‹ Un acteur caché du drame révolutionnaire, le général Choderlos de Laclos, auteur des Liaisons dangereuses, 1741-1803, d'après des documents inéditsChapitre 82 sur 168 · Les Sabbats Jacobites · texte numérisé non relu

Les Sabbats Jacobites

Le 18 avril, quand Louis XVI, en vue d'éviter le sacrilège d'une communion constitutionnelle, voulut sortir des Tuileries pour se rendre à Saint-Cloud où il comptait passer la semaine sainte, les gardes nationaux, qui veillaient aux portes du palais, s'opposèrent à son départ. La populace les soutint. La Fayette intervint, mais ses soldats refusèrent d'obéir. Le département de Paris, à Tinstigation de Danton, refusa de donner des ordres. La famille royale, injuriée par la foule, fut contrainte de rentrer aux Tuileries. « Au moins » dit la Reine, à ceux qui l'entouraient, « vous avouerez à présent que » nous ne sommes pas libres ». Le lendemain toute la presse royaliste accusa Laclos d'être Tauteur de l'attentat. Comme après le 6 octobre, il y eut contre son maître et lui un redoublement d'injures et de haine. Ephraïm, disait-on, avait fourni les fonds; Malga, gorgé d'or et de vin, parcourait les rangs de la garde et l'excitait au meurtre ; il leva son sabre sur La Fayette et proposa le duc d'Orléans pour la régence. Rotondo conduisait la canaille. On avait vu Sillery en laquais et Laclos en jockey parcourant les groupes. Le but du complot était l'assassinat du Roi *. On n'en doutait pas à la Cour et le Roi et la Reine déclarèrent à Varennes, dans l'épicerie de M. Sauce, que s'ils n'étaient pas partis de Paris, ils auraient été égorgés par le parti

1. Cf. Compte rendu au Conseil de M. d'Orléans par M. Laclos sur la position actuelle des affaires. — Lettre de M. Laclos à M. le Duc d'Orléans. Du Café du Rendez-vous, place du Carrousel, ce lundi 18 avrily 'J heures de l'apr^s-fuidi. — Lettre de M. le duc d'Orléans à M. le chevalier Laclos sur ce qui s'est passé les i2 et i3 avril à Paris. — Adresse de M. Malga à M. Laclos pour obtenir un supplément de gages. — A toi-même Laclos. — A moi, Laclos, un mot. — Instractions, données par M. Laclos à l'ordre, le 25 avril i79î, — Non d'Orléans, tu ne régneras pas ! etc....

d'Orléans. Le 22 avril, Fersen écrivait : « On a croit que c'est la faction du duc d'Orléans » qui est cause de ce qui s'est passé, car les chefs » des Jacobins en sont, et avec raison, très fâchés^ ». Aux séances du 18 et du 20 avril, il y eut en effet quelque gêne aux Jacobins, où l'on discutait un projet d'organisation de la garde nationale. Le Roi pouvait justement prétendre que la Constitution était violée à son égard. Danton s'efforça de justifier la conduite du département. Barnave, plus loyalement, insista sur la nécessité de Tobéissance aux lois dans la troupe municipale. Laclos prit la parole et définit la garde nationale, « Tuniversalité des citoyens de Tempire, armés pour » la défense de la liberté contre les attaques de » l'intérieur, quelles qu'elles fussent, et organisées » de manière à ce que chaque citoyen ne fut pas » astreint à une obéissance servile envers ceux pré- » posés pour commander. » C'était justifier l'acte accompli et s'applaudir secrètement de la situation du Roi, dont la conscience était maintenant h l'aise pour se libérer de ses serments, puisqu'on l'acculait à la fuite. Il est fort probable que Laclos et Danton eurent la main dans cette affaire. Danton était toutpuissant dans les sections et Laclos y exerçait, sans doute par lui, son influence. Le 49 juin, à la veille de l'évasion du Roi, il pressait les Jacobins de s'occuper des motions discutées dans les sections de Paris, d'où dépendait l'ordre dans la capitale'. Il

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