ude sur les mammifs du Congo frans
Nos possessions françaises du Gabon et du Congo, ou pour employer le terme collectif actuellement en usage, le Congo français est cette partie de l'Afrique occidentale, bornée à l'Ouest par l'Atlantique, au Nord par la rivière Campo et la ligne limite conventionnelle des possessions allemandes du Cameron, au Nord-Est par l'Afrique centrale, à FEst par l'Oubangui et le bas Congo jusqu'à Manyanga, enfin au Sud par différents districts relevant de l'Etat indépendant du Congo, par le Tchiloango, et les possessions portugaises de Landana. Dans ces limites sont englobés quelques bassins côtiers de peu d'importance, situés entre la rivière Campo et l'estuaire du Gabon, puis le vaste bassin de l'Ogôoué et celui du Quillou ou Niari^ enfin, vers l'intérieur, les grandes vallées arrosées par les tributaires de la rive droite du bas Congo et de l'Oubangui. Toute celle immense région a été, depuis plus de vingt ans, le théâtre de nombreuses explorations, et visitée par plu-
ANN, se. NAT, ZOOL. III, 9
130 E- «E POUSARCîUES.
sieurs voyageurs français, qui, tout en contribuant de tous leurs efforts à y asseoir et consolider notre autorité coloniale, ont eu également à cœur d'y rassembler pour notre Muséum national, d'importantes collections d'histoire naturelle.
Dès 1872, le marquis de Compiègne et M. Marche s'engageaient sur l'Ogôoué, et parvenaient, après deux années d'efforts, à remonter ce fleuve jusqu'à son confluent avec la rivière Ivindo.
En 1875,1e même M. Marche, en compagnie de M. Savorgnan de Brazza et du D"" Ballay, fournissait l'étape parcourue deux années auparavant et gagnait le haut Ogôoué. Poursuivant leur course, MM. de Brazza et Ballay franchissaient la crête du bassin de ce fleuve à l'Est pour ne s'arrêter qu'en 1878 sur les rives de l'Alima, le principal affluent de la rive droite du bas du Congo, après un parcours de 1,500 kilomètres vers l'Est.
Vers la fin de 1879, M. S. de Brazza entreprenait un second voyage, traçait définitivement la route entre les bassins de l'Ogôoué et du Congo, parvenait jusqu'à la rive droite de ce dernier fleuve où il fondait Brazzaville, et reconnaissait la vallée du Quillou.
Ces premières expéditions, hérissées de difficultés de toute sorte et de dangers réels, ne pouvaient être très fructueuses au point de vue de l'histoire naturelle. Nous devons cependant à l'un de ces pionniers de la première heure, M. Marche, d'importantes et précieuses collections qui furent comme la primeur des abondantes récoltes qui suivirent. La route, en effet, était ouverte, et bien des obstacles se trouvaient aplanis. Dès le début de 1883, une nouvelle expédition était décidée et entreprise; ce fut la fameuse Mission de l'Ouest africain dirigée par M. Savorgnan de Brazza, et dont le principal résultat fut, comme on le sait, l'extension de nos possessions congolaises jusqu'aux limites que j'ai indiquées plus haut. A cette mission avait été adjoint le frère du célèbre explorateur, M. Jacques de
Brazza, docteur es sciences naturelles, chargé tout spécialement par le Ministère de l'Instruction publique, de rassembler des collections scientifiques. Grâce au concours des membres de la mission, et activement secondé par un ami fidèle, M. Pécile, M. J. de Brazza fut à la hauteur de sa tâche, et parvint à réunir une quantité considérable de matériaux d'éludés, en particulier de nombreuses dépouilles de Mammifères et d'Oiseaux dont plusieurs d'espèce nouvelle ou d'une extrême rareté, et provenant, soit des dilïerents postes échelonnés sur le cours de rOgôoué (Madiville, Doumé, Franceville), soit des stations fondées sur l'Alima et la rive droite du Congo (Diélé, plateau d'Achicouya, Ngampo, Leketi, Nganchoun, Brazzaville et le pays des Batékés).
Vers la même époque, d'autres explorateurs rayonnaient dans les districts côtiers du Nord, et rassemblaient des collections aussi précieuses, sinon aussi importantes. C'est ainsi que pendant les années 1883 et 1884, MM. Schwébisch et Thollon exploraient le cours inférieur de l'Ogôoué, que M. Masson parcourait le Gabon et le pays des Pahouins, et que, de son côté, M. Guiral fouillait activement les rives du San-Benito, mais succombait malheureusement sous les attaques du climat meurtrier de cette région. Durant les années qui suivirent ces multiples expéditions, de 1880 à 1891, M. Thollon resté comme chef de poste à Franceville, puis à Brazzaville, et M. Brusseaux cantonné entre les rivières Alima et Sanga, ne cessèrent .de faire parvenir au Muséum de nombreuses dépouilles d'animaux parfaitement préparées.
Enfin, le 10 mars 1891, M. Jean Dybowski s'embarquait à Bordeaux, chargé par le Comité de l'Afrique française de rejoindre la mission Crampell, et de percer la route du Congo au Tchad en remontant l'Oubangui et l'un de ses aftluents Nord. A peine remis des fatigues de cette première mission, M. J. Dybowski repartait pour la côte congolaise, et explorait pendant la première moitié de l'année 1894, toute la zone cêtière encore peu connue, située entre Loaugo
132 E. DE POUSAReUES.
et Fernand-Vaz. Je n'ai pas à retracer ici les péripéties de la première de ces deux expéditions qui dura deux années consécutives, et dont M. J. Dybowski a fait connaître les diverses phases, dans un magnilique ouvrage, paru récemment sous le titre : La route du Tchad; du Loango au Chari. Il me suffira de dire que, naturaliste expert, botaniste consommé, observateur scrupuleux, M. J. Dybowski était préparé mieux que personne à la mission qu'il devait remplir, ayant déjà accompli, à son honneur, dans le cours des années 1889 et 1890, deux expéditions scientifiques dans le Sahara algérien. Par leur nombre considérable et la précision rigoureuse des renseignements et des indications d'âge, de sexe, de dates et de lieux de provenances qu'ils m'ont fournis, les spécimens récoltés par M. J. Dybowski, joints à ceux des collections de M. de Brazza, forment la base la plus importante de cette étude.
Seuls les Mammifères provenant des diverses missions que je viens de nommer, doivent nous occuper ici, et les quelques détails que j'ai donnés sur les itinéraires parcourus par nos explorateurs suffisent pour circonscrire nettement la région étudiée, laquelle comprend le Congo français, et s'étend vers le Nord-Est entre la rive droite de l'Oubangui et les possessions allemandes du Cameron jusqu'à la crête méridionale du bassin du Tchad. Un grand nombre des spécimens que l'on trouvera énumérés au cours de cette étude, ont été montés avec le plus grand soin et figurent avantageusement dans les nouvelles galeries de zoologie du Muséum; cette heureuse circonstance m'a permis de donner pour les espèces que ces spécimens représentent, des mensurations presque aussi exactes que si elles avaient été prises sur les animaux en chair. D'autres exemplaires conservés dans l'alcool ne m'ont laissé rien à désirer pour la facilité de l'étude. Enfin, une troisième catégorie d'échantillons conservés en peau, m'a été également d'un utile secours, soit pour l'examen détaillé du pelage, soit surtout pour le relevé des caractères du crâne et de la dentition, quand cette importante ressource m'a
manqué pour des spécimens de même espèce montés avec le crâne enfermé dans la peau. C'est donc, pièces en main, et muni de garanties sérieuses d'exactitude que j'ai pu entreprendre ce travail, avec l'inappréciable avantage d'avoir à portée, pour les comparaisons, les nombreux exemplaires types qui font la richesse des collections du Muséum.
Ce mémoire contribuera, je l'espère, à combler la lacune qui existe dans nos connaissances sur l'ensemble de la faune mammalogique de la côte occidentale d'Afrique.
Il existe, en effet, pour la Sénégambie et la Guinée d'une part, pour l'Angola de l'autre, de remarquables travaux qui nous ont fait connaître dans leur ensemble les faunes mammalogiques respectives de ces diverses régions.
Les Mammifères de nos colonies du Sénégal et de la Gambie ont fait l'objet d'un mémoire très documenté, publié récemment par M. le D"" T. de Rochebrune (1). ïemminck (2) a décrit en 1853, les importantes collections rassemblées par le célèbre voyageur naturaliste Pel, pendant dix années de séjour à la côte de Guinée. Depuis, les récentes explorations accomplies le long des côtes de Libéria et de Sierra-Leone de 1880 à 1887, par MM. Biittikofer, Sala, et Stampfli, ont encore enrichi le Musée de Leyde d'un grand nombre de Mammifères intéressants, examinés et décrits avec le plus grand soin et une extrême compétence par M. Jentink (3). Pour terminer ce qui a trait à la Guinée supérieure, la Mammalogie des possessions allemandes du Togo et du Cameron nous a élé révélée depuis peu par d'importants travaux de M. Paul Matschie (4).
Pour l'Angola, M. Jentink (5) nous a également fait con-
(1) De Rochebrune, Faune de la Sénégambie.
(2) Temminck, Esquisses zoologiques sur la côte de Guinée. Leyde, 1853.
(3) Jentink, Zoological researches in Libéria (Mammals), in Notes fr. Leyden Muséum, voL X, J888, p. 1-58.
(4) P. Matschie, 1. Ueber einige Sdugeticre von Kamerun {Arch. f. Naturg., p. 3o2, 1891. 2. Sdugethiere des Togogebietes [Mittlieil. d. deutsch. Schutzgebieten. Bd VI, Hfl 3, 1893).
(5) Jentink, On Mammals from Mossamedes [Not. fr. Leyden Mus., vol. Ix, . 171-180, 1887).
134 E. DE POUSARCiUEli.
naître le résultat des recherches de M. van der Kellen sur le Cunéné dans le Mossamedes; mais l'histoire des Mammifères de l'Angola nous a été principalement divulguée par l'éminont zoologiste portugais M. Barboza du Bocage (1), dans une série de Mémoires oh sont décrites les magnitiques collections du Musée de Lisbonne dues à l'activité d'un grand nombre d'explorateurs, Serpa Pinto, Capello et Ivens, Bayao, Toulson, et au zèle de l'infatigable voyageur d'Anchieta.
Enfin le récent travail de M. Noack(2) sur les Mammifères recueillis par le D' Ilans Scliinz au cours de son expédition dans le Damara, l'Ovamboland et le désert de Kalahari jusqu'au lac Ngami, nous fournit comme un double trait d'union rattachant la faune d'Angola, d'une part à celle de l'Afrique australe, anciennement décrite par Smuls (3) et Andrew Smith (4), de l'autre à celle du Mozambique et de la côte orientale d'Afrique, si magistralement dépeinte par Peters (5).
De la Sénégambie au Cap, il n'existe donc de lacune dans nos connaissances sur la Mammalogie de l'Afrique occidentale que pour nos possessions françaises du Gabon et du Congo. On ne trouve pas de mémoires généraux et de longue haleine, ayant trait à cette région, et pour avoir une idée forcément incomplète et morcelée de sa faune, il faut recourir aux descriptions d'espèces nouvelles publiées par Pucheran (6), aux Mémoires de Du Chaillu (7), à différentes notes de Lecomle, Gray, Sclater, Peters, parues à des dates
(1) Barboza du Bocage, Jorn. sciencias, math., phys. e naluraes. Lisboa, 1889 e 1890.
(2) Noack, Beitrage znr Kentniss der Sâugcthierfauna von Sud imd Sudwest Afnka{lool. Jarhbucher, vol. IV, p. 94-2Gi, 1889).
(3) Smuts, Dissertatio zoologica enumerationem mammalium capensium continens. Leyde, 1832.
(4) A. S'raith, Illustrations of thcZoology of South Africa. London, 1838.
(5) W. Peters, Reise nach Mossnmbique (Sàugethiere). Berlin, 1852.
(6) Pucheran, Documents relatifs à la Mammalogie du Gabon [Arch. Mus. hist. nat., t. X, p. 103-13.D, 1858-1861).
(7) Du Chaillu, Journ. of the natural history. Society of Boston, p. 296 à 358, 1860.
très-espacées dans diverses publications périodiques (1), ou enfin à quelques récentes monographies de genres ou de familles de Mammifères africains, telles que celles de M. Jentink sur les Ecureuils (2), de M. Oldfield Thomas sur les Mangoustes (3) et les Céphalophes (4), de M. de Rochebrune sur le genre Golobe (o), de iM. Tycho-Tullberg (6) sur les Muridés du Cameron.
J'ai donc cru faire œuvre utile en mettant à profit les richesses zoologiques collectionnées par nos voyageurs sur ce point de l'Afrique occidentale, pour tracer dans ses grandes ligues la faune mammalogique de nos possessions cougolaises, et l'étudier en détail, tant en elle-même que dans ses rapports avec celles des régions limitrophes.
Nous verrons au cours de ce travail que si cette faune présente certains traits communs avec celles des provinces zoologiques circumvoisines de l'Afrique occidentale, l'Angola et surtout la Guinée supérieure, elle se rattache d'autre part et s'unit plus intimement, par l'Oubangui, avec celle de l'Afrique centrale, telle que nous l'ont fait connaître les collections rassemblées par Schweinfurth (7) dans le Niam-Niam. Emin-Pacha (8) dans le district de Monbuttu, R. Bôhm et Reichard (9), dans l'Urua et le Haut Congo.
Mais avant d'entreprendre l'exposé de celle faune je dois exprimer ici ma profonde reconnaissance et mes plus sincères remerciements à mon éminenl et vénéré maître M. A. Milne-Edwards pour la haute marque de confiance
(1) Proc. Acad. nat. se. of Philadelphie; Proc. Zool. Soc. London; Monatsber. Akadem. Berlin.
(2) Jentink, On the african Sqiiirrels (Not. fr. Leyden Muséum, vol. IV, p. 1-53, 1882).
(3) 0. Thomas, On the african Mungooses [Pr.Zool. Soc. London 1882).
(4) 0. Thomas, On the Genus Cephalolophus (Pr. Zool. Soc. London, 1892).
(5) De Rochebrune, Faune de la Sénégambie (Supplément), l^"" fascicule, 1886-1887.
(6) Tycho-Tullberg, Muriden ans Kamerun. Stockholm, 1893.
(7) Schweinfurth, im fle?':en von Africa, 1874.
(8) Emin-Pacha (0. Thomas, Pr. Zool. Soc, 1888, 1890, 1891).
(9) R. BOhm et Reichard i^Noack, Beitrage zur Kentniss der Saugethier- Fauna von Ost und Central Africa in Zool. Jahrbucher, vol. II, p. 193-302).
136 E. DE POUSAnCîUES.
dont il a bien voulu m'honorer en me chargeant de ce travail, que les conseils si précieux de son inépuisable savoir m'ont permis de mener abonne fin. Que M. Oustalet me permette également de l'assurer de toute ma gratitude pour la bienveillance avec laquelle il m'a aidé et encouragé dans mes recherches, en m'accordant le soHde appui de la haute compétence que lui ont value en zoologie systématique, ses vastes connaissances, sa justesse de vues et son expérience.