distance de ses bords , les quartiers de la Ville qui se déployent vers l’est et le sud , surmontés d’un nombre de clochers et de dômes qui s élancent dans les airs; et , sur la rivière , l’on voit le nouveau pont en cinq arches , avec le développement de ses quais, ouvrages qui font juger d’avance de la beauté des nouveaux quartiers qui vont agrandir la ville de ce côté , en occupant les sites que l’on remarque au-delà des allées demi - circulaires. Cette jolie scène , qui est gravée par le célèbre Bourdiga de Milan, s’embellit de tout le charme quelle peut recevoir de la richesse et de la. variété des accidens qui l’environnent.

•e©o©©oo©a»©o»9i>©oeoo«o©ao9«»903ÿ#^f

Page 1