CHRONOLOGIE
Ce catalogue ne mentionnera qu'une faible partie des travaux de Turner. Un catalogue complet dépasserait les limites assignées à notre travail, et aurait l'inconvénient de noyer les œuvres les plus remarquables dans la masse de la production ordinaire.
Turner débuta aux expositions de l'Académie Royale, à l'âge de quinze ans, en 1700, et avant d'atteindre sa majorité, en 1796, il avait déjà exposé vingt et un tableaux.
La gravure commença la reproduction de ses dessins en 1794, quand i'artiste avait dix-neuf ans. Pendant sa minorité, les graveurs avaient déjà reproduit dix de ses dessins.
L'année de sa majorité, 1796, se signala par une production exceptionnelle. Pendant cette seule année Turnei exposa onze tableaux à l'Académie et dix gravures furent publiées d'après ses œuvres.
La somme totale de ses expositions jusqu'en 1802, année de son élection comme membre de l'Académie Royale, et sans comprendre cette année, est de soixante-treize. Pendant la même période on publia quarante-quatre gravures d'après sescompositions.
Turner débuta dans la représentation de l'architecture en 1790 (sa première exposition) et dans la peinture de marine en 1796 avec un tableau les Pécheurs en pleine nier. Il attaqua les montagnes en 1798 par un tableau du comté montagneux de Cumberland. En 1798, il augmenta beaucoup sa réputation naissante par une vue du château féodal de Norham, où le jeune artiste montra pour la première fois sa force dans la composition et la connaissance de l'effet L
1. Longtemps après. Turner voyagea dans le nord de l'Angleterre avec l'éditeur Cadell et tous deux vinrent à Norham. Lorsque Turner ôta son chapeau en saluant le vieux château ruiné M. Cadell ayant laissé voir son étonnement, Turner lui dit : « Il y a quelques années j'ai fait lin tableau de Norham qui a réussi, et depuis ce moment je n'ai jamais manqué de travaux. »
L'année 1799 est signalée par un tableau de marine ambitieux, la Bataille du Nil. La même année Turner exposa son tableau de Dolbadern, paysage de vieux genre, aujourd'hui conservé dans la galerie permanente de l'Académie.
En 1802 il peint son célèbre tableau du Château de Kilchum, dans les montagnes d'Écosse. Cette toile marque un progrès immense dans la connaissance des montagnes et des nuages, un progrès, nous voulons dire, au delà de ce qui avait déjà été fait en ce genre par les devanciers du peintre, et fixe en même temps la date de sa rupture définitive avec la topographie, c'est-à-dire la représentation fidèle des localités.
C'est en i8o3 que Turner commença l'exposition des sujets pris sur le continent. Le tableau des Vendanges de Mâcon est de cette année. C'est une belle composition, mais qui ne montre pas une grande fidélité dans l'interprétation du caractère du paysage maçonnais. La puissante toile de la Jetée de Calais porte la même date. En i8o3, Turner se lance dans le paysage alpestre en essayant de rendre les Alpes et les glaciers.
Le tableau bien connu : la Déesse de la [Discorde choisissant la pomme dans le jardin des Hespérides, fut exposé en 1806, pas à l'Académie, mais à la British Institution.
L'année 1807 est remarquable pour l'exposition du Soleil se levant dans la brume, tableau qui fixe la maturité du talent de l'artiste selon son propre jugement, puisqu'il a choisi cette toile pour être suspendue à côté d'un Claude Lorrain.
Le 20 janvier 1807, Turner commença la publication du Liber Studiorum. Cette publication fut continuée irrégulièrement jusqu'à 1819.
Le tableau intitulé Apollon et le Python, une des plus grandioses compositions du maître, date de 181 1.
En 181 3, il exposa le Frosty Morning (Matinée de givre), paysage dont les éléments sont fort simples, un chemin comme on en trouve partout, avec une charrette et deux chevaux, mais cette toile est si harmonieuse qu'elle est classée parmi les meilleures.
Une importante publication de quarante gravures d'après Turner fut commencée par Cook le graveur, en 1814. Tous les sujets sont tirés de la côte méridionale de l'Angleterre qui a donné le titre à l'ouvrage The Southern Coast. Cette publication, qui a paru en fascicules, n'a été terminée qu'en 1826.
181 5 est une année très importante dans la production de Turner. C'est alors qu'il exposa Bligh Sand (les Sables de Bligh), Crossing the Brook (Traversant le ruisseau) et le grand tableau de Didon construisant Carthage. La Bataille de Fort Rock doit être mentionnée aussi.
La même année, Turner fut nommé professeur de perspective à l'Académie, et en 1820, après avoir professé cette science pendant cinq années, il exposa Rome, vue du Vatican, très justement caractérisée par M. Ruskin comme un défi à toutes les lois de perspective connues.
Après avoir commis cette énormité, Turner paraît avoir éprouvé le besoin de se recueillir, car l'année suivante (1821) est remarquable par l'absence de son nom dans les catalogues, et en 1822 il expose un tableau insignifiant.
En 1820, l'éditeur John Murray publie un Voyage pittoresque en Italie, illustré par Turner d'après les esquisses d'un amateur, M. Hakewill, auteur du livre.
1823 est une année des plus importantes. Turner n'expose qu'un seul tableau, mais c'est un chef-d'œuvre qui marque la pleine maturité de son talent. 11 s'appelle la Baie de Baies.
En 1823 ont été publiées, comme illustrations à l'histoire de Richmondshire par Whitaker, une vingtaine de gravures d'après Turner, toutes de premier ordre.
En 1824, W. B. Cook a publié seize gravures à la manière noire d'après les dessins ou tableaux de Turner, intitulées : les Rivières de l'Angleterre.
En 1825, M. Murray publie une édition de Byron avec sept illustrations par Turner. Scott, le romancier, publie en 1826 deux volumes sur les Antiquités des Provinces écossaises et Turner fait treize dessins pour ce livre.
1826 est signalé par le beau tableau de Cologne.
En 1827, on commence la publication d'une grande série de gravures d'après les dessins de Turner, sous le titre : Angleterre et Pays de Galles, à peu près une centaine de planches en tout. Cette publication a continué jusqu'en 1 838.
1829 est la date de l'exposition à l'Académie d'un des chefs-d'œuvre de Turner, Ulysse se moquant de Polyphème. Cette toile marque le plein développement de la couleur éclatante et de la splendeur dans le ciel.
Le Pèlerinage de Childe Harold {Italie) fut exposé à l'Académie en i832. Tableau d'une beauté exquise, mais mal conservé.
En 1 833, Finden, le graveur, publia une série d'illustrations de la vie et des œuvres de Byron. Turner fit neuf dessins, gravés dans cette publication. L'année suivante, l'éditeur Murray publia, en dix-sept volumes, la vie et les ouvrages de Byron, avec autant de gravures, d'après Turner.
Les célèbres séries de vignettes, accompagnant les poèmes de Rogers, parurent en i83o et 1834.
Les illustrations des ouvrages en prose de Sir Walter Scott, quarante planches, parurent en 1834. Dans la même année, vingt-quatre gravures pour illustrer les poésies de Scott furent publiées par Cadel!, le même éditeur, et un autre éditeur, Tilt, en publia cinq.
Les soixante gravures intitulées les Rivières de France parurent pendant les années 1 833, 1 834, 1 835.
Le tableau du Rameau d'or (the Golden Bough) fut exposé en 1834. Ce tableau indique déjà la direction que prendra plus tard la décadence de Turner par un rendu plus fantaisiste.
Le plus beau tableau, vers le commencement de la décadence, quand le talent de l'artiste était déjà plus que mûr, est la grande toile, pleine de poésie et de lumière, intitulée : Phryné allant au bain public, comme Vénus, Démosthène est bafoué par Eschine. Ce tableau fut exposé en i838.
L'année suivante est mémorable pour le tableau, à la fois mélancolique et splendide, du vaisseau le Téméraire, toué par un remorqueur pour être démoli.
L'année 1840 marque le commencement définitif de la décadence, par l'abandon des tons, les éléments réalistes, les objets matériels (architecture, arbres, etc.) n'étant plus représentés solidement.
En 1843, Turner peignit l'Ouverture du Walhalla, tableau dans lequel il idéalisa le Walhalla bavarois et son site. Le peintre expédia cette toile comme cadeau au roi de Bavière. Le souverain, ne connaissant pas la réputation de Turner et ne comprenant pas ce tableau fantaisiste, le renvoya à son auteur.
A l'exposition de l'Académie de 1843 se trouvèrent deux petits tableaux de Turner, de mêmes dimensions (om,g2 X °m)6t), représentant également la mer à Venise, avec des barques, et la ville dans le lointain. Ces toiles sont actuellement à la Galerie Nationale, sous les numéros 534 et 535. La première est intitulée : l'Approche de
Venise, regardant Fucina, et la seconde a pour titre : le Soleil de Venise allant en Mer. Le Soleil de Venise (il Sole di Vene^ia) est le nom d'un bateau ayant une voile ornée de peintures, qui se trouve vers le milieu de la composition.
Ces deux tableaux peuvent être accepte's comme le plus précieux legs de la période de décadence. Malgré l'absence de formes bien définies (et cependant les voiles son gracieuses), bien des artistes se sont passionnés pour leur couleur et leur poésie.
Un tableau, exposé en 1844 et intitulé : Pluie, Vapeur et Vitesse, représente un train de chemin de fer, par un temps de pluie, courant sur un viaduc dans la direction du spectateur. Il est intéressant de voir comment Turner a su éviter l'aspect si peu poétique d'une locomotive, des rails et d'un viaduc. Le tableau répond bien à son titre. Il donne l'idée de la pluie, de la vapeur et de la vitesse, mais le chemin de fer est rendu aussi peu que possible. C'est une expérience intéressante vers l'expression d'idées abstraites en peinture.
Après 1844, plus rien à signaler. Quelques tableaux de Venise, informes, mais poétiques encore dans leur confusion mystérieuse, prouvent que dans la vieillesse les pensées de l'artiste retournaient toujours à la ville des poètes. Il exposa quatre tableaux en i85o, dont deux sont des illustrations de la Vie d'Énée, l'un de ses héros de prédilection, et un autre, intitulé : la Visite à la Tombe, indique une certaine mélancolie, comme si le peintre, dans l'avant-dernière année de son existence, se préoccupait de la mort.