‹ Ubu enchaîné précédé de Ubu Roi Alfred Jarry 1900Chapitre 30 sur 73 · COTICE · texte numérisé non relu

COTICE

Ferme, ami, il ( commence à me lâcher.

Père Ubu

Sanctificetur nomen tuum.

Cotice *

Lâche bougre !

Pile

Ah ! il me mord ! O Seigneur, sauvez-nous, je suis mort.

Père Ubu Fiat volontas tua.

Cotice

Ah î j’ai réussi à le blesser.

Pile

Hurrah ! il perd son sang. (Au milieu des cris des Palotins, l’Ours beugle de douleur et Ubu continue à marmotter.)

Cotice

Tiens-le ferme, que j’attrape mon coup-depoing explosif.

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UBU ROI

Père Ubu

Panem nostrum quotidianum da nobis hodie.

Pile

L’as-tu enfin, je n’en peux plus.

Î*êre Ubu

Sicut et nos dimittimus debitoribus nostris.

Cotice

Ah! je l’ai. (Une explosion retentit et l’Ours tombe mort.)

Pile et Cotice

Victoire !

Père Ubu

Sed libéra nos a malo. Amen. Enfin, est-il bien mort? Puis-je descendre de mon rocher?

Pile (avec mépris).

Tant que vous voudrez.

Père Ubu ( descendant ).

Vous pouvez vous flatter que si vous êtes encore vivants et si vous foulez encore la neige de Lithuanie, vous le devez à la vertu magna-

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U B U ROI

nime du Maître des Finances, qui s’est évertué, échiné et égosillé à débiter des patenôtres pour votre salut, et qui a manié avec autant de courage le glaive spirituel de la prière que vous avez manié avec adresse le temporel de l’ici présent Palotin Cotice coup-de-poing explosif. Nous avons même poussé plus loin notre dévouement, car nous n’avons pas hésité à monter sur un rocher fort haut pour que nos prières aient moins loin à arriver au ciel.

Pile

Révoltante bourrique.

Père Ubü

Voici une grosse bête. Grâce à moi, vous avez de quoi souper. Quel ventre, messieurs ! Les Grecs y auraient été plus à l’aise que dans le cheval de bois, et peu s’en est fallu, chers amis, que nous n’ayons pu aller vérifier de nos propres yeux sa capacité intérieure.

Pile

Je meurs de faim. Que manger?

L’ours !

Cotice

U BU RO

Père Ubu

Eh ! pauvres gens, allez-vous le manger tout cru ? Nous n’avons rien pour faire du feu.

Pile

N’avons-nous pas nos pierres à fusil ?

Père Ubu

Tiens, c’est vrai. Et puis il me semble que voilà non loin d’ici un petit bois où il doit y avoir des branches sèches. Va en chercher, Sire Cotice. (Cotice s'éloigne à travers la neige.)

Pile

Et maintenant. Sire Ubu, allez dépecer l’ours.

Père Ubu

Oh non ! Il n’est peut-être pas mort. Tandis que toi, qui es déjà à moitié mangé et mordu de toutes parts, c’est tout à fait dans ton rôle. Je vais allumer du feu en attendant qu’il apporte du bois. (Pile commence à dépecer Cours.)

Oh, prends garde ! il a bougé.

UBÜ ROI

Pile

Mais, Sire Ubu, il est déjà tout froid.

Père Ubu

G’est dommage, il aurait mieux valu le manger chaud. Ceci va procurer une indigestion au Maître des Finances.

Pile (à pari).

C’est révoltant. (Haut.) Aidez-nous un peu, Monsieur Ubu, je ne puis faire toute la besogne.

Père Ubü

Non, je ne veux rien faire, moi ! Je suis fatigué, bien sûr !

Cotice (rentrant).

Quelle neige, mes amis, on se dirait en Castille ou au pôle Nord. La nuit commence à tomber. Dans une heure il fera noir. Hàtonsnous pour voir encore clair.

Père Ubu

Oui, entends-tu, Pile? hàte-toi. Hàtez-vous

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tous les deux ! Embrochez la bête, cuisez la bête, j’ai faim, moi !

Pile

Ah, c’est trop fort, à la fin I II faudra travailler ou bien tu n’auras rien, entends-tu, goinfre !

Père Ubu

Oh ! ça m’est égal, j’aime autant le manger tout cru, c’est vous qui serez bien attrapés. Et puis j’ai sommeil, moi !

CoTICE

Que voulez-vous, Pile? Faisons le dîner tout seuls. Il n’en aura pas, voilà tout. Ou bien on pourra lui donner les os.

Pile

C’est bien. Ah, voilà le feu qui flambe Père Ubu

Oh ! c’est bon ça, il fait chaud maintenant.

Mais je vois des Russes partout. Quelle fuite, grand Dieu ! Ah ! [Il tombe endormi.)

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