BdEOGALE NIGRIPES. (Pucll
Bdeogale nigr/pes. Pucheran. Rev. et Mag. Zool.,2'' série, t. VII, p. Idl, 1855. — — — Arcli. du Muséum, t. X, p. 120-124, 1858-1801.
? Ichneumia albicauda. 0. Thomas. Proc. Zool. Soc. London, p. 75, 1882. ? Bdeogale nigripes. 0. Thomas. — p. 82, 1882.
'? Bdeogale nigripes. Barboza du Bocage, Join. Se. nat. Lisboa, 2" série,
n° III, p. 180, 1889.
a. o; jeune. M. Masson, 1893. Gabon; nom local : Ewago.
b. O adulte. M. Dybowski, 1894. Eschiras, Congo français.
De toutes les conclusions, rigoureusement logiques et irréfutables, énoncées par M. 0. Thomas sur l'unité spécifique des diverses variétés du sous-genre Ichnewnïa, une seule doit être réservée, c'est la synonymie probable établie entre VH. Ichneumia albicauda (G. Cuv.) et le Bdeogale nigripes (Puch.). M. 0. Thomas n'avait malheureusement pas eu l'occasion d'examiner le type de cette rare et intéressante espèce, mais on doit regretter aussi que ce savant zoologiste s'en soit tenu exclusivement à la courte diagnose prélimi-
(1) Proc. lool. Soc. lond., p. 450, 1894.
(2) Matschie, Sàugeth. deutsch. O^t. Afrik., p. 80 et 146, 1895.
ÉTUDE SUR LES MAiMMIFÈRES DU CONGO FRANÇAIS. 307
naire publiée par Pucheran, et il est hors de doute qu'il aurait accepté sans conteste la validité du B. nigripes, comme genre et comme espèce, si le second travail de Pucheran n'avait pas échappé à ses recherches bibliographiques. La question du rang générique de ce Carnassier, restée pendante depuis cette époque, réclamait une solution que les matériaux d'études rassemblés par nos voyageurs me mettent à même de fournir aujourd'hui. En efTet le Muséum possède actuellement trois exemplaires de B. riigripes. Le type de l'espèce, rapporté du Gabon en 1854 par Aubry-Lecomte, est un jeune individu qui, pendant près de trente ans, fut le seul spécimen connu. En 1883, i\L iMasson réussit à en capturer un autre exemplaire du môme âge et un peu plus petit que l'individu type, mais présentant exactement les mêmes particularités de coloration [a). Enfin, le troisième exemplaire [b) provient du dernier voyage de M. J. Dybowski ; c'est la dépouille d'un sujet adulte, préparée en peau plate par les indigènes du pays montagneux d'Eschiras près des sources de la rivière Ngounié, mais cependant, dans un état d'intégrité très salisfaisanl, et sans aucune mutilation de la tête ni des membres. Le pelage de ce dernier spé€imen diffère, à certains égards, de celui du jeune [a] j)our la description duquel je ne puis mieux faire que de rappeler ici la diagnose rigoureusement exacte et très détaillée que Pucheran a donnée du type de l'espèce :
« Cet individu est blanchâtre sur la tête, le dessus et les côtés du cou, le dos, les flancs et la face externe de la partie la plus supérieure des membres. Le menton est de la même teinte, mais à la partie la plus postérieure du devant du cou se manifeste une teinte noirâtre, qui, devenant de plus en plus prononcée, occupe le thorax et la région voisine de l'abdomen ; le reste des parties inférieures est du blanchâtre des flancs, mais plus nuancé de grisâtre. Les pattes sont d'un noir uniforme en dehors comme en dedans; sur le membre antérieur, cette couleur occupe bien plus d'espace que sur le postérieur. Les ongles sont d'un brun corné. Les
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oreilles sont, sur leurs deux faces, couvertes de poils semblables par leur couleur à ceux du reste du corps; ceux de la queue sont d'un blanc un peu jaunâtre.
<( Le pelage est ras sur le clianfrein et les côtés du museau oîi il est plus terne : à peine plus allongé sur le devant du cou, il le devient plus sur le dessus de la tête el du cou, sur les autres parties du corps el surloul sur le prolongement caudal. Sur les lianes, le milieu du dos, les poils laineux sont d'uncendré jaunâtre; les soyeux, d'un blanc un peu plus roussàlre à leur base, présentent ensuite un anneau noir, mais ils deviennent blanchâtres dans le reste de leur étendue. Sur ceux do la queue, doués de la même structure, règne sans mélange la couleur blanche. )>
Chez l'individu adulte {/)), la queue est identique, pour la coloration el la longueur des poils, à celle des jeunes. Sur le reste du corps, le pelage présente aussi les mômes teintes, répari ies de la même façon, mais il est beaucoup plus court, el partout aussi ras que sur la tête et le museau; aussi avais-je cru, au premier abord, que cette dépouille avait subi la préparation que les fourreurs pratiquent sur certaines peaux emj)loyées dans le commerce, et qu'elle avait été éjarrée. Il n'en est rien ; les deux sortes de poils existent en parfaite intégrité sur le dos et les flancs. Le sous-poil laineux et feutré est excessivement court, et forme un véritable velours d'un blanc jaunâtre pur. Quant aux poils soyeux et brillants, ils offrent les annulations (blanc roussâtre, noir et blanc) signalées par Pucheran, el ne diffèrent de ceux des jeunes que par l'extrême brièveté delà pointe terminale blanche, ce qui rend plus apparent et visible extérieurement l'anneau noir médian. De celle disposition résulte une coloration générale d'un gris argenté, qui diffère quelque peu de la teinte blanchissante qui marque les jeunes. Celle robe à pelage ras est-elle spéciale aux adultes, ou n'est-elle pus plutôt une livrée de saison commune à lousles âges? C'est là une question que je ne puis résoudre h l'aide d'un seul spécimen.
Il est inconlestable que la livrée des D. nigripes jeunes ressemble, à s'y méprendre, à celle que revêtent certaines y ariéiés de Y Ic/ineu/nia a Iblrauda^ celle, entre autres, décrite par I. Geoffroy Saint-Hilaire comme 7. aiôescens; mais Une faut voir dans cette similitude qu'un simple cas de mimétisme. L'identification de ces deux espèces est en effet impossible, car, de l'avis unanime des hal)iles taxidermisles du Muséum qui, sur ma demande, en ont minutieusement examiné les dépouilles, nos trois spécimens de B. ni///'i/ies sont tétradactyles des quatre membres et, sous ce rapport, présentent une parfaite similitude de conformation avec les deux Bdcorjale de l'Afrique orientale, B. cras.siraiala^ B .puisa {Pet.), que j'ai pu mettre en parallèle avec eux. Je ne puis, malbeureusement, fournira Tappuide cette assertion aucune preuve ostéologique, mais la concordance absolue des caractères extérieurs constatée sur trois individus suffit, je crois, pour entraîner la certitude. On ne saurait cependant reprocher à M. 0. Thomas son hypothèse de la penladactylie du B. nigripes., toute gratuite qu'elle soit; à l'époque où le savant anglais fit paraître son xMémoire sur les Mangoustes africaines, le t\pe du B. nigripes seul était connu, et je n'hésite pas à reconnaître, avec cet auteur, l'extrême et fréquente caducité des doigt internes chez les Herpestcs, soit que cette mutilation survienne du vivani de l'animal, soit que l'on doive l'attribuer plus souvent à un accident de préparation pendant la mise en peau. On ne peut donc, sur ce point, se prononcer avec trop de circonspeclion, mais il serait invraisemblable et hors de toute probabilité de supposer que pareil cas se soit présenté pour les quatre membres de trois dépouilles préparées par des mains différentes, et cela, sans qu'il subsiste la moindre trace de mutilation.
Du reste, les particularités que présente la tête osseuse du spécimen type du B. nigripes n'aulorisent pas davantage à assimiler cette espèce à 1'/. albicauda.
Pucheran a décrit ce crâne et sa dentition avec un grand luxe de détails, et sur ce point, je renverrai à la description
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de cet auteur. Je me permettrai seulement de sig^naler un fait, sur lequel Puchcran m'a semblé trop peu affirmatif, et qui pourrait rester obscur pour les zoologisles qui n'auraient pas l'occasion d'examiner le crâne lui-même. La dentilion, telle qu'elle est décrite par Pucheran, est bien la première dentition ou dentition de lait qui se trouve encore tout entière en place, sauf la paire médiane des incisives supérieures déjà tombées, ce qui permet d'apercevoir les deux dents de remplacement encore assez profondément enfouies dans les alvéoles. De la seconde dentition^ on aperçoit aussi les premières molaires M* et M, ; celles de la macboire inférieure, plus précoces, devaient être sur le point de percer la gencive ; pour les supérieures, plus tardives, les pointes de leurs tubercules antérieurs et les bords alvéolaires aflleurent à peine, et leurs parlies posiéro-inlernes sont encore masquées sous une mince lame spongieuse de tissu osseux en voie de dégénérescence et de résorption.
Ces quelques détails prouvent surabondamment l'extrême jeunesse de l'animal, et pourtant, la tête osseuse présente déjà un volume et des dimensions relativement considérables. Je regrelle de ne pouvoir donner ici la description du crâne de l'adulte, mais il ne sera peut-être pas sans intérêt de faire connaître les mesures que j'ai relevées sur le crâne du jeune type^ et de les mettre en parallèle avec les mêmes mensurations prises sur des crânes de B. puisa, B. crassicauda et /. albkauda adultes.
Mesures en millimètres.
Longueur du crâne, de l'avant des prénVaxillaires au point le plus postérieur de l'un des condyles occipitaux
Larf^^eur maximum aux arcades zygomatiques
Longueur maximum du palais, de l'avant des prémaxillaires à l'extrémité des palatins
Largeur maximum du palais entre les points où PM^ et M' se touchent par leurs bords externes
Longueur du palais, de l'avant des prémaxillaires au milieu de la ligne de largeur maximum prf'cédente
Largeur minimum du palais en arrière des molaires
oO
On peut voir craprès ces mesures, que le crâne du Bdeogale ?iigripes ieune dépasse ceux des deux autres espèces de Bdeogales adultes sur toutes les dimensions, et n'est qu'à peine inférieur comme longueur maximum à celui d'un /. albkauda parvenu à son maximum de développement, ce qui permet de supposer que le crâne du B. iii(jr?pes [xûuMq doit lui èlre notablement supérieur. On peut constater en même lemps que les proportions, très différentes entre Vlchneumia et le Bdeogale nigripes, le sont beaucoup moins si l'on compare les Bdeogales entre eux, et cette particularité ne fait qu'accentuer les affinités génériques du B. nigripes ; que par exemple, la tête de 1'/. albkauda est moins massive et plus étroite relativement à sa longueur, que la disproportion est bien plus sensible encore pour le palais, car en établissant le rapport de la longueur à la largeur, on au»
Ion*-''. 6 rait pour Vlchneumia albkauda : ,— -^' =-, cette même
larg. 3 'e rep
L'examen des dimensions du corps, chez ces divers types
relation pour les Bdeogalespouvant être représentée par -.
F.. I>R POtIKARCiLIEii.
d'Herpeslidés, nous conduit à des conclusions analogues. J'ai réuni dans le tableau suivant les mesures des trois B. nigripes jeunes et adulte de la collection du Muséum, celles des J5. crcussïcauda et ]nnsa^ telles qu'elles ont été relevées par Peters sur les deux types, qui, à en juger par les ligures que cet auteur a données deleui' dcntilion, devaient être plus qu'adultes, entln la taille maximum donuée par M. 0 Thomas pour l'7. albkauda^ et les mesures que j'ai prises sur le spécimen bien adulte de cette même espèce, dont j'ai donné dans le tableau précédent les dimensions du crâne.
Mesures en cenlmètres.
Longueur de la li'te et du corps en suivant la courbure
Longueur de la queue
Longueur du pied (sans les griffes).
BDEOGALE (i)
NIGIIIPES
oO j 42 3;; ; 28
oO
icH\. ujinniA
Les prévisions de Puclieran se trouvent donc parfaitement justifiées par les faits : le B. ?iigripes ne te cède pas, comme taille, aux plus fortes Mangoustes, et se distingue génériquement des Herpestes, et en particulier de VIcImeiimia albicauda^ par ses membres tétradactyles. Ses fortes dimensions suffisent à le distinguer spécifiquement des autres Bdeogales, comme l'indiquait brièvement l'épithète major employée par Puclieran dans sa notice préliminaire. Sans tenir compte du plus ou moins de longueur des poils suivant l'âge ou les saisons, la robe du B. nigripes paraît présenter assez de
(1) Pour le B. puisa et le B. crassicauda, la mesure du pied est celle donnée par Peters, moins la longueur du plus grand ongle, soit 93 — 11=^84 pour le B. crassicauda et 90 — 13 = 77 pour le H. j^uisa.
constance dans sa coloration, à en juger du moins par les trois exemplaires des collections du Muséum, et se trouve exactement décrite par ces quelques mois de Pucheran : « Corpore albescente^ cauda candidis.slinn^ artubus nigris. » Toutefois, je ne voudrais pas afllrmer d'une manière absolue que cette livrée ne soit sujette à aucun changement dans ses teintes, étant donnée l'extrême variabilité que l'on observe sous ce rapport, non seulement dans le genre si voisin des Ichneumies, mais dans le genre Bdeogale luimême. Comme je l'ai signalé au courant de cet article, certaines variétés de richneumie revêtent exactement la même robe que le B. nïgripes^ tel /. albe-scens{\. GeotT.) ; le même exemple nous est offert par une espèce do Bdeogale, et cette circonstance n'est pas sans atténuer beaucoup la valeur des caractères tirés de la coloration du pelage, au point de vue spécifique, caractères qui conservent toute leur importance en tant que communs à deux espèces appartenant à des genres dilTérenls, mais perdent de leur poids pour des types congénériques.
Le Muséum possède en elVet un curieux spécimen de Bdeogale (1), envoyé récemment par les RR. PP. de la Mission du Saint-Esprit à Mandera sur le Ouami, dans le district d'Usaramo, près de la côte de Zanzibar.
Il est impossible de ne pas rapporter ce sujet à l'espèce B. crasskauda (Pet.). La taille de cet individu très adulte et les dimensions de son crâne sont celles du type de Peters; le corps répond pour la coloration àladiagnose, « ex nigro canescens ^ pilis nigre etalbide annuialis, » avec une légère prédominance des anneaux blancs ; mais la queue est complètement blanche comme celle du B. lûgripes et de certaines formes de l'Iclineumie. A l'inverse de ce que Peters avait observé, c'est le blanc et non le noir qui devient envahissant de la base vers l'extrémité de la queue, et qui subsiste seul sur ses trois quarts terminaux. Cette variation n'avait
(1) Ce spécimen est celui que M. Matschie signale dans Sàugeth. deutsch. Ost. Afrik , p. 146, comme synonyme du Galeriscus Jacksoni (Thos.).
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pas encore ét('' signalée chez les Bdeogales, don! les représentants connus des diverses espèces sont du resle peu nombreux encore ; elle est exlrêmemenl suggestive, car elle prouve qu'il existe entre les Ichneumieset les Bdeogales des analogies aussi étroites sous le rapport du pelage que de la dentition, et autorise à supposer pour ces deux genres une série de variations de couleur absolument parallèles et homologues, mais ne présentant aucune importance spécifique.
Parlant de ces faits, il serait possible d'identifier les deux espèces si étroilement apparentées, B. crassicauda et B. puisa; ce dernier correspondrait dans le genre Bdeogale à la forme 1. loempo dans le genre Irhncumia, et Taulre à la forme /. albesrens. Celte hypotiièse n'a contre elle que les dilTcrences dans les proportions de la queue chez les deux espèces, mais trouvera peut-être sa confirmation lorsque l'on sera en possession de nombreux spécimens de ces llerpcstidés de l'Afrique orientale.
Le B. 7iignpes n'a été jusqu'à présent observé qu'au Gabon, et les trois exemplaires du Muséum de Paris sont, je crois, les seuls représentants connus de l'espèce; à moins qu'il ne faille réellement rapporter à ce type un tout jeune spécimen pris dansledistrict du Duque de Bragança (Angola), déterminé d'abord comme tel |)ar M. Barboza du Bocage (1), mais que cet auteur, d'accord avec M. 0. Thomas (2), considère actuellement comme /. alhkauda. Ce sujet ne devrait-il pas plutôt être rapporté au genre Cijnictis^ comme sembleraient le prouver sa provenance (3) et la pentadactylie, constatée seulement aux membres antérieurs?
(1) Barlioza du Bocage, Vroz. Zool. Soc. LonJon, p. 402, 1865.
(2) 0. Thomas, Proc. Zool. Soc. London, p. 77 (note), 1882.
(3) Plus récemment, en 1889, dans sa Faune d'Angola, M.iîarboza signale deux femelles d'un Herpestcs qu'il dislingue de VI. albkavda, mais laisse indéterminé tout en l'indiquant avec doute en synonymie comme fi. nigripes. Ces deux exemplaires sont tétradactyles à tous les membres, et leur pelage plus court que chez VI. albicauda, en diffère également par sa coloration '( uniforme tiquetée de blanc sur un fond noirâtre ». Ces nouveaux détails, qui m'avaient échappé tout d'abord, concordent singulièrement avec ceux que je viens d'exposer au sujet du B. nigripes adulte, et confirment la par-
GENRE CROSSARCHUS