SCÈNE VIII
La galère capitane.
PÈRE UBU, MÈRE UBU, L’ARGOUSIN, TOUS LES PER¬ SONNAGES qu’on a vus dans la pièce enchaînés aux bancs des FORÇATS.
Quelle verdure, Mère Ubu ! On se croirait sur le pâturage des vaches.
Les Forçats {ramant).
Fauchons le grand pré.
Père Ubu
C’est la couleur de l’espérance. Attendons une heureuse fin à toutes nos aventures.
Mère Ubu
Quelle étrange musique ! Sont-ils tous enrhumés par la rosée, qu’ils chantent ainsi du nez ?
U B U ENCHAÎNÉ
L’Argousin
Afin de vous être agréable, monsieur et madame, j’ai remplacé le bâillon habituel de la chiourme par des mirlitons.
Les Forçats F auchons le grand pré !
L’Argousin
Voulez-vous commander la manœuvre, Père Ubu?
O non ! Si vous m’avez mis à la porte de ce pays et me renvoyez je ne sais où comme passager sur cette galère je n’en suis pas moins resté Ubu enchaîné, esclave, et je ne commanderai plus. On m’obéit bien davantage.
Mère Ubu
Nous nous éloignons de France, Père Ubu.
Père Ubu
Eh ! ma douce enfant! ne t’inquiète pas de la
contrée où nous aborderons. Ce sera assurément quelque pays assez extraordinaire pour être digne de nous, puisqu’on nous y conduit sur une trirème à quatre rangs de rames !
La Frette, septembre 1899.