‹ Un acteur caché du drame révolutionnaire, le général Choderlos de Laclos, auteur des Liaisons dangereuses, 1741-1803, d'après des documents inéditsChapitre 84 sur 168 · Cf. Mémoires de Brissot, II, chap. xxx · texte numérisé non relu

Cf. Mémoires de Brissot, II, chap. xxx

viire en léle du n** LVI des liévoUitions de France et de Brabant le représente dans celte attitude : au bas de la gravure est une inscription en style emphatique. Le même journal insérait une lettre où Manuel félicitait, en bon courtisan, le jeune prince de s'être fait jacobin. Les amis de M"* de Staël songeaient à ce nouveau Marcellus. La Cour suivait avec inquiétude cette fortune naissante. Au 1^*^ janvier 1791, le duc d'Orléans se rendit aux Tuileries a^ec ses fils. « La Reine, écrit le duc de Chartres, a » parlé à mon père et à mon frère et ne m'a rien dit, ni » le Roi, ni Monsieur, ni personne enfin ». On considérait partout avec étonnement ce nouveau-né de la Révolution, élevé dans ses principes, tout vibrant de son enthousiasme, si près du trône et si ardent à servir la cause populaire. Le parti Orléanais avait déjà sa branche cadette.

L'ambition inquiète ou plutôt la vanité exaspérée de M™" de Genlis ne pouvait manquer de tirer parti du fruit de ses peines. Leduc d'Orléans, ne jouissait plus d'aucun crédit ; elle l'abandonnait à Laclos, qui le lui avait pris. Le fils lui restait, et c'est sur sa tète qu'elle avait placé sa propre fortune. Vers la fin de l'année 1790, elle fit paraître un Discours sur l'éducation de M. le Dauphin et sur l'adoption *.

L'ouvage était précédé de son propre portrait qu'ornait cette devise :

Vertus, grâces, talents, esprit juste, enchanteur, Elle a tout ce qu'il faut pour embellir la vie. C'est le chai-me des yeux, de roreillc et du cœur Et le désespoir de Tenvie.

1 . Par M"* de Brûlort, ci-devant M"" de Sillery, gouvernante des enfants de la maison d'Orléans. Paris 1790.

LACLOS AUX JACOBLXS 295

Telle était la réponse de « la Mère de l'Eglise » aux épigrammes de Fauteur des Lkiisons,

Dans son nouvel ouvrage, M""' de Genlis développait une idée absolument neuve, disait-elle, qui pouvait paraître au premier abord extraordinaire et impraticable, mais dont elle-même avait fait Texpérience : l'éducation de l'héritier du trône sous la surveillance de la nation, qui doit en être « le témoin, » le guide et le juge ». Sans ce contrôle, la liberté serait privée «des bases qui doivent la rendre iné- » branlable ». M'°® de Genlis se croyait en mesure de les poser. Etait-ce déclarer sa candidature au poste de « gouverneur » du Dauphin? Voulait-elle monter d'un degré dans l'échelle de la pédagogie et, comme Fénelon, mais dans des principes différents, former l'héritier du trône? Le discours sur l'adoption, qui suivait le premier, semblait ouvrir au lecteur des horizons plus singuliers encore. Elle y présentait cet usage «qui, dans quelques provinces françaises, avait survécu au despotisme », comme un moyen de mélanger les classes, car « on se marie « d'après le rang et on adopted'aprèsle mérite. »Elle rappelait que Rome avait dû \\ l'adoption Trajan et Marc-Aurèle. Un des effets du despotisme, insinuaitelle, est « de faire servir au malheur de l'homme » ce qui devrait assurer sa félicité, de lui rendre pé- » nibles les noms d'époux et de père et de changer M en sujets de crainte et de désespoir les bienfaits »de la nature et les plus heureux fruits des institu- » tions humaines. » Qu'on se rappelle maintenant les bruits de la Cour : les adultères de la Reine, les doutes sur la naissance du Dauphin, le désaveu que réclamait sourdement le Comte de Provence... Pourquoi Louis XVI, désavouant le fils de l'Autrichienne, n'aurail-il pas adopté cet autre descen-

dant de Henri IV, le duc de Chartres, prince populaire, digne fils de la nation élevé pour elle par M"" de Genlis?

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