ODE SUR LE VOYAGE DE
Monsieur d'Anchère en Angleterre.
a son livre.
Allez donc avec vostre père, Et pour mieux vous faire juger Légitime fils de d'Anchère, Surmontez la peur du danger, 5 Courez sur la campagne moite ;
Et prenant pour nord la vertu, Par la distance plus estroicte Puissiez vous d'une ligne droicte Traverser ce chemin tortu.
10 Allez, et recevez pour guide
Ce vent mal sain qui vers le nord Soufle de la pleine terride, La fièvre, la peste et la mort ; Car sa force estant oportune
15 Au vœu qui vous pousse en avant.
Malgré toute envie importune Il faut que la bonne fortune Vous arrive du mauvais vent.
Allez donc offrir vostre lire 20 Aux pieds de ce Prince immortel,
Et des fleurs de vostre bien dire Allez tapisser son autel Fleurs qui d'Elicon dévalées
PIECES LIMINAIRES II
Pour ce mislere seulement Par leurs douceurs emmiellées Peuvent calmer des eaux sallées Le tempestueux mouvement.
C'est cet astre dont l'influence A fait la merveille des Roys C'est ce Roy duquel l'Eloquence Guide les Muses soubs sa voix Et qui pour ses discours entendre S'en voit tousjours accompagner.
Où l'on cognoist comme il peut rendre Encore capables d'apprendre Les plus capables d'enseigner.
Pourtant ne doutez que sa face N'espande de ses rais plus doux Quelque lumière de sa grâce Et sur vostre père et sur vous, Car puis que le ciel l'a faict naistre D'Apolon la garde et l'apuy, Tout asseuré vous devez estre Qu'il ne peut pas aymer le maistre Sans aymer ce qui vient de luy.
D'ailleurs la coutume des Princes Qui de la vertu sont issus, Permet tousjours qu'en leurs provinces Les Estrangers sont bien receuz, Ce qui fait que je me propose Que vous y serez recueillis.
Et pour vous en dire la cause Sçauez vous pas bien que la Rose A de tout temps aymé le Lys.
38 doux. 1608.
55 Quittez donc la rive Françoise
Et pour charmer par vos beaux vers Celuy de qui l'ame courtoise Charme les cœurs de l'univers, Aydez à mettre au vent la toille,
60 Et puis faites que tout ainsi
Que d'Ancheré pour faire voile Prend ce Monarque pour estoille D'Ancheré soit la vostre aussi.
Car de mesme que TAigle porte 65 Ses petits au flambeau du jour
Pour sur leur veuë ou foible ou forte Leur donner la mort ou l'amour, Vostre père son vol desserre Vers ce séjour des Demi-dieux 70 Pour vous monstrer dans cette terre
A l'Astre qui sur l'Angleterre Luit, comme le Soleil aux Cieux.
Mais vous qui pristes origine Au feste de ce double mont,
75 Et dont l'influence divine
Aux routes hautes vous semond ; Employez vos forces extrêmes Pour luy rendre un effect pareil, Faisant par vos vertus supresmes
80 Que ce soit plus tost le fils mesmes
Qui montre son Père au Soleil.
HODEY.
PIÈCES LIMINAIRES I3