POLYXÈNE (M-« LA COMTESSE DE GENLIS
Il est des êtres qui abhorrent l'obscurité, qui craignent tout ce qui humilie, et qui, en dépit du sort, se créent une existence. Polixène en reçut une de cette trempe.
Née avec une figure plus spirituelle qu'agréable et d'une famille inconnue, c'est par des talents qu'elle voulut fixer
les regards : et, comme Amphion, elle vît des hommes se ranger autour de sa harpe.
Un esprit, alors plus docile, mais déjà fort caustique, reprenait en sous-oeuvre ceux que la musique avait fatigués ou laissés sans enthousiasme, ou achevait des conquêtes que l'art avait ébauchées.
Si tous les deux échouaient, le cœur sVn mêlait, et il s'exprimait comme s'il eût senti. La nature donne d'ailleurs, des organes officieux qui parlent son langage et, au l)esoiu, remplacent les grandes facultés de Tàme.
Gomme femme, Polyxéne a une teinte de pédanterie qui lui enlève un des premiers charmes de son sexe, Tabandon. Une femme, en effet, est précieuse, parce que sa sévérité est toujours à côté d'une complaisance, parc^que ses vertus touchent presque à la faiblesse, puisque le milieu, qui est la douceur, n'est qu'une faiblesse commencée. Polyxéne abjura ces ressources, et revêtit un caractère d'austérité qui souleva les prudes, en imposa aux sots, amusa les connais seurs et surprit ceux qui n'ont pas le temps d'examiner Gomme écrivain, Polyxéne a une mesure qu'elle ne peut outrepasser. Ses vues ne sont pas larges ; ses conceptions ne sont pas fortes ; ses efforts pour s'élever ne la portent qu'à une certaine hauteur. La monotonie de la médiocrité est insupportable dans les longs ouvrages. Mille comédies comme celles de Polyxéne ne donneraient pas une bonne scène. Ses préceptes se répètent; elle n'est au-dessus d'ellemême que lorsqu'elle se loue elle-même, ou lorsqu'elle dit du mal d'autrui. Sa critique est juste, piquante, amère et bien exprimée : alors son imagination se féconde et on la lit avec plaisir. Quand elle se loue, c'est en révélant une à une ses qualités, avec lesquelles il faut insensiblement familiariser l'envie.
Gettc furie, qui honore tant ses victimes, n'a pas épargné Polyxéne, si toutefois c'est à l'envie qu'il faut attribuer la distribution de quelques ridicules sur l'acceptation d'un emploi très bien rempli. Du temps qu'on plaisantait sur Polyxéne, c'était, s'il m'en souvient, en 1782, il n'y avait ni mali<*e, ni acharnement, mais de lagaité épigrammatique^