ACTE TROISIESME II
Donnants tousjours à l'advanture La joye et la tristesse dure ?
Se peut-il faire avec raison Que le recteur de l'Empyree Laisse en la terrestre maison Ou sa grandeur est adorée Florir un tas de mal-vivants Qui comme dangereuses plantes Couvrent les tiges excellentes Des bons a peine s'eslevants, Leur ostant la clarté benine Et tout le suc de la racine ?
Falloit-il qu'un maudit vieillard Charge inutile de la terre Possedast un œil si gaillard Le plus beau que Sidon reserre, Et qu'à rebours nostre Leont' Digne cent fois d'une Déesse Pour avoir veu ceste maistresse Perist d'un desastre si prompt, Prince dont l'ame fut sincère Non moins que le bras fut severe ?
Certes souvent le ciel permet Que les plus fausses consciences Du bonheur touchent le sommet, (Au moins selon les apparences, » Car nul n'attaint le vray bonheur » Que celuy que la vertu guide » Nul aussi que la vertu bride » Peut succomber au vray malheur,
2018 advaature 1608
Souvent des traistres l'insolence Va triomphant de l'innocence.
2050 Affin que l'homme droiturier
Sa plus belle attente ne range Sur le changement coustumier En ce bas élément de fange : Mais qu'il aspire au firmament
2055 Cédant aux âmes plus serviles
Les voluptés brèves et viles Qui ne présagent que tourment, Et coule en ce monde son aage Comme en un pénible voyage.