Un acte de désespoir [microforme]
Au traité de paix de 1824, tous les prisonniers français qui se trouvaient à bord du ponton de Kirgstown, en Irlande, furent rendus à la liberté. Presque tous'tra.
versèrent le lendemain de leur délivrance, le canal Saint-Georges, pour regagner la France. Dans le petit nombre de ceux qui ne témoignèrent pas le même empressement à revoir la patrie, Dublin a conservé les noms desenseignes Célestin et Xavier: c'étaient deux orphelins qui, par leur naissance, appartenaient plutôt à la mer qu’à la terre, et qui n’ayant rien dans leurs souvenirs, ni caresses maternelles, ni clocher de village, ni fiançailles suspendues par la consoription, trouvèrent que Dublin était une ville qui méritait comme une autre d’être habitée, et ils ré-
solurent de se fixer, du moins provisoirement, dans cette magnifique et hospitalière cité.
Il y avait d’ailleurs une raison majeure quiles portait à fonder un modeste établissement à Dublin. Dans leur longue | captivité, ils mettaient à profit un très-remarquable talent d'artiste, en fine menui-
serie ; ils avaient fait un musée complet
à pièces détachées, représentant chacun | queue point de vue à portée de leur ba | gne flottant; et certes, le hasard de leur position les servit à souhait, car le travail des hommes et de la nature à prodigué des prespectives superbes à Kingstown et Dublin, jusqu’au promontoire de Howth-Hill.
Nos deux marins croyaient avoir une fortune à exploiter en montrant ce musés à la capitale de l'Irlande et surtout en pro- | voquant la politique munificence de quelque riche lord qui achèterait ce beau travail à un prix énorme. Célestin et Xavier n'avaient pas un schilling en poche; mais ils n'auraient pas vendu leur musée
our vingt mille livres sterling: dans eur amour-propre d'auteurs, ils estimaient leur travail quatre fois cette va leur, au moins. |
Ils louèrent une chambre d’entresol sur la place de Christ-Church, et placardèrent cette enseigne.