‹ ude sur les mammifs du Congo fransChapitre 26 sur 153 · Cercocebus agilis. (A. M.-Edw.) (nov. sp.)(l · texte numérisé non relu

Cercocebus agilis. (A. M.-Edw.) (nov. sp.)(l

Cercocebus agilis. (A. Milne-Edwards.) Rev. Se, 3" série, t. XII, p. 13, juillet 1886.

a. Q* adulte type. M. de Brazza, 1886. Congo franonis.

b. Q à. peine adulte. — — —

c. (^ adulte. M. Brusseaux, 1^90. Confluent de l'Oubangui et du Congo.

d. 9 très adulte. M. J. Dybowski, 4 janvier 1892. Poste des Ouaddas.

e. Ç jeune à dentition incomplète. M. Dybowski, 4janvier 1892. Poste des

Ouaddas.

Par son pelage tiqueté, ce Cercocèbe se distingue nettement des autres espèces du même genre cantonnées dans l'Ouest de l'Afrique, et dont les poils d'un brun plus ou moins foncé suivant les types, ne présentent jamais d'annulations claires. Sous ce rapport, c'est avec le Cercoceàus gale-

(1) Il existe actuellement (sept. 1896) à la Ménagerie du Muséum un individu mâle semi-adulte de cette espèce donné par M. Edm. Gauthier, chef de poste au Congo français. C'est le premier spécimen rapporté vivant en Europe.

230 E. DE POU^ARCiUEJS.

j'itus (Pet.) (1) de la côte de Zanzibar que le Cercocebus agilis présente le plus d'affinités.

Sur toutes les parties supérieures du corps, les poils d'un gris brunâtre à la base, d'un brun sombre à leur extrémité sont marqués sur leur tiers distal de deux anneaux jaune verdùlre, très nets sur la tête, la nuque et les membres antérieurs, plus vagues et beaucoup moins tranchés sur les joues, les épaules, le dos, les (lancs et la face externe des membres postérieurs. Aux membres antérieurs, la teinte brune fondamentale s'assombrit à mesure qu'on se rapproche des extrémités, les annulations disparaissent à partir du poignet, et les poils qui couvrent les mains et les doigts passent au noir assez intense. La queue relativement courte, d'un brun noirâtre' à peine tiqueté au-dessus, d'un gris brunâtre sale en dessous sur sa pkis grande portion proximale, prend des teintes plus pâles à partir de son dernier tiers et devient d'un blanc grisâtre sur le dessus et le dessous de sa terminaison. La poitrine et le ventre sont garnis de poils assez longs mais très clairsemés, blancs à la base, d'un jaune roussàtre à l'extrémité. Ces teintes passent au blanc grisâtre argenté sur la gorge et la face interne, des membres.

Sur le dos et principalement le long des flancs, les poils sont assez longs et retombants. Les favoris, brun olive sombre tiqueté de jaune comme le dessus du corps, sont très denses et dirigés obliquement de haut en bas et d'avant en arrière. Sur la tête on remarque une disposition analogue à celle que Peters a signalée chez le C. galeritus. Les poils divergent en rayonnant d'un tourbillon médian situé un peu en arrière de la lisière orbitaire; ceux qui se dirigent en avant se dressent sur le devant du front, oii ils forment une frange sourcilière qui rappelle un peu celle que l'on remarque chez le Cercocebus albigena (Gr.); sur les côtés, ils

(1) Peters, Monaisb. Akad. Berlin, p. 830, pi. P et 111, 1879. L'espèce C. galeritus, découverte à Mitole, au conlluent du Tana et de rOsi,sur la côte Nord de Zau.'bar, n'est encore connue, je crois, que par le type.

ÉTUDE SUR LES MAMMIFÈRES DU COiNGO FRANÇAIS. 231

viennent se confondre avec le pelage de même teinte des tempes et des favoris; enfin, en arrière du tourbillon, les poils assez relevés, se dirigent d'avant en arrière, mais ne prennent pas un développement aussi considérable que chez le C. galeritiis.

Sur la face et le menton effdéset 1res proéminents, la peau d'un brun sombre est nue, sauf sur l'arête du nez où quelques poils bruns rares et courts forment un velouté qui descend jusqu'à la cloison inter-nasale. Les paupières supérieures sont couleur de chair livide. Les oreilles nues, et de même couleur que la face, sont arrondies et assez courtes, mais émergent néanmoins complètement du pelage du dessus de la tête et des favoris. Les callosités sont larges, et sur une assez grande surface, la peau qui les entoure en dessous est presque complètement glabre. *

Le Cercocehus agilis se fait remarquer par ses formes sveltes et légères et par la longueur de ses membres, ce qui lui a valu son nom spécitîque. Chez cette espèce les dimensions de la queue atteignent à peine celles de la tête et du corps^ et ces proportions présentent une constance remarcfi'iablc. Un coup d'œil jeté sur le tableau ci-joint suffira pour fixer les idées sur ce point.

Mesures en centimètres.

Longueur du corps et de la lète

— de la queue

— du bras

— de l'avant-bras

— de la main (du poignet à l'extrémité du

médius) .*

— de la cuisse

— de la jamhe

— du pied (du talon à l'extrémité du mé-

dius)

CfType.

lo

La tête osseuse ne présente à noter que les quelques particularités suivantes : ,i,i

232 R. I>F. POrSARCiUEJli.

Les orbites sont plus ouvertes que chez les autres types du groupe, et leur diamètre verlical ou antéro-posiérieur, égale leur diamètre transversal. Les crêtes sourcilières, très hautes et très accusées sur le mâle adulle type, sont de niveau avec le point le plus élevé de Tos frontal. Par contre la saillie de l'os malaire est à peine sensiiile, aussi la fosse sous-orbitaire est-elle à peine indiquée et incomparablement moinsprofonde quechez leC «//y?<7^«â;. Ainsi chez le C. agilis (type) le point le ])lus antérieur de l'os malaire se trouve au niveau de l'intervalle qui sépare la deuxième et la troisième molaires, tandis que chez le C. allngcna l'amorce antérieure malaire de l'arcade zygomatique s'avance parfois jusqu'au niveau de la première molaire, comme j'ai pu le constater sur plusieurs crânes de cette espèce.

Chez le C. agilis^ les canines sont faibles, et par suite du peu de renflement de leurs parois alvéolaires, le museau reste mince, élroit et effîlé. A la mâchoire inférieure, le cinquième tubercule de la dernière molaire est bien développé; les canines ont moins de puissance encore que les supérieures, comme c'est l'ordinaire; aussi la symphyse mentonnière présente-t-elle la même acuité que le bord alvéolaire des intermaxillaires. Les branches montantes de la mandibule ne présentent que de faibles dimensions eu hauteur comme en largeur, et leur direction est assez oblique sur celle des branches horizontales.

Les apophyses coronoïdes sont sensiblement arquées de dedans en dehors.

Mesur'es du crâne en millimètres.

Longueur maximum du crâne en ligne droite (de la crête occipitale à, rextrcmilé des prémaxillaires)

Longueur curviligne du bord postérieur du trou occipital à la suture naso-frontale

Longueur en ligne droite de la suture naso-frontale à l'extrémité des prémaxillaires ,.

Longueur des os nasaux

Longueur du museau (du bord antérieur de l'orbite à l'extrémité des prémaxillaires)

Diamètre orbitaire vertical

— — transversal

Espace interorbilaire

Largeur maximum du crâne aux arcades zygomaliques

— aux arcades orbitaires

Longueur de la face inférieure du crâne (du condyle occipital à l'extrémité des prémaxillaires)

Longueur totale de la voûte palatine

Largeur du palais en dehors des dernières molaires

— — — des deuxièmes molaires

— — devant les canines

Longueur rectiligne de la mandibule (du condyle au bord

antérieur delà symphyse)

Longueur rectiligne de la mandibule (du bord antérieur de

la symphyse à l'angle de la mâchoire)

Hauteur de la branche horizontale de la mandibule derrière

la dernière molaire.

Hauteur de l'apophyse coronoïde au-dessus du bord inférieur

de la mandibule

Largeur maximum de la branche montante

Hauteur totale du crâne au-dessus de l'angle de la mâchoire

inférieure

Cf Type

Comme je l'ai indiqué plus haut, c'est avec le Cercocebus galeritus (Pet.) que le Cercocebus agilis présente le plus d'affinités, et il existe entre ces deux espèces des analogies nombreuses et incontestables, mais un examen attentif permet de reconnaître chez chacune d'elles des caractères propres dont l'importance réelle milite en faveur de leur parfaite indépendance.

Chez le C. galeritus type, du même sexe, mais plus vieux que le type du C. agilis à en juger d'après l'usure de la couronne des molaires (voir Peters, PI. III), la saillie de l'os malaire est très accusée et la fosse sous-orbitaire profonde ;

E. DE POU,<i»AUGUES.

par contre les croies sourcilières sont ù peine indiquées. Chez ce même type, les canines sont puissantes, la voûte palatine est plus large et le museau moins effilé que chez le C. agllis, dont la mâchoire inférieure est du reste beaucoup plus faible.

Si nous passons au pelage, nous constatons que chez le C. (/aleritus^ le bonnet, de teinte plus sombre que le dessus du corps, ne présente dans sa configuration qu'une ressemblance assez lointaine avec les poils rayonnants du sommet de la tête du C. agilis. D'après la planche qui accompagne la description du C.gaJcritus, les poils du bonnet plaqués sur le vertex se prolongent jusqu'en bas de la nuque et forment une sorte de capuchon qui masque complètement les oreilles et déborde de chaque côlé en surplombant les favoris. Ceuxci sont d'une teinte claire semblable à celle de la poitrine et du ventre, et les pieds, comme les mains, sont de couleur sombre. Peters décrit et figure chez cette espèce une touffe terminale caudale dont on ne trouve pas la moindre trace chez le C. agilis. Enfin une dernière parlicularilé qui permet encore de distinguer facilement le C . galeritus est l'extrême disproportion qui existe entre la longueur du corps et celle de la queue, comme on peut s'en rendre facilement compte en établissant les rapports suivants :

Longueur du corps et de la tète . . .

— de la queue

Rapport entre ces deux dimensions

CERCOCEBUS

Ce tableau montre de plus que les individus de l'espèce C. galeritus, n'atteignent qu'une taille assez faible et bien inférieure à celle des spécimens de C. agilis qui peuvent leur

être comparés tant au point de vue du sexe que de l'âge.

Lors de la visite qu'il fît récemment au Muséum de Paris, M. Matschie fut également frappé des ressemblances qui existent entre le C. agilis et le C. galeritus.

De retour à Berlin, le savant mammalogiste allemand m'adressa sur le Cercocèbe type de Peters les détails suivants que je dois signaler :

« Les poils de la tèle du C. galeritus sont disposés comme l'indique la planche; la couleur du pelage est très semblable à celle du C. agilis; mais le dessus des mains et de la tête est un peu plus foncé. »

Ces renseignements concordent avec quelques-unes des conclusions auxquelles m'avait conduit l'élude de la description et de la planche de Peters; mais les mesures données par ce dernier auteur n'étaient pas complètes, et voici celles que M. Matschie m'envoie après les avoir prises sur l'animal iïiême : «Long, a naso ad cauda? basim 64'^™; long, ab occipitead caud. bas. 49"'". »

D'après ces données, M. Matschie incline à admettre l'identité des deux espèces (1).

Ces derniers détails, il est vrai, diminuent d'une manière sensible la valeur du principal argument que j'invoquais en faveur de la distinction des deux Cercocèbes, car le tableau comparatif des proportions doit être modifié de la manière suivante :

Longueur du corps et de la tête. . ..

— de la queue

Rapport entre ces deux dimensions

CERCOCEBUS

Toutefois, malgré ces correctifs, la disproportion bien qu'affaiblie subsiste, de même que les différences assez tranchées que j'ai indiquées pour le pelage. Je crois donc devoir conserver au C. agilis son indépendanre spécifique. L'examen de nouveaux spécimens de C. galeritus, capturés dans la vallée du Tana ou quelque autre point de l'Est africain, est nécessaire pour permettre de fixer définitivement le degré de variabilité des teintes et des proportions de cette espèce, et résoudre le dilemme suivant : Le Cercocebus agilis doit-il être identifié au Cercocebus galeritus, dont l'aire de dispersion s'étendrait ainsi à travers toute l'Afrique équatoriaie, de l'embouchure du Tana sur l'océan Indien jusque sur la rive droite du Congo inférieur; ou bien ces deux espèces sont-elles représentatives, mais distinctes, l'une spéciale à l'Est, l'autre à l'Ouest africain, comme les Colobus palliatus et Colobus angolensis nous en fournissent un exemple?

(1) Matschie, Sàugeth. Deulsch Ost-Afrik., p. 145, 1893.

236 F>. DI-: pouii>.%RC:uES.

GENRE PAPIO

Page 1