‹ Un acteur caché du drame révolutionnaire, le général Choderlos de Laclos, auteur des Liaisons dangereuses, 1741-1803, d'après des documents inéditsChapitre 56 sur 168 · Tuetey. Répertoire, l. I. Préface · texte numérisé non relu

Tuetey. Répertoire, l. I. Préface

l'hiver et la cherté du pain. 11 constate cependant que « des meneurs à la solde de je ne sais quel parti » excitèrent et ameutèrent tous les compagnons de » métier et gagne-deniers sans ouvrage, errants par » la ville ». 11 cite l'ébéniste 31utel, qui faisait sonner dans sa poche, devant Henriot, les écus de six livres qu'il avait reçus. D'après les procès-verbaux des commissaires, on ne trouva sur les prisonniers, la plupart blessés, ni argent, ni objets volés et les interrogatoires ne révélèrent rien sur les meneurs. Tous prétendaient qu'ils étaient venus là « pour voir le bacchanal » ou « faire la bande joyeuse. » Mais il est impossible de ne pas tenir compte du témoignage si précis de Mon tj oie, rédacteur de VAmi du Roi^ qui, dès la première heure, visita les blessés et causa avec eux. « Tous ceux que j'ai vus, dit-il, avaient » depuis 12 jusqu'à 36 francs, pas une pièce de » monnaie au-dessus, pas une au-dessous. L'un » d'eux s'écria en gémissant : Mon Dieu, faut-il donc » être traité ainsi pour douze misérables francs ». 11 est fort probable que ces malheureux terrifiés firent disparaître leur argent, s'ils ne furent pas dépouillés. Le duc d'Orléans traversa le faubourg Saint-Antoine en voiture, pour se rendre aux courses de Vincennes, fut acclamé par les rebelles et leur adressa la parole'. Enfin Besenval, qui commandait les troupes et dirigea la répression, aperçut sous cette émeute sanglante des excitations secrètes : « J*attri- » buais, dit-il, cette émeute aux Anglais, n'osant » encore accuser M. le duc d'Orléans ». Le 10 juillet, une brochure dévoilant avec une

1. Montjoie, op. cit. I, p. 93. — Montjoie, dit Taine {Révolution, t. I, p. 32, en noie) est homme de parti, mcii» il date et précise, et son témoignage, quand il est confirmé d'uilleurs, mérite d'être admis.

précision remarquable les projets de répression de la cour et rintention du Roi de renvoyer Necker et de proroger des Etats, fut colportée dans Paris et jetée sous les portes. Le soir même, la compagnie d'artilleurs du Régiment de Toul, dont Laclos était titulaire, et qu'on avait appelée de la Fère h Paris, quitta son casernement des Invalides pour venir au Palais- Royal fraterniser avec les gardes françaises et porter des toasts à la nation. Le 13 juillet, le buste du duc d'Orléans fut porté à travers Paris, au milieu d'acclamations sans nombre, à côté de celui de Necker. La foule, à l'exemple de Camille Desmoulins, avait d'abord arboré le matin la cocarde \erte. M'"" de Staël fait remarquer que c'était la couleur de la livrée de son père. Le Comité des électeurs de Paris y substitua les couleurs rouge et bleu. C'étaient celles de la livrée d'Orléans. La Fayette fut frappé de « ce hasard » singulier» et fit adopter la cocarde tricolore ^ <c Le 14 Juillet, dit Malouet, les agents du duc d'Or- » léans furent les plus remarqués par la foule ». A l'Assemblée, Sillery proposa perfidement une adresse dont le but paraissait être de porter le peuple à de nouveaux excès. M™** de Genlis fit promener dans la foule, vêtue de rouge, la jeune Paméla, qu'on disait née de sa liaison avec le duc d'Orléans. Du jardin de Beaumarchais, elle assista avec les ducs de Chartres et de Monlpensier à la prise de la Bastille.

Le plan des frondeurs de Montrouge, activement mené, avait donc été heureusement rempli. Ils s'étaient rendus « agréables au peuple, redoutables » aux ministres ». Restait à prouver au Roi qu'on lui était nécessaire, à s'imposer à lui pour lui dérober le pouvoir. Ce devait être le dernier acte et le cou-

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