‹ Un admirable martyre sous la TerreurChapitre 12 sur 13 · MES FRERES · texte numérisé non relu

MES FRERES

Nous ne pouvons laisser s'achever cette cérémonie funèbre sans donner une expression et une voix aux sentiments qui remplissent ici tous les cœurs.

Nous le devons à toute celte chrétienne population, si unanime dans son deuil et dans ses regrets.

Nous le devons à cette reliy:ieuse famille, à laquelle M. Brouillet appartenait par les liens du san:.', et qui. après avoir donné au diocèse le prêtre vénéré qui fut le fondateur du collège de Combrée. lui donne encore aujourd'hui des prêtres distingués et si recommandables.

Nous le devons à ce clergé si nombreux accouru de toutes parts, malgré les iliflicultés de la saison et du jour, pour entourer de ses sympathies et de ses prières la dépouille mortelle de celui qui fut pour nous toujours un modèle et un ami.

Je la dois enfin, cette parole, à notre éminent Évéque qui m'a député pour le remplacer aujourd'hui et pour honorer en son nom la mémoire d'un des prêtres les plus dignes et les plus respectables du clergé angevin.

Mais si tout nous demande en ce moment une parole, tout nous indique aussi qu'elle doit être brève. Ce deuil universel, ces larmes, ces prières, ces tentures funèbres, ces restes vénérés qui nous apparaissent revêtus des ornements sacerdotaux.

avec la double majesté (lu'impriment la religion et la mort, tout nous dispense de long discours, car ici tout parle, tout est éloquent, infiniment plus éloquent que ne pourrait être jamais notre faible langage.

C'est en 1850, il y a près de vingt-neuf ans, que M Brouillet arrivait au milieu de vous. Il était alors dans toute la force et la maturité de l'âge, déjà éprouvé par plus d'une mission délicate remplie avec succès. D'abord préfet de discipline, puis professeur au collège de Combrée, après y avoir fait ses études près de son vénérable oncle, il venait naguère, dans une aumônerie importante, de se montrer par son caractère et sa science à la hauteur d'une situation des plus difflcUes.

Il se présentait donc à vous, précédé d'une réputation justement méritée, et dès l'abord il sut conquérir l'estime et le respect de toute la paroisse.

Sa stature imposante, sa démarche toujours grave, son regard doux et voilé, sa voix contenue et d'un timbre si sympathique, cette belle tête qui natuiellement se penchait vers vous avec un mouvement plein de grâce et de condescendance, et mieux que tout cela — car tout cela n'était que l'indice des qualités de l'âme — sa piété profonde, sa régularité parfaite, sa vie de tous points si sacerdotale, tout en lui inspirait le respect et aussi la confiance, et bientôt raiîection liliale. Car sous des dehors pleins de réserve on ne tardait pas à découvrir combien il était alfable et bon, hospitalier pour tous.

a -cessible surtout aux petits, eladmiranlement charitable. Vousne inedémontirezpas, bonshabitantsdu Louroux-Bécoiinais. vous qui, depuis ces quelques jours, à travers vos larmes et vos sanglots, avez révélé tant de traits ignorés de sa charité pastorale. Son bonheur était surtout de s'occuper de la jeunesse. Avec qu5l empressement dès son arrivée dans la paroisse, il travailla à l'amélioration des écoles, et à la i'ondation de cet établissement de sœurs si précieux jiour Téducalion religieuse des jeunes tilles ! Et vous le savez bien, un de ses derniers soucis a été la création d'un asile pour les petits enfants. Comme il comprenait aussi et favorisait le développement des vocations ecclésiastiques parmi vous ! Grâce à ses soins et à sa générosité, chaque année tout un essaim de jeunes étudiants s'envolait d'ici vers cette maison dcCombrée qui lui fut toujours si chère Et avec quelle sollicitude touchante il suivait ces enfants dans leurs travaux cl les visitait plusieurs fois chaque année 1 Avec quelle bonté paternelle il leur ouvrait son presbytère et les admettait à sa table pendant les vacances, toujours simple et bienveillant sans glisser jamais jusqu'à la familiarité !

Mais si M. Brouillet fut dès l'abord et toujours, et |>lus qu'il ne le paraissait peut-être, un homme d'un grand cœur, un pasteur vraiment bon et tendre, PfiT^tor bo/ius, il se montra aussi dès l'abord et toujours un homme de caractère, ferme dans les ftrincipes, et d'un dévouement absolu à la vérité et à la saiute

Église. Ce n'était pas eti vain, mes frères, qu'il était né nii cœur de la Vendée, sur cette terre de granit et de toi, où la grâce s'emparant d'une ténacité native pour l'élever et la transligurer, produit souvent encore de ces âmes vigoureuses et fortement trempées qui consolent de tant de défaillances. On s'aperçut bientôt que lorsqu'il s'agirait d'un bien à l'aire, d'un devoir à remplir, ce ne seraient pas les difficultés et les oj)positions qui le feraient jamais fléchir et reculer. On le. vit bien à cette œuvre, la plus importante de toutes celles auxquelles il a attaché son nom, et que je ne puis en ce moment passer sous silence, je veux dire la construction de votre magnifique église.

En arrivant au Louroux. M. Brouillet trouvait un vieil édifice qui n'était digne ni de Dieu ni de vous. Il fallait le remplacer. Mais les ressources manquaient absolument. De toutes parts se dressaient les obstacles. Il n'importe : l'église est nécessaire : elle se fera, lentement peut-être, mais certainement: et il se met à préparer l'œuvre. Dieu, vous le savez, ne le laissa pas seul. En récompense de sa foi, il concilia dès l'abord à son pieux projettes sympathies de la population, des fermiers comme des nobles familles de la paroisse. Mais Dieu lui donna surtout un auxiliaire incomparable, auquel M. Brouillet se plaisait en toute circonstance à renvoyer l'honneur et le mérite de l'entreprise, vous avez nommé l'illustre général de la Moricière. l'endant des années, de loin comme de près, sur la

terre d'exil, au milieu des travaux et des combats soutenus pour la défense du Saiut-Siège. comme dans les jours de repos, le noble guerrier ne cessa de promouvoir, d'encourager par ses conseils, par son intluence, par ses libéralités cette œuvre qu'il avait faite sienne. Sous cette double impulsion, l'église bénie d'une manière spéciale par l'auguste Pie IX, s'éleva spacieuse et grandiose, elle se compléta peu à peu, et le jour vint enlîn oii la flèche s'élançant gracieuse dans les airs et couronnant tout l'édilice, on songea à lui procurer les dernières et solennelles consécrations de l'Eglise. Dans la pensée du général comme dans les désirs du digne curé, ce devait être une cérémonie imposante. Le vénérable Monseigneur Angebault devait y assister, accompagné d'un grand nombre de prélats. Il vint en effet au Louroux, et avec les huit archevêques et évèques, mais hélas 1 pour une cérémonie bien dilVérente. Comme aujourd'hui, cette église était tendue de deuil ; ils venaient piier autour d'un catafalque et honorer la mémoire de l'illustre guerrieienlevé inopinément à sa famille, à la Patrie et à l'Église. Il vous souvient, mes frères, des accents de douleur qui s'échappèrent alors des lèvres et du cœur de votre digne curé. Non. après la noble famille si cruellement éprouvée, nul ne sentit plus vivement cette grande perte, nul n'en garda toujours un souvenir plus présent et plus douloureux. Ah 1 ' c'est que, votre curé le savait bien, avec le général de la Moricière, il perdait le plus précieux de ses

auxiliaires pour le bien de la paroisse, il perdait le plus dévoué de ses amis. Vous ne me reprocherez pas, mes frères, de in'attarder sur cette page de votre histoire locale et de la vie de votre digne curé. Car pour vous, comme pour lui. c'est la page la plus glorieuse et la plus féconde. Et quel spectacle plus attachant et plus beau que celui de ces deu.x hommes placés aux yeux du monde dans des conditions si dissemblables, avec des natures en apparence si contraires, le glorieux héros de Gonstantine et de Caslelfidardo et l'humble curé de campagne, le bouillant et impétueux général et le prêtre lent et temporisateur, toujours unis cependant et marchant de concert, parce que l'un et l'autre négligeaient profondément toute préoccupation personnelle et n'avaient en vue que le bien ! C'était cet amour du bien et du devoir, c'était cette droiture parfaite de M. Brouillet qui lui avaient gagné des l'abord le cœur du noble soldat, si loyal et si droit lui-même. Homme d'un dévouement absolu et d'une abnégation qu'il sut pousser jusqu'à l'héroïsme, il aimait ce prêtre qui n'avait d'autre passion que celle de la vérité et des droits de la sainte Église, et qui. sous des apparences un peu froides peutêtre, portait un cœur si ardent pour ces grandes causes auxquelles l'illustre général avait sacrifié sa vie.

Tel se montra toujours en etlet votre digne curé, homme du dévouement et du devoir, et pour cela vrai prêtre par l'esprit, par le cœur, par le carac-

1ère, prêtre dans toute l'acception de ce beau mot : Ecce sacerdos.\vQ.\\)Yè\VQ, et par cela même grand, de cette grandeur morale qui résulte de l'élévation habituelle des pensées et des sentiments, de l'éloignement absolu pour tout ce qui rabaisse et rapetisse l'homme, grand par l'amour du devoir, par rattachement a Dieu et à l'Église, par la conformité de "plii^ en plus parfaite de ses actes et de toute sa vie avec la vie de Jésus, le Souverain Prêtre : Ecce sacerdos niagnus.

Vrai prêtre, et par cela même vraiment agréable au Seigneur : (jin in diebus suis placuit Léo. Flaire à Dieu, telle fut toujours sa préoccupation, et non point plaire aux hommes, ^on pas, certes, que jamais de propos délibéré il ait pu cherchera froisser qui que ce soit : il était bien trop t)on et trop charitable pour cela. Mais jamais aussi, il ne lui vint même à la pensée d'accepter en faveur de personne aucune compromission qui pût le moins du monde porter atteinte au droit et aux principes. Avant tout, le service de J -C. et de son Eglise : Si honiinibus placerem, Christi seri'us non essem.

Et par ce service fidèle et inviolable il mérita d'êire trouvé juste : Et invenlus est justus. Oui. les hommes l'on trouvé juste. Quelques-uns ont pu avoir avec lui des divergences de sentiments et d'appréciations. Mais qui donc lui a refusé jamais cette droiture d'intentions, cette pureté de vues, cette sincérité complète, qui constitue la justice et qui assure le respect et l'estime de tous ? Oui, les

hommes l'ont trouvé juste, et Dieu, lui aussi, nous en avons la confiance. Ah ! c'est de Dieu surtout que votre digne curé ambitionnait ce témoignage. C'est cette appréciation divine qui faisait l'objet de ses méditations, je dirai : de ses frayeurs croissantes. Homme de grande foi, il ne considérait qu'en tremblant la responsabilité qui pèse sur un pasteur des âmes. Tandis que tous l'entouraient de respect et de vénération, il supputait avec effroi le compte qu'il aurait à rendre pour chacun de vous ; et avec une humilité admirable, i! demandait aux confidents de ses pensées intimes si Dieu aurait pitié de lui. de ses manquements, de ses imperfections. Oh ! saint prêtre, nous osons répondre pour vous, et rassurés par vos frayeurs mêmes, qui sont les frayeurs des saints, nous vous appliquons sans crainte la parole du texte sacré : Vous avez plu au Seigneur, et à ses yeux comme aux yeux de vos chers paroissiens, vous avez été trouvé juste. Placuit Deo et inventas est jus tus.

Et parce qu'il a été trouvé juste, Dieu l'a appelé à lui. Comme un fruit parvenu à. sa pleine maturité, il lui a suffi d'être touché par le doigt de Dieu pour se détacher et tomber dans son sein paternel. Mais il est tombé au poste de l'honneur et du devoir sacerdotal. C'est en allant célébrer la sainte Messe, c'est au pied des autels où il avait tant de fois rafraîchi et retrempé son âme. c'est dans un dernier hommage de sa foi et de son amour qu'il s'est affaissé soudain, préservé ainsi des angoisses et des

atïres «le la mort par une de ces grâces spéciales que Dieu accorde souvent aux âmes timorées qui ont redouté davantage la rigueur de ses jugements. Il s'en est allé, comme avait fait quelques années auparavant son illustre ami, prompts l'un et l'autre à l'appel de Dieu, comme ils l'avaient été à la voix du devoir

Et maintenant, mes frères, je termine par un seul mot. Avec les enseignements que vous a donnés la vie de votre pasteur, recueillez et gardez les enseignements de sa mort. Ah î il me semble le voir se soulever de ce lit funèbre pour vous redire, de sa voix grave et convaincue, cette parole qu'il vous a adressée souvent : Estote parati, soyez prêts. C'est à cette condition seule qu'une mort comme la sienne est douce et jjrécieuse devant Dieu. Soyez prêts, et pour cela soyez fidèles au devoir, à la vertu, à l'Eglise, comme le saint prêtre que vous pleurez. Et puis, mes frères — car il faut être si ]iur pour entrer dans les tabernacles éternels — priez pour lui. Priez afin quo le Seigneur reçoive dans sa miséricorde, s'il ne l'a fait déjà, ce bon et fidèle serviteur. Priez pour celui qui a tant prié, tant travaillé, tant soulfcrt peut-être i)Our vous. Priez pour celui qui a escorté tant des vôtres de ses prières auprès de Dieu. Priez, afin que, entré avant vous dans l'éternelle vie, il vous protège non-seulement de son souvenir et de ses exemples qui vivront longtemps parmi vous, mais aussi de ses suIVrages. de son intercession, et (ju'il vous aide

ainsi à arriver tous, chacun à votre heure, mais tous sans exception, aux pieds et dans le sein du Prince des pasteurs et du Père suprême de nos âmes.

Ainsi soit-il.

TT^BLaE

l'ages

Lettre de Mgr 1 Évtque d'Angers V

Lettre de M. l'abbé Courtin. curé-doyen du

Louroux-Béconnais VIII

Au Lecteur XII

Avant-Propos 1

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