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Types d'architecture gothique, empruntés aux édifices les plus remarquables construits en Angleterre pendant les XII, XIII, XIV, XV, et XVI siècles

La monographie du clos des vicaires de Wells n'ayant pu, ù cause de son ('lendue, éire comprise , dans le tome II des Tijpcs , à la suite des monumcnis gotlii(|ucs du comte de Somerset, M. W'clby Pugin avait conçu le projet d'en faire la base d'un troisième volume, (ju'il eût complété de manière ù couronner dignement celle utile et dernière œuvre de feu son illustre père. M;iis les nondjreuses occupations de M. >\'clby comme architecte et les importants travaux archéologiques auxquels il s'était dévoué corps et àme, l'ayant empêché, pendant |>lusieurs années, de réaliser lui-même ce projet . il a dii en confier l'exécution à un ami cl ancien élève de son père.

M. Thomas Larkins Walker s'est acquitté de cette lâche avec un zèle et un talent bien iligncs d'éloges. Pour l'heureux choix des sujets, de même (pie pour rinlclligentc disposition des détails et la belle exécution des planches, le volume qu'il a composé, et que nous reproduisons ici , n'est point inférieur à ses deux aines ; et nous pensons que les notices historiques et descriptives qu'il contient, et qui sont le début littéraire de M. T. Larkins, sont traitées de façon à ne pas faire regretter que M. Willson auteur du texte des volumes précédents, n'ait pu mettre la main à celui-ci. Nous avons eu , dans le cours de notre traduction, plusieurs fois occasion de reprocher h M. A\'illson l'insignifiance de quelques-unes de ses descriptions, l'absence presque eomplèlc de loule critique technique , mais , par contre , la surabondance fastidieuse de détails biographiques parfailement étrangers à la question d'art. On ne pourrait . sans injustice , adresser les mêmes reproches à M. Larkins , car son texte est substantiel et son analyse méthodique ; mais nous considérons comme un défaut de son travail la trop grande montre qu'il y fait des recherches laborieuses auxquelles il s'est livré pour établir l'historique des monumcnis qu'il décrit , et dont il aurait dû se borner à reproduire les seules parties utiles ù son sujet. Dans la pensée d'Auguste Pugin . les Types d'architecture gothique ont un but essentiellement pratique ; c'est un guide destiné aux architectes : or, de quelle utilité peuvent être dans un pareil ouvrage ces

longues tirades généalogiques dont les personnages n'ont été ni fondateurs , ni bienfaiteurs , ni restaurateurs des monuments que l'on étudie ? D'aucune utilité assurément, au point de vue de l'art, du moins ; mais il est possible que dans l'aristocratique Angleterre, où la librairie est soumise à de très-lourdes charges fiscales et à d'onéreux règlements de corporation , l'exploitation de la vanité soit une indispensable condition de succès pour un éditeur d'ouvrages dont le prix est élevé.

Comme les deux préfaces que M. Larkins a mises en tète de ce troisième et dernier volume des Types n'avaient d'autre but que d'expliquer , un peu plus longuement que nous venons de le faire, au publie anglais la manière dont la continuation de cet ouvrage des Pugin lui était échue en partage, et de remercier sa clientèle du bon accueil fait à ses premières livraisons, nous avons jugé convenable de remplacer ces préfaces , inutiles pour nos lecteurs français , par une notice nécrologique sur l'homme de bien et de génie dont la mort toute récente est encore si vivement sentie par tous les adeptes de l'art chrétien.

Liège , 15 janvier 1833.

ïiQ'iraQa

VVELBY PUGIN ET SES OUVRAGES (1)

« C'est un de ces hommes qui demeurent » sur la vieille toile du temps, quand le reste » du tableau est effacé. »

Va\ iiii niomc jour et prcsqu'à la nicmc heure , l' Angleterre vienl de perdre son plus grand iionimc de guerre et le plus illustre de ses artistes. Tandis que Wellington terminait au château de W'alnier l'une des carrières les plus glorieuses , les |jIus complètes , les plus fortunées et les plus noblement remplies que l'on puisse citer dans les fastes de l'humanité , la eloche funèbre de l'église de St. -Augustin annonçait aux habitants de Ramsgale la mort à jamais regrettable de l'éminent architecte dont les npuvres feront époque dans les annales de l'archéologie chrétienne.

A\'elby Pugin a succombé, le 14 septembre dernier, à la cruelle maladie qui avait, depuis quelques mois , jeté le trouble dans sa belle intelligence. Il n'était âgé que de 40 ans; et, pour être convaincu que sa fin si prématurée et si déplorable na point eu d'autre cause que son ardent enthousiasme et sa prodigieuse activité , il suffit de considérer les travaux accomplis par lui dans le court espace de vingt années

( 1 ) Les éléments de cette notice ont été empruntés , d'une part , aux articles nécrologiques qui ont paru dans les journaux anglais , et , d'autre part, aux Annales Archéologiques qui se publient à Paris sous la savante direction de M. Didron aîné. Nos lecteurs comprendront, du reste, que, malgré notre vive admiration pour Pugin , nous n'entendons pas du tout approuver sans réserves l'enlhousiasme oulré , non plus que les tendances intolérantes dont ses principaux écrits sont entachés. Quand un peintre fait un portrait , il tâche de le rendre aussi ressemblant que possible , mais il n'est pas responsable des défauts de son modèle ; or , telle est ici notre position , cl nous n'en acceptons pas d'autre.

à peine , travaux Icllcnienl l'cmaïquables par leur nature , leur importance , leur nombre et leur diversité , <|u'ils pourraient à eux seuls remplir la carrière la plus longue de plusieurs artistes de grand mérite et de notable fécondité. Il est vrai que Pugin n'était pas un artiste ordinaire , mais un poëte animé du feu sacré le [>lus ardent, un de ces hommes de génie dont on peut, sans profanation ni exagération, (lire avec le Psalmiste : f'irfjam virlulis stiœ emittit Domimis ex Sion , — il avait reçu de Sion le sceptre de sa puissance ; — et cette puissance , il la mit tout entière au service de la plus belle des causes , celle de la réhabilitation de cet art chrétien que la foi inspira à nos pères, et dont, grâce à Dieu, nous commençons enfin à comprendre toute la sublimité.

Pugin liC fut pas seulement un archéologue érudit , un habile architecte : véritable Michel-Ange de l'art gothique , il en cultiva toutes les branches avec une étonnante facilité et un égal succès; et, de même que tous les hommes supérieurs dont la place est marquée dans l'une ou l'autre des voies mystérieuses de la Providence , il avait la conscience de son génie et se croyait appelé à exercer par l'art une grande influence sur le mouvement de régcnérulion religieuse qui tend à s'accomplir et qui s'accomplira, si Rome est prudente et sage, dans un avenir plus ou moins éloigné au sein de la protestante Angleterre.

L'art n'était pour lui qu'un puissant moyen de propagande catholique ; et , fort de son propre exemple , ainsi que nous le verrons plus loin , il avait compris l'irrésistible puissance de conviction que doit exercer avec le temps sur l'imagination d'un peuple intelligent la pompe majestueuse du culte catholique , déployée à l'extérieur et à l'ultérieur de ces épopées de pierre auxquelles l'incrédulité elle-même ne peut refuser sa muette admiration : aussi se dévoua-t-il corps et ame à ce saint apostolat , et avait-il coutume de dire , sans s'inquiéter des puissantes inimitiés qu'un pareil aveu devait lui attirer , que le but auquel tendaient tous ses efforts était de renouer dans sa patrie la chaîne depuis trop longtemps rompue de l'unité chrétienne, de réunir dans tm même lien d'amour tous ses compatriotes maintenant si divisés par tant de sectes hostiles , et de susciter en eux une noble émulation pour relever la maison de Dieu sur sa véritable base et dans toute son ancienne splendeur.

Si nous ne nous trompons , c'est à ce point de vue élevé et tout exceptionnel qu'il convient de se placer , pour pouvoir comprendre et apprécier à sa juste valeur l'artiste extraordinaire dont nous avons à faire connaître ici les traits biographiques les plus saillants et à énuniérer les principaux travaux comme architecte et comme archéologue.

i\é on 1811, Pugiii reçut de sa mère, Cntlierinc ^^'cIby, sn première éducalion , il l)ien qu'Auguslc , son père, Français do niiissaneo , apprirliiit à l'Kgliso oaliioii(|i]c . il lut olové dans la foi prolostaiito. A|irès avoir passi' i|iit'I(nics années à la célèbre institution de Londres connue sous le nom de Blue-coalschool ou Clirist's hospiial . il revint chez son père pour y faire de complètes et solides éludes en dossiti , en areliiteeture et en la science dos constructions.

Grâce à d'Iicureuscs dispositions naturelles et à l'cxeellent enseignemenl qu'il reçut de ce grand maitro, dont la réputation était devenue européenne, le jeune Wclby fit de si rapides progrès ipie son père put, dès l'âge de 17 ans, l'associera la partie gra])bique de ses belles publications sur rarcbileeturc ogivale ; et c'est à cette occasion qu'ils firent ensemble plusieurs voyages artistiques en Angleterie et on iXormandie. Le talent précoce de W'elby eoninie ornemaniste attira bientôt sur lui l'attention |)ublique , et ses débuts dans cette spécialité de l'art furent , d'abord , la magnifique décoration arebiteclurale des tbéàtres de la Reine et de Covent-Garden , à laquelle il travailla pendant deux années en collaboration avec MM. Grieves; ensuite, la composition du splendide ameublement actuel du ebàtcau royal de Windsor. Comme auteur, sa |)remière production fut sa participation à l'ouvrage publié sur le style du moyen âge par MM. Ilundell et Bridges.

Initié par son père à la comiaissanee complète des formes et des détails arcliiiectoniques des diverses écoles , ainsi qu'à la pratique minutieuse de tous les arts qui on dépendent , il s'éprit bientôt d'une véritable passion pour tout ce qui concerne l'archéologie chrétienne; et son génie, à l'étroit dans les limites de la simple imitation des formes , prit son essor vers ces temps passés de religieux enthousiasme , qui nous ont légué tant d'admirables chefs-d'œuvre, pour découvrir le secret des principes générateurs de cet art sublime , principes que , jusque-là , l'on avait à peine soupçonnés , et sans la connaissance desquels cependant l'imagination la plus féconde , le gotjt le plus exquis , l'étude la plus approfondie des détails ne peuvent suffire à la création d'une œuvre vraiment originale , c'est-à-dire d'une véritable œuvre d'art. Et sous la poussière trois fois séculaire qui encombrait ce terrain déjà si difficile à explorer, le jeune Welby s'était en mémo temps imposé la tâche non moins ardue de retrouver il trace des anciens procédés d'exécution . dont la tradition était également ignorée.

Ayant perdu son père et sa mère en 1 835 . il redoubla de zèle et d'activité , et le premier résultat de ses savantes et laborieuses recherches fut la pidîlicalion d'un

hrnii recueil de spécimens d'objets mobiliers et décoratifs en bois et en métal eniurunlés au moyen âge ou composes par lui à leur imitation. Cet ouvrage, commence on 1854. fut aclievé en 18ûj , époque à laquelle il abjura le protestantisme pour embrasser la communion romaine. L'étude de l'art chrétien devenait nécessairement pour lui celle de la religion elle-même ; on comprend aisément comment, avec une imagination aussi ardente , aussi poétique que la sienne , il fut forcément amené à discerner la véritable épouse du Christ parmi toutes ces prétendues Églises chrétiennes (jui font de l'Angleterre une espèce de Babel évangélique. « C'est dans les eriptes .. des vieilles cathédrales du continent, disait-il souvent, que j'appris à comprendre les .. sublimes vérités du christianisme, vérités que j'avais vainement cherchées dans la :■ religion politique de ma patrie, et c'est alors que, sans avoir eu de rapports avec 1. aucun prêtre catholique, je rompis spontanément avec cette divorcée de saint Pierre. <> En 1830, Pugin publia son fameux ouvrage intitulé : Contrastes, ou parallèle entre les nobles édifices construits aux XIV' et XV siècles , et ceux de même nature élevés en style moderne. Ce livre, dont le but était de démontrer la décadence réelle du goût architectonique de notre époque , produisit une immense sensation : aussi remarquable par l'habileté de la mise en scène et par l'évidence de la démonstration graphique, que par le style éloquent, mordant et sarcastique du texte, l'opinion publique ju2ea de suite que son auteur n'était point un homme ordinaire. Les architectes classiques de tout le Royaume-L'ni furent frappes de stupeur en voyant disséquer par l'impitoyable scalpel de Welby les pauvres petits édifices qu'ils s'étaient si amoureusement accoutumés à considérer comme de grandioses monuments, sinon même comme de vrais chefs-d'œuvre; mais c'est surtout dans les rangs du clergé anglican que l'orage soulevé par les Contrastes fut formidable; et, vraiment, ce n'était pas sans motifs, car le Samson gothique qui venait de faire trembler jusqu'en ses fondements le temple élevé par le despotisme sanglant d'Henry VIII , avait osé dire aux héritiers millionnaires des spoliations commises au temps de ce méchant prince :

.< 1°. Que tout ce qui est grand , édifiant et noble dans le domaine de l'art est >. le résultat des sentiments inspirés à l'esprit humain par la religion catholique ;

.1 2». Que la ruine de l'art, le mépris des choses saintes, l'abaissement de l'autorité n ecclésiastique et la perte complète de toutes les nobles perceptions de l'humanité :, ont été le résultat du protestantisme partout où il est parvenu à s'établir ;

.. ô\ Enfin , que l'état de dégradation où tous les arts se trouvent en .Angleterre

• csl uniquement dû à l'iibsence du sentiment catlioliijue duns le corps enseignnnl , ' il l:i |)erte du patronage ecclésiastitiue et à l'apalliie avce laquelle une nation ■' prolcstanle doit nm'ssairement traiter les brandies les plus élevées de l'art ( 1 ). < On con(,'oit aisément , d'après eet éelianlillon du mode d'argumentation du tro|i fougueux Pugin , combien dut être grande l'indignation que le livre des Contrastes excita parmi les artistes classiques et plus encore parmi les membres de cette Église anglicane si rudement attaquée dans lespril de sa doctrine et dans son influence sociale. Ce fut alors , de la part de la défense , une pluie de réponses , d'observations . de brociiures et d'articles polémiques , où la menace et les gros mots ne furent point épargnés à l'assaillant ; mais \>'elby , loin de se laisser intimider par tout ce fracas , retrempa sa plume d'acier et riposta à ses adversaires par son Apologie du Livre (les CoNTUASTF-S , clialcurcux pamphlet où le sarcasme et l'ironie occupent — c'est du moins notre sentiment — une place plus grande qu'il n'eût fallu pour défendre une si belle et si bonne cause , et où l'auteur entre en matière en avouant qu'il s'était bien attendu à la vive opposition que rencontrait son livre ; qu'il avait eu besoin . pour l'entreprendre, de beaucoup de zèle , de résolution et d'une forte conviction , et (ju'il espérait bien qu'avec l'aide de Dieu ces mêmes qualités ne lui feraient j)as défaut dans les luttes de l'avenir. Rref , le combat fut long et acharné , mais le jeune champion de l'art chrétien resta définiiivemcnt mailre du champ de bataille , et ses

( t ) Il y a du vrai , beaucoup de vrai , mais aussi de l'exagération dans ce manifeste ullra-catholique de Pugin , et c'est bien le cas de dinc avec Horace :

Insani sapiens nomen ferai , œquus iniqui , Ultra quam satis est , virtutem si petal ipsam ,

ou bien encore avec saint Paul : « Ne soyez pas plus sages qu'il ne faut ; mais soyez-le sobrement. » Au reste , il y a longtemps qu'un célèbre écrivain français a dit : « La Réformalion , pénétrée de » l'esprit de son fondateur , se déclara ennemie des arts ; elle saccagea les tombeaux , les églises » et les monuments ; elle fit en France et en Angleterre des monceaux de ruines. En retranchant » l'imagination des facultés de l'homme , elle coupa les ailes au génie et le mit à pied. Elle traite •> de superstition la pompe des autels , d'idolâtrie les chefs-d'œuvre de la sculpture, de l'architecture » et de la peinture ; elle tendait à faire disparaître la haute éloquence et la grande poésie , à » détériorer le goût par la répudiation des modèles. «

opinions cl ses principes , nlors si vivement conleslcs , ont maintenant triomphé de louie opposition sérieuse et sont acceptes comme d'incontestables vérités.

Une circonslancc qui comnl)ua puissamment à ce triomphe des idées de Pugin et à leur réalisation, c'est que, précisément au moment où il venait de jeter courageusement son gant sur le parvis de l'Église anglicane et de faire preuve d'une capacité hors ligne comme architecte et comme écrivain, un zèle extraordinaire, suscité par des causes dont nous n'avons pas à nous occuper ici, s'empara de tous les catholiques anglais pour élever de nouveaux temples à leur culte et de nouvelles maisons hospitalières et d'instruction pour leurs pauvres. Arrivé en son temps et en sa place , l'auteur des Contrastes devenait nécessairement le maitre absolu de la situation ; aussi lui adressa-t-on de toutes parts des demandes de projets d'églises, de couvents el d'écoles ; el c'est à partir de ce temps , et grâce à sa prodigieuse aclivilé d'une part , et , d'autre pari , aux libéralités plus que royales que consacrèrent alors à des fondations pieuses el de charité des hommes tels que le comte de Shrewsbury, cet ami et protecteur de Pugin, sir Thomas Sing, cet ardent promoteur de la renaissance de l'art clirélien, et maints autres personnages non moins enthousiastes, non moins généreux, pour venir en aide au succès de cette espèce de croisade catholique dont le contrecoup , par voie d'autorité et d'intolérance politique , s'est naguère fait sentir à propos d'investitures papales; c'est à partir de ce temps, disons-nous, que l'on vit s'élever sur toute la surface du Royaume-Uni , comme par enehanlement et sous la m.ngiqne direction de ^^'elhy et de son école, cette foide de grands monuments gothiques dont la description exigerait des volumes el dont nous ne pouvons, par conséquent, citer brièvement ici que les plus remarquables parmi ceux dus exclusivement au crayon du grand artiste auquel est consacrée la présente notice.

D'après tlie Buildcr, journal des architectes, voici la liste des principales constructions gothiques élevées par Pugin ou sous sa direction d'après ses plans :

La gracieuse petite chapelle de Reading ;

L'église de Ste. -Marie , à Derby ;

L'église de St.-Chad , à Birmingham ;

Les églises de St. -Edouard , de Ste. -Marie cl deux autres moins considérables , à Liverpool ;

L'église et le couvent de Edge-Ilill ;

L'église de St.-VVilfred , à Manchester ;

Les églises île Keiiilworlli , Oxford, Ciinihridge, Siookton on Tees , Ncw-Caslle iipon Tynes, Preslon , Usliaw et Keiglilby ;

Les églises de Slieapsliear . \\'ai\viek , Rugby , ^o^lllaIn|)ton , Sloke upoii Trciil , Brcewood, Woolwieli , llammersmilli , Poiilefract et Fulliam ;

Les églises de Sl.-Wilfied , près d'Alton; de St.-Barnabas, à Notlingham ; plus, un couvent et une chapelle dans cette dernière ville ; L'église et le couvent de St. -Bernard , à Leicesler ;

Les couvents des Sœurs de la Miséricorde , à Birmingham , à Livcrpool et à Londres. Le prieuré de St. -Grégoire, à Downside , près de Bath ;

Les collèges de Radeliffe et de Hugby, et la restauration du fumeux collège de Maynooth , en Irlande ;

Les cathédrales catholiiiues de Killarnay , d'Iînniseorthy et de St. -George , à Soutwark, ainsi que les maisons du chapitre, les écoles et autres édifices qui en forment les dépendances ;

Les maisons des pauvres de Sibthorpe, à Lincoln;

La cliapelle , le couvent , riiôpilal et l'école de St.-Jean , à Alton , ainsi que In restauration du château de la même localité ;

L'église de St.-Giles, à Cheadle, la plus riche des compositions de Pugin pour son ornementation et ses vitraux ;

La nouvelle grande entrée monumentale du collège de la Madeleine , à Oxford ; La restauration des églises de Ste.-Marie, à Beverley et à Wymeswold ; La construction et la restauration de plusieurs châteaux, maisons de campagne et hôtels, nommément le Biltongrange, à Warwick, le château de lord Dunraven, à Adairo. en Irlande, le magnifique hôtel Drummond. etc. ; L'église de St. -Augustin , à Ramsgate ;

Enfin l'église que M. Scott Murray fait bâtir h Dancsfield et que la mort de Pugin laisse inachevée.

Pour qui considère que tous ces immenses travaux furent exécutés par ce grand artiste dans le court espace de douze à quinze années, il y a vraiment quelque chose de prodigieux dans sa fécondité. Habitués que nous sommes à voir des réputations d'habile architecte se fonder parmi nous sur la simple composition d'un édifice plus ou moins monumental, sinon même sur celle de quelques maisons bourgeoises dun style plus ou moins rococo , nous avons peine à concevoir qu'un seul homme ait , en

si peu de temps, pu suffire à si forte besogne ; et cependant, tandis qu'il était engagé dans ces immenses constructions, cet homme extraordinaire trouvait encore, ainsi qu'on va le voir , le loisir d'écrire sur l'archéologie chrétienne plusieurs ouvrages de premier ordre. Mais, avant d'en arriver là, nous avons à dire quelques mots du mérite des œuvres architcctoniques de Pugin. Les cathédrales et églises qu'il a bâties et décorées sont généralement en gothique des XV et XVl" siècles , mélangé presque toujours de quelques traits propres au style du XIIP et du XIV° siècle. On lui a souvent reproché d'avoir préféré le gothique fleuri de la décadence à celui si pur , si sévère et si majestueux des périodes antérieures. Ce reproche est fondé en principes, surtout au point de vue de l'école française; mais nous pensons que les critiques de cette nation qui le lui ont adressé n'ont point assez fait la part des influences locales et historiques qui ont naturellement di'i exercer leur action sur la voie suivie par Pugin. Ainsi , quoi qu'en ait pu dire le savant M. Didron dans l'enthousiasme que lui avait inspiré la vue des cathédrales de Lincoln , Salisbury , Westminster et de quelques autres monuments gothiques de l'Angleterre qui appartiennent au style du XIIP siècle , il n'en est pas moins vrai que la majeure partie des nombreux édifices religieux et civils que ce pays a conservés du moyen âge étant dans le style des dernières périodes de l'art chrétien , le peuple anglais a gardé pour ce style une prédilection d'autant plus marquée qu'elle donne satisfaction à ce sentiment d'orgueil national qui lui fait considérer le gothique fleuri comme étant d'origine purement anglaise, et par conséquent comme préférable à tout autre. Nous aurons occasion , dans la suite de cette notice , de rencontrer quelques circonstances biographiques qui confirment en quelque sorte l'opinion ici avancée , que ce n'est pas tant par prédilection personnelle que par concession aux exigences de ses compatriotes que l'illustre Welby a généralement pris pour prototypes de ses compositions les gracieux et élégants édifices de l'école de William de Wykeham. Quoi qu'il en soit, malgré les reproches qu'il lui a souvent faits à cet égard, le savant critique français que nous venons de nommer n'en avait pas moins décerné à Pugin le sceptre de la renaissance de l'art chrétien en Angleterre ; et l'on trouve dans les Annales archéologiques de France de nombreuses et bien justes appréciations du grand architecte anglais et de ses œuvres. C'est ainsi que, dans sa lettre adressée en 1847 à M. Guilhcrmy et publiée dans son précieux recueil, M. Didron dit à propos de la magnifique église de St.-Giles, à Cheadie : <> M. Welby Pugin ressuscite le moyen âge, corps et âme; '< aussi poéie qu'architecfe , il a mis une pensée dans chacune des pierres brutes et

' sculptées de son église; parloul se révèle lu pensée symbolique de leininent ailislc. > El, il eelle occasion, nous croyons devoir fuire reniiirc|uer ([ue, bien avant qu'eiU été publié le remarquable ouvrage du savant directeur des Jiinules archéologiques sui' riei)nogr;qiliie elirélienne, Pugin avait noii-sciikiiicnt rcliotivé la ciel' de cette sublime poésie de lart au moyen âge, mais tjuil en avait déjà réalisé les plus beureuses conceptions dans l'ornementation de ses églises. Mais reprenons lenumération dc'* publications de l'infatigable \\'elby.

Kn I8'(-l parut son owwwgc , inlïlu\é : Frais principes de l'arrltitccliire orjivale. C'est une exposition des principes du système cbrétien au triple point de vue de la science, de l'esthétique et du symbolisme ; l'auteur y fait preuve d'un remarquable esprit d'analyse. Jugeant inutile de rien ajouter aux montagnes de stérile érudition qui ont été amassées depuis tantôt un siècle sur la question des origines de l'ogive , il se contente d'admettre que l'architrcture ogivale n'est point le caractère primitif de l'art chrétien ; que le bizantin , le lombard , le saxon et le normand furent toujours des développements divers de l'archili dure chrétienne d'après un plan cruciforme et avec des symboles chrétiens ; enfin , que rarchiiecture ogivale fut le suprême résultat . l'expression la plus juste et la plus naturelle du s|)iritualisme chrétien arrivé à son plus haut période. Loin de penser avec le paradoxal Kotzcbue qu'il faille tout abandonner au sentiment du beau , il était d'avis que, dans le domaine de l'art , ce sentiment, lorsqu'il n'est point éclairé par la science des principes, présente de grands écueils et conduit à des productions qui ne sont souvent que des caricatures. II avoue avoir lui-même longtemps méconnu les vrais principes du style gothique et coinmis de nombreuses erreurs à ce sujet : ce qui était d'ailleurs inévitable , attendu que . dans la résurrection d'un art longtemps perdu, toute imitation ou restauration doit nécessairement être une série d'expériences où tout est à créer, depuis le maître constructeur jusqu'au simple ouvrier. Il pensait, aiiisi que l'a si bien exprimé 31. Jules Renouvicr. que la forme dans l'art n'est qu'une enveloppe sous laquelle il faut chercher le sentiment et la pensée de l'artiste et de la société au milieu de laquelle cet artiste a créé son œuvre. Dans son opinion , le grand défaut des ouvrages gothiques modernes, c'est que les plans en sont souvent tracés sans une connaissance suffisante des principes de composition et d'ext'cution des artistes anciens ; et c'est pourquoi il est beaucoup plus important de propager ces principes que de multiplier les modèles pour une imitation servile : et. en effet, le vrai moyen de devenir un

lion .'irchitcctc chrétien ne consiste pas seulement à s'entourer de recueils de dessins d'ensemble et d'épurés de détails géométriques — quelque utile et importante que puisse être d'ailleurs l'étude comparée des formes — mais en outre, et surtout, de se mettre en possession des vrais principes , puis de les développer soi-même et de saisir l'esprit (les temps passés, l'idée vraiment chrétienne de l'art. Or, voici quelques-unes des déductions pratiques que Pugin tire de la discussion de principes dont nous venons (le donner une faible idée :

u II ne doit y avoir dans un édifice aucun trait qui ne soit nécessaire à la >• convenance, à la construction et au caractère de l'édifice. L'ornementation ne doit " consister que dans l'embellissement de la construction essentielle de l'édifice et " toujours être en parfait accord avec le caractère architectural de celui-ci. Le " moindre détail doit avoir sa signification ou répondre à un but. Le mode de " construction doit varier avec la nature des matériaux employés, et les dessins doivent » être adaptés aux matériaux qui serviront à les réaliser. Enfin . l'aspect intérieur >. et extérieur d'un édifice doit révéler le but auquel il est destiné et se trouver en • harmonie avec ce but. »

Ces principes, si rationnels et qui sont maintenant généralement admis comme des vérités, furent cependant alors considérés comme de hardies iimovations ; mais Pugin se hâta de prouver qu'on se trompait, et, dans un nouvel ouvrage qu'il fit bientiJt paraître sous le litre d'Apologie de la Renaissance de VJrchilecture chrétienne en Angleterre, il démontra que ces mêmes principes avaient été entièrement, religieusement observés dans les belles constructions gothiques du moyen âge , et conséquemment ([u'il y avait nécessité absolue de les adopter, si l'on voulait faire revivre le style ancien dans toute sa beauté primitive.

>i II n'y a pas de livres, dit M. Didron en parlant des vrais principes et de " ï Apologie ici en question , qui aient poussé plus puissamment à la rénovation de " l'art de notre époque et qui aient plus impitoyablement et plus justement stigmatisé 1. les vandales de toute couleur et de toute croyance ; > et ce jugement du savant archéologue français a été plusieurs fois confirmé par le principal organe du mouvement archéologique en Angleterre, le journal l'Ecclésiologiste.

Vers la même époque , Pugin publia dans la Revue de Dublin deux Mémoires accompagnés de belles planches de sa composition sur Vétat actuel de l'architecture ecclésiastique en Angleterre. Cet ouvrage fit sensation , et le clergé catholique du

Royaume-Uni s'empressa de rcconniiiirc , trune part , la justesse des observations ftiiic« par l'auteur sur l'état de décadence cl de corruption dans lequel était tombé tout ce qui lient aux cérémonies du culte , et d'adopter, d'autre part, les réformes proposées par lui , pour en revenir à la ponctuelle observance des anciens usages en ce qui concerne la liturgie , le mobilier des églises et les vélcmcnls sacerdotaux.

Comme complément de celte dernière publication , Pugin fit bientôt après paraître son Glossaire sur les Or-nements et Costumes ecclésiastiques. <i Ce livre, dit ^I. Didron, » est plein de science ; c'est une encyclopédie aussi complète (|u'il est possible de la » faire aujourd'hui sur ramcublement et la décoration des églises et sur les vêtements " sacerdotaux. Sa composilion a dû coûter à l'auteur d'immenses reelierclies dans » tous les ouvrages de liturgie catholique. •>

Après le Glossaire, Pugin fit successivement paraître les trois ouvrages dont voici les titres : Modèles de meubles dans le Style f/othique du XV° siècle; Modèles d'ouvrarjes en Fer et en Bronze dans le style des XV° et XVI° siècles; la Flore gothique , magnifitiuc in-folio de planches chromolithographiques , qui ouvrit aux artistes un champ tout nouveau d'investigation , en leur montrant la manière dont les plantes et les fleurs peuvent être appliquées par le sculpteur et le peintre à la décoration ecclésiastique.

Enfin parut, en 1849, le Traité sur les Jubés et Clôtures de chœurs, sur leur Antiquité, leur Usage et leur Symbolisme. Ce dernier ouvrage de Pugin fit aussi grande sensation en Angleterre. II souleva entre les écranistes et les anti-écranistes une polémique irritante et trop peu mesurée, qui durait encore au moment où la plus cruelle des maladies vint enlever pour jamais cet homme de génie à ses nobles travaux.

« Le Traité des Écrans , dit M. Didron , est une sorte de pamphlet contre " les braves curés qui non- seulement refusent de rebâtir les jubés aujourd'hui détruits 1. de leurs églises, mais qui ne seraient pas fâchés qu'on renversât ceux qu'ils possèdent » encore. Pour montrer l'esprit qui l'anime , M. Pugin a mis en épigraphe , à la » première page de son livre : Ne transgrediaris terminos quos posuerunt patres tut. • Dans son texte, M. Pugin parle des clôtures de chœur et d'autel et des jubés " d'Italie, d'Espagne, d'Allemagne, de Belgique, de France et d'Angleterre. Il " termine en flagellant les quatre classes d'ambonoclastes , qui sont les calvinistes , « les païens du XVII" siècle, les révolutionnaires et les hommes de notre temps.

■> C'est un oiivrnge plein de science, un Irailé complet sur cette belle question ■■' arcliéologif|ue et liturgique à la fois ( 1 ). "

Tels sont dans leur ensemble, mais bien inJKibilement exposées, les principales œuvres qui ont rempli la vie malheureusement si courte de Icmincnt artiste que vient de perdre le monde chrétien. S'il avait plu à Dieu d'accorder pleine carrière sur le sol de la protestante Angleterre à ce vaillant croisé du XIX" siècle , que de services encore il eût pu y rendre à la cause catholique ! Ses travaux ont dévoré sa vie, mais ils lui survivent et le feront grandir aux yeux des générations à venir. Il suffît, pour se faire une idée assez juste de la puissance de son génie, de comparer l'état aciuci de l'arclntecturc chrétienne en Angleterre avec ce qu'elle y était il y a vingt ans au plus. Bien que, dans ces derniers temps, Pugin ait eu de nombreux compétiteurs de grand talent dans sa patrie , il n'en est pas moins incontestable que c'est à lui et à son père , à leur excellent enseignement et à leur exemple , que ces artistes sont redevables de leur science et de leurs succès. Nous n'ignorons pas que la question de l'archéologie chrétienne avait été reprise, avant l'époque des Pugin . par des savants anglais, notamment par Langlay, Horace Walpole, J. Bcntham , Dallaway , Milncr , etc. ; mais ils n'avaient traité la question qu'au point de vue spéculatif , tandis , au contraire , que les travaux d'Auguste et de ^^'elby Pugin ont eu un but essentiellement pratique : la renaissance effective de l'art gothique en Angleterre.

Welby fut le premier élève de son père , et il a énormément distancé son illustre maître. A l'un , le mérite d'avoir rétabli sur son piédestal la statue dont les débris gisaient oubliés et épars sur le sol; à l'autre, le mérite bien plus grand d'avoir donné à cette statue le souffle de la vie ; au premier la reconstitution des formes typiques , mais au second la résurrection du génie créateur.

Malgré toute notre admiration pour Welby , nous sommes loin d'approuver toutes ses œuvres ; il n'est d'ailleurs pas de grand maître sans défauts , et , s'il a commis des fautes, il était le premier à en convenir; il n'est peut-être pas d'artiste qui ait mieux compris que lui combien la réalisation d'une conception architeclonique est

( 1 ) L'esprit d'exaltation qui règne dans ce livre nous rappelle cet aphorisme de Montaigne : c< Nous pouvons saisir la vertu de façon qu'elle en deviendra vicieuse , si nous l'embrassons d'un >> désir trop aspre et violent. »

toujours infciicure i^i l'idéal ilo son autour. Critique impitoyable pour les Iléré^iarquei; (le l'art , il ne l'était pas moins pour ses propres errements ; et l'amour de l'art l'emporta toujours en lui sur l'amour-propre de l'artiste.

On eiurelierait vainement dans les temps modernes un génie plus puissant cl plus imiversel dans toutes les branches de l'art : soit qu'il traçât le plan d'une liaule ealliédrale ou qu'il dessinât la broderie d'un vêtement sacerdotal . soit qu'il peignit une splendide verrière ou qu'il composai l'enlnminure ou la simple reliure d'im livre de prières. Pugin y niellait toujours tout ce qu'il avait de z.èle , de sollicitude cl de science ; pour cet apolre de lart , travailler c'était prier et glorifier le service de Dieu. Pugin , contrairement à ce que l'on voit liabituellement clicz les artistes d'une certaine valeur , ne s'était point fait l'esclave d'un système préconçu , en d'autres termes , il repoussait toute affcctaiion de maniérisle ; sauf la stricte observation des quelques règles fondamentales dont il avait prouvé la vérité dans son Traité des vrais principes , il voulait que l'artiste conservât toute sa liberté d'action et vi>àt toujours au progrès de l'art ; cl la meilleure preuve qu'il n'eut jamais , ainsi qu'on l'en a quelquefois accusé , lélroiic pensée dcnlraver systématiquement l'essor du génie , se trouve dans les changements notables que subit successivement son style architectonique. C'esi également à lort .lue quelques-uns de ses adversaires lui reprochèrent de copier servilement les anciens; car, s'il possédait à fond la connaissance des formes typiques du moyen âge , cela ne l'empêchait pas d'être parlaiiement original et créateur dans les heureuses combinaisons qu'il savait en faire , ainsi (juc dans leur adaptation aux projets qu'il avait conçus. Souvent consulté par de jeunes architectes , il les conjurait instamment , ainsi qu'il le fait dans son Traité des Jubés, de tenir compte des besoin, de notre époque ; de ne j^miais sacrifier les vrais principes aux caprices de la mode ou de la fantaisie, mais de toujours tendre à prouver que ces mêmes principes se prèlenl aisément à toutes les exigences actuelies de la vie domestique, civile et religieuse, u Si vous voulez assurer, leur disait-il , le succès durable de la renaissance gothique. . faites en sorte que l'on trouve dans toutes vos constructions : lumière , espace , „ ventilation , facile accès , distribution commode . enfin toutes ces conditions de ,. bicn-élre , de salubrité et d'élégance qui sont devenues des nécessités absolues dans ,. notre état de civilisation luxueuse et utilitaire. Évitez cependant tout détail superflu . , tout hors-d'œuvrc inutile . tout faux semblant ; et s'il s'agit d'un édifice destiné au . culte ou à un service public . attachez-vous surtout à la majesté des proportions

» et à la solennité de rcffol , car il importe essentiellement que tout ce qui se rapporte " à Dieu ou à la patrie élève la pensée du fidèle ou remplisse d'un noble orgueil le " cœur du cilojen. Lorsque vous voulez imiter quelque type ancien , gardez-vous de » tout engouement irréfléchi ; sachez discerner le bon grain d'avec l'ivraie ; enfin , » n'oubliez pas que l'âge d'un monument n'est pas toujours un titre suffisant à notre '< vénération , et qu'à toutes les époques et dans toutes les écoles il y a toujours eu i> des hommes qui ont fait fausse route. » Que de sagesse dans ces préceptes ! quel sentiment profond de l'esthétique dans cet enseignement !

Dans ces derniers temps , Pugin s'occupait beaucoup moins d'architecture que de composition ornementale ; on peut attribuer ce changement dans la direction de ses travaux aux diverses causes que voici.

Dans la sphère élevée où l'avaient placé l'indépendance de son caractère , ses nobles instincts d'artiste et ses légitimes succès, Pugin cultivait son art bien plus par amour que par désir du gain : aussi préféra-t-il souvent renoncer à de lucratifs honoraires plutôt que de se soumettre aux caprices d'un amateur sans goût ou d'un présomptueux ignorant. C'est aux concessions qu'il avait antérieurement eu la faiblesse de faire à de pareilles exigences qu'il attribuait lui-même les principaux défauts reprochés à ses constructions ecclésiastiques , et c'est pour expier à ses propres yeux ce qu'il appelait ses péchés de jeunesse qu'il érigea à ses frais , près de sa résidence de Ranisgate , la petite église de St. -Augustin , si remarquable par la pureté et la sévérité de son style, et dans laquelle sa noble dépouille mortelle vient d'être si prématurément déposée. C'est à propos des difficultés que les artistes é[)rouvent si souvent de la part de leurs clients pour faire adopter leurs idées qu'il écrivait dans une de ses piquantes brochures : « De même qu'il se trouve dans tout concile " de canonisation un avocat du diable , il y a toujours aussi dans tout conseil où » il s'agit de décider l'érection d'une église un personnage analogue , qui essaie de » tout gâter, personnage qui apparaît tantôt sous la figure d'un enragé membre de 11 comité ou de fabrique, tantôt sous celle d'un ecclésiastique imbu de préjugés, ou » bien encore sous l'apparence d'un bienfaiteur plus généreux qu'éclairé ; et presque i> toujours ce diabolique adversaire de l'artiste , entraînant après lui les moutons de » Panurge , réussit à défigurer à coups de grifîe le projet primitif. »

Sous l'active et savante influence de la nouvelle école française d'archéologie chrétienne, il s'est manifesté depuis quelques années en Angleterre une réaction marquée contre le style

de l'école du grand Guillaume de Wykeham , école qui a fourni les formes du goiliiquc anglais des XV et XVr siècles, et dont Wclby, à l'exemple de son père, s'était toujours montré le trop cnihousiasle imitateur. C'est à l'oecasion de cette réaction que M. Didron disait dès 1847 dans ses Annales: -De jeunes artistes anglais, fort . heureusement, répudient en ce moment le style agonisant du XV siècle pour . adopter celui du XIII'. M. Scott, l'un deux, donne énergiqucmenl le signal . de ce retour aux bonnes traditions. Nous espérons que M. Pugiii ne se laissera . pas devancer davantage , car c'est lui qui doit continuer de tenir le sceptre de la . Renaissance ogivale en son pays. .. Le conseil était bon , sans doute ; mais , pour pouvoir le suivre, n'eût-il pas fallu à Pugin un courage surhumain? Ces cinqnanle églises qu'il avait bâties et décorées , pouvait-il , en conscience , les manpier lui-même du sceau du rebut? Si nous ne nous trompons, la retraite du grand arcliitectc sous sa tente pourrait bien avoir eu pour motif déterminant la triste alternative de renier son glorieux passé ou de continuer de marcher sciemment dans une voie qui n'était plus la meilleure. Au reste , on peut aussi supposer — et vraiment nous voudrions pouvoir nous persuader que celte hypothèse de noire part est plus fondée que celle précédente - que Welby Pugin , ayant reconnu que , grâce aux travaux récents des archéologues français, anglais et allemands, la question de l'arehiteclure ecclésiastique proprement dite avail enfin reçu une solution aussi complcle que possible , il eonvcnml maintenant de travailler à remplir limportanle lacune qui existe encore en ce qui concerne la pratique de l'ornementation iconographique des églises . de leur ameublement , etc. Nous avons déjà dit que Pugin excellait dans toutes les branches de l'art chrétien et qu'il avait surtout un inmiense talent comme ornemaniste ; aussi est-ce à lui que fut confiée la décoration intérieure du nouveau palais de Westminster, de ce splendide monument qui est peut-être la plus grande œuvre dart des temps modernes. Il fil faire de grands progrès à la renaissance de la peinture sur verre , et les magnifiques verrières , faites d'après ses cartons et que son associé et ami , M. Hardmann , de Birmingham , avait exposées au Palais de Cristal , ont été jugées supérieures de beaucoup aux œuvres similaires exposées par tous les concurrents.

Un autre genre dans lequel il excellait également était celui du paysage à l'aquarelle. 11 a laissé des portefeuilles bien riches en sujets de l'espèce, notamment une eolleciion de souvenirs du beau pays de Kent, que l'on dit surtout remarquables par d'étonnanis effets de lumière et d'ombre.

Nous tel minerons celte notice , que nous regrettons vivement de ne pouvoir , faute de temps cl de renseignements suffisants, rendre à la fois plus complète et plus courte, par (luelques mois n lalifs au caractère de Pugin. Il était foncièrement bon et généreux, et bien qu'il se soit souvent , trop souvent peut-être , laissé entraîner par son enthousiasme, ou plutôt par son fanatisme pour l'art, à des discussions irritantes, pleines de sarcastiques personnalités et entachées d'un esprit d'intolérance qui n'est plus de notre lcmi)S et qui ne révèle que trop le nouveau converti , il n'a jamais nourri le moindre ^enlimcnt d'aigreur ni d'inimitié envers aucun de ses antagonistes; et l'on sait qu'il n'a cessé d'entretenir les relations les plus amicales avec ceux-là même dont il critiquait les travaux avec le plus de sévérité. Champion d'une cause qu'il croyait bonne par excellence , il la défendit toujours avec la chaleur et l'enlrainemenl d'un esprit convaincu , mais sans y mettre jamais le moindre amour-propre ni la moindre jalousie de métier. Il praiiquait, dans toute la sincérité de son àme, le principe qu'il avait posé, que tout honmie animé du véritable esprit de l'art chrétien doit n'avoir d'autre intérêt que celui de cet art , et que , loin de prétendre à dominer ses rivaux , il doit être satisfait de s'en voir égale et éprouver du bonheur à en être surpassé. Les trésors d'érudition et d'expérience qu'il avait amassés étaient toujours à la disposition de ceux qui y avaient recours; et, malgré sa parfaite discrétion à cet endroit, on sait qu'il est maints de ses collègues qu'il a tirés d'embarras en leur donnant la solution de difficultés techniques qui leur semblaient insurmontables. Il avait pour lui même aussi peu souci de renommée que de bénéfices matériels , et la preuve en est qu'd a dépensé en constructions religieuses et de charité la grande fortune qu'il avait si noblement acquise. Un trait caractéristique de la nature toute poétique de Pugin , c'était sa vive passion pour la mer. Les promenades en mer étaient sa distraction favorite , et il tenait à sa résidence de Ramsgate un cutter toujours prêt à porter secours aux vaisseaux que les récifs de Goodvvins mettent si souvent en péril dans ces parages.

La reine Victoria vient d'accorder une pension de 100 livres à la veuve de Pugin et à ses sept enfants. Dans un pays comme l'Angleterre , où les services rendus sont toujours si généreusement récompensés , c'est peu , sans doute , qu'une pension de 100 livres pour honorer la mémoire d'un homme tel que Pugin; mais il faut tenir compte de l'attitude menaçante que cet apôtre du catholicisme avait prise envers la religion dont cette reine est la grande-prêtresse.

Le fils aine de Welby, M. Edouard Pugin, a embrassé la même carrière que son

nioul ('( son père ; il a liérilé d'eux non-sciilomcnt de leurs vertus , mais aussi d'une l)elle inklligence , d'une solide iiistruclion cl d'exeellcnlcs traditions : c'est assez dire que nous avons l'assuranee qu'il perpétuera dans son illustre famille la puissance du génie qui se consacre au service d'une belle cause , celle de la rénovation du ^rand art chrétien dans sa manifestation la plus élevée . l'arcliileeture , ee premier des arts ( comme l'a si justement dit naguère l'éloquent auteur Des Intérêts Catholiques an XIX° siècle ), ce premier des arts par la durée, la popularité et la sanction religieuse ( 1 ). Enfin, pour résumer notre pensée sur l'arliste éminent dont nous venons de dire la vie cl les travaux, nous répéterons ces mots du savant directeur des Annales archéologiques: « F^a mort de Pugin est une défaillance pour l'archéologie chrétienne. ■• c'est une perte irréparable pour l'Angleterre. On voudrait mourir après avoir accompli " une existence aussi active , aussi utile , aussi glorieuse que celle dont cet lidninic • de génie et de dévoùment nous a donné l'exemple ! •■>

(1) Nous citons d'autant plus volontiers ce dernier ouvrage de M. de Monlalemberl , qu'il a pris soin de calmer dans les lignes suivantes les craintes, niaises selon lui, mais bien sérieuses suivant nous, que nous avait jusqu'ici fait concevoir la participation de certains ultramonlains au mouvement archéologique actuel.

« Certes, il ne s'agit pas de ressusciter le moyen âge: on le voit bien, et ceux qui nous opposent » cette niaise appréhension le savent mieux que personne. Ce serait aussi impossible que de refaire » l'Iliade , et aussi inutile que de recommencer le siège de Troie. » Ce langage du noble comte nous rassure et nous fait espérer que le temps viendra bientôt où il sera tout-à-fait convaincu que la liberté peut marcher de pair avec la religion, et que celle-ci n'a pas plus à gagner que celle-là au retour d'un despotisme politique quelconque , non plus qu'à celui de la doctrine religieuse du trop fameux Grégoire VII. Et, à ce propos, comme dans ces temps de fluctuations politiques on ne voit que trop de gens qui , toujours disposés à saluer le soleil levant , imitent avec une énorme facilité ces oiseaux dont parle Lucriice et qui changent de voix selon les différents temps, nous éprouvons le besoin de dire à ces gens-là qu'aujourd'hui , comme hier et comme demain, toutes nos sympathies sont et seront toujours pour les défenseurs de la liberté telle que l'entend notre admirable Constitution belge. Cela posé, nous pourrons , si nous en avons le loisir, continuer en pleine liberté nos études archéologiques sans avoir à craindre que l'on se méprenne sur le but exclusivement artistique que nous y poursuivons.

Table des Sujets et Planches contenus dans le troisième et dernier volume, avec indication de leur placement pour la reliure.

FuoNTispicE. Porlniit de A. Welby Pugin , d'oprcs J. H. Ilerbcrl.

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