‹ TypographieChapitre 42 sur 46 · XXIV · texte numérisé non relu

XXIV

LA COUVERTURE

En parlant du texte d’un ouvrage, c’est-à-dire de la partie la plus étendue et qui en forme le fond, on dit que c’est le corps du livre. On a vu que le titre en était la tête. La couverture peut en être considérée comme le vêlement. Aussi, selon l’expression moderne, doit-elle être faite sur mesure.

En effet, le moyen le plus certain d’établir une couverture dans les justes proportions qu’elle doit avoir pour couvrir exactement un volume, c’est, préalablement, de faire plier et coudre un nombre de feuilles égal à celui que doit contenir le volume. A l’aide de cette espèce de maquette, on opère à coup sûr; on peut se rendre un compte exact des dimensions à donner au cadre et surtout au dos, partie fort essentielle, et à laquelle il faut bien se

to

LA COUVERTURE

garder de donner trop de largeur. Un dos dont les proportions manquent de rapport avec l’épaisseur du volume, et dont les filets et le texte débordent sur les marges, est du plus disgracieux effet. Il est préférable de le tenir plus étroit que trop large, si les blancs qui le séparent des deux pages sont bien observés.

La couverture est ordinairement la reproduction exacte du titre, à laquelle on ajoute un encadrement ; la page occupe le centre du cadre ; toutefois le blanc intérieur du pied doit être légèrement moins fort que celui de tête ; cet. encadrement se compose soit d'un simple filet, soit de plusieurs de genres variés, soit de combinaisons de vignettes : c’est le goût du compositeur qui préside à son établissement; il y a des couvertures très-riches d’ornements, accompagnées de bois gravés, et tirées à plusieurs couleurs; de même il en existe d’une grande simplicité, car on est arrivé aujourd’hui jusqu’à la suppression du cadre, et l’on se borne à reproduire uniquement le titre qui, dans ce cas, peut servir au tirage de l’un et de l’autre.

Une couverture ne se compose ordinairement que de deux pages; cependant il est des cas où l’on utilise les deux pages d’intérieur, comme, par exemple , dans les couvertures de livraisons ou de revues périodiques , pour les tables, sommaires

LA COUVERTURE

ou annonces de librairie ; alors elle forme un quart.

Il ne suffit pas d'une parfaite exactitude dans les proportions du dos pour que le volume soit convenablement recouvert, les marges aussi doivent être bien ménagées; il faut que celle de l'extérieur soit plus large que celle de fond , et celle de pied plus large que celle de tête.

En élévation, la composition du dos ne doit pas excéder celle du cadre; elle se divise ordinairement en plusieurs compartiments séparés par des filets; assez volontiers le premier compartiment reçoit le nom de l’auteur; le deuxième, le titre complet ou abrégé du livre, et le dernier, le nom du libraire et le millésime. Les compartiments intermédiaires restent blancs ou sont occupés par de petites vignettes.

Malgré ce que nous venons de dire, on n'est pas sans quelque liberté alors qu'il s'agit d'établir une couverture. A ce moment, le compositeur devient en quelque sorte le relieur du volume; dans ce cas et beaucoup d'autres, il peut être assuré que les fantaisies de son imagination seront admises si elles sont de bon goût et appropriées au sujet.

DERNIERS CONSEILS

Nous ne savons jamais trop bien le métier qui doit nous faire vivre.

Cet axiome, chers enfants, sera le dernier mot de ce petit livre, écrit spécialement pour vous. Lisez-le avec soin ; je veux espérer qu’il fera naître en vous le désir de recourir à ceux qui vous conduiront plus loin en vous instruisant davantage. Appliquez-vous à connaître et à utiliser toutes les ressources de votre métier; appliquez-vous, par tous les moyens en votre pouvoir, à former votre goût et votre intelligence, et vous reconnaîtrez un jour que rien n’est plus solide ni plus agréable que l’instruction acquise volontairement.

Si à vos connaissances vous joignez une bonne conduite , soyez assurés que les meilleures maisons

DERNIERS CONSEILS

vous seront ouvertes, et que jamais le travail ne vous fera défaut; car, je l'ai toujours constaté à regret, les bons ouvrière sont rares dans toutes les professions, et lorsqu'ils apparaissent, ils sont immédiatement recherchés. Efforcez-vous donc d'appartenir à cette catégorie \ Il n’est rien de plus respectable que l'homme qui doit tout à luimême.

Avant de vous quitter, j’ai voulu vous adresser ces conseils, et surtout vous faire profiter encore de ceux d’un excellent livre que j'ai eu l’occasion de citer plus d’une fois *. Les considérations suivantes sur l’apprentissage, que j’y rencontre, trouvent ici leur place naturelle, et je suis heureux de voir mes avis confirmés par une voix plus autorisée que la mienne.

« La durée ordinaire de l’apprentissage est de quatre ans; elle ne doit être abrégée que par des considérations d'âge ou d’instruction qui justifient de rares exceptions à cette règle générale de l'ate-

1. Mentionnons ici avec plaisir que le travail de composition et de mise en pages de ce petit livre , qui a présenté parfois certaines difficultés, a été exécuté, dans toutes ses parties, par le jeune Paul Bourges, apprenti de notre maison; et nous nous plaisons à reconnaître que, dans cette circonstance, il a montré l’intelligence et les qualités qui constituent le bon ouvrier.

DERNIERS CONSEILS

lier. Le sacrifice de quatre années peut sembler dur aux familles qui en supportent les conséquences; mais, d'une part, ce laps de temps n’a rien d'exagéré, en raison des nombreux détails qui doivent se fixer dans la mémoire de l’apprenti; d’un autre côté, ce temps n'est pas entièrement improductif pour lui : son travail commence à être rémunéré au bout d’une certaine période, alors qu’il devient profitable à l'établissement pour lequel la formation de l’apprenti a été primitivement une charge très-réelle.

« L’apprenti est tenu de faire, en même temps que toute chose relative à la connaissance de l’état qu'il apprend, le service, tant intérieur qu’extérieur, de l’atelier auquel il appartient. 11 ne relève que des personnes qui ont mission de le diriger et de lui donner des ordres ; mais il n’en doit pas moins aux autres ouvriers tous les égards et tous les bons offices que son âge et sa condition leur permettent d’attendre de lui.

« Il ne doit rechigner à aucune des occupations ni des corvées qui incombent à son noviciat. Le balayage de l’atelier, le triage des ordures parmi lesquelles se retrouvent des caractères et d’autres fragments de matériel, enfin tous les soins de propreté, sont des charges inhérentes à son contrat. Il

DERNIERS CONSEILS. 151

devra les accepter et s’en acquitter consciencieusement ; il en ressortira chez lui le sentiment du bon ordre, celui de la nécessité, pour chacune des personnes de l'atelier, de concourir à sa bonne tenue; et, avec un peu de réflexion, il sera amené à ambitionner pour son compte cette réputation d'homme soigneux qui contribue si puissamment à l’avancement et au bien-être de l’ouvrier.

« Quant aux petits travaux qui lui sont dévolus, si minutieux, si fastidieux, si monotones qu’ils puissent lui paraître, il n’en est aucun qui ne porte fruit dans l'éducation de l'apprenti, aucun auquel il ne serait regrettable qu’il voulût se soustraire.

« Ainsi la composition des pâtés, objet d’une répugnance qu’il fout souvent combattre avec énergie chez l'apprenti, lui enseigne, à la longue, à reconnaître à première vue la force de corps des lettres qu'il s'agit de démêler; c’est par là aussi qu’il sait distinguer entre eux les caractères de même corps, mais d’œils différents.

« La tenue de la copie et la lecture qu’il en fait à haute voix pour le correcteur le familiarisent avec le manuscrit, que plus tard il sera appelé à composer. Supposez-le, à cette seconde époque, dépourvu de toute habitude de déchiffrer l’écriture, de la

DERNIERS CONSEILS

ponctuer, de l’orthographier, et livré sur ce point aux seules ressources d’une instruction primaire; évidemment l’apprenti, devenu ouvrier, hésitant devant sa copie, regrettera amèrement d’avoir perdu l’occasion de s’exercer à la lecture du manuscrit, et de l’approprier aux règles de l’imprimerie, qui sont sous ce rapport la reproduction rigoureuse des règles de la langue.

« Il importe à l’apprenti de se rompre successivement à tous les genres de travaux , en commençant par la composition la plus simple et la plus élémentaire, pour arriver par degrés jusqu’aux difficultés et aux questions de goût qui se rencontrent dans la confection des tableaux. C’est ainsi qu’il pourra s’élever au-dessus de cette sphère de médiocrité dans laquelle l’homme reste délaissé , et voué à un salaire modique et incertain.

« Pour parvenir à ce but, auquel il est nécessaire d’aspirer, l’apprenti ne devra négliger aucune des bonnes directions qui lui seront données. Il ne faudra pas que, parmi les enseignements de ses instructeurs, il ne prenne que ceux qui lui sembleront faciles et laisse de côté ceux qui demanderont plus de soins et d’efforts. Il devra se soumettre à toutes les exigences et à toutes les rigueurs du métier ; c’est à ce prix seulement qu’il pourra plus

DERNIERS CONSEILS

tard recueillir les avantages et la considération assurés à tout homme qui se place au premier rang parmi ses égaux.

« Nous ne terminerons pas cet exposé de la condition de l’apprenti, telle que l’expérience nous l'a démontrée, sans insister sur les points essentiels à observer de sa part, pour que l'enseignement qui lui est donné produise d’heureux résultats.

« On se plaint aujourd’hui, non sans raison, de ce que le niveau de capacité des ouvriers typographes subit un abaissement sensible et progressif. Ce fait, regrettable dans le présent et menaçant pour l’avenir, tient à cette cause, que l'apprenti ne possède malheureusement pas toujours l'instruction classique nécessaire pour aborder un état qui n’est pas purement manuel, et qu’il n’y peut suppléer par son intelligence et sa facilité à s’instruire par la pratique.

« L’apprentissage est une œuvre capitale, irrémédiable si elle n’a pas été bien accomplie; elle mérite donc l’attention très-sérieuse de tous ceux - qui y prennent part. Il faut que le jeune homme qui débute dans l’atelier se pénètre de la pensée qu’il va décider lui-même de son sort à venir. S’il reconnaît que son instruction grammaticale est

DERNIERS CONSEILS

insuffisante , il devra la compléter pendant ses heures de loisir, et réserver exclusivement pour son instruction professionnelle son temps de présence. Ce n'est que par cet ensemble d’efforts et de bonne volonté que l’imprimerie peut recruter des ouvriers dignes d’une profession où l’esprit a un rôle considérable. »

Nous ne saurions rien ajouter à ces excellents conseils, sinon la recommandation de s’en pénétrer et de les suivre.

APPENDICE

Page 1