SCÈNE IL
Les MËllESi ULYSSE envieux mendiant, le bâton k la main et
la besace sur le dos.
ULYSSE ) entrant dans la cabane, et s*avrêtani sur le seoU en
regardant toiqours le chien.
Il est mort! — Mort de joie en me reconnaissant.
— Ah ! Minerve a bien su me changer pour les hommes, Mais non pour mon vieux chien, meilleurquenousnesommes.
— Pauvre Argos! je n'ai pu —j'en ai comme un remord — Te faire une caresse avant que tu sois mort.
Il essuie une larme.
Pauvre Argos!
Il fait quelques pas vers Eumée.
Mon ami , tu dois aimer la chasse , Car j'ai vu sur ton seuil un chien de noble race; J'ai vu d'autres limiers, et je suis connaisseur; Mais celui-là surtout m'a paru fin chasseur.
EUMÉE
Oui, oui, vraiment, c était un chien de noble race, Qui lançait bien un cerf et suivait bien sa trace. Je voudrais voir autant d'urnes dans mes celliers Que ce chien a lancé de cerfs dans les halliers.
Est-il à toi? •
EUHÉE.
Son maître ayant quitté cette île , J'ai recueilli son chien qui n'avait plus d'asile. — Mais toi, vieillard, pourquoi dans les champs d'alentour Rôdes-tu, solitaire, à la chute du jour?
Mon ami, la misère est la loi la plus forte; C'est elle qui me pousse ainsi de porte en porte.
EUMÉE
Tu n'as donc point, vieillard, de fils laborieux? Car le fils doit nourrir son père infirme et vieux.
J'en avais un ; ^ j'en fus séparé de bonne heure.
EUMÉE
Tu n'as donc point d'amis qui t'ouvrent leur demeure?
Changé, comme je suis, par l'âge et le regret, Aucun de mes amis ne me reconnaîtrait.