LA REINE LOUISE DE PRUSSE
La plus belle entre toutes les femmes de sa Cour, elle possède exclusivement le cœur de son époux et cependant ne le gouverne pas. Ses avantages se bornent presqu'aux charmes de sa figure. Elle est d'ailleurs sans esprit et sans instruction. On la dit bonne. Je la crois plutôt facile. Sa sœur, qui a de l'esprit et de l'intrigue, la gouvernait complètement avant la catastrophe qui l'a éloignée de la Cour.
Il serait difficile de tracer son caractère. Excepté sa beauté et son goût décidé pour la parure, aucun trait saillant ne frappe en elle l'observateur.
Fille d'un des plus petits princes de l'Allemagne, sa pauvreté ne lui permettait d'aspirer qu'à la raiain de quelque comte immédiat. Une rencontre produite par le hasard, et l'adresse, avec laquelle sa grand'mère, la princesse Georges de Darmstadt, sut en profiter 1 ont placée sur le trône de Prusse.
Elle n'aura jamais d'influence dans l'Etat, malgré toute la tendresse de son époux. Le mariage de sa sœur aurait pu parvenir à lui en donner ; mais depuis la disgrâce de cette princesse, parmi tous ceux qui entourent la Reine, personne n'a assez d'esprit pour
(1) Prusse, Volume 9. Mémoires et Documents f 66-67, Notes sur quelques personnages de Prusse.
suppléer à celui qu'elle n'a pas. On assure d'ailleurs que le Roi, dès le commencement de son règne, lui avait prescrit de ne jamais se mêler et de ne jamais lui parler des affaires de TElat. L'indifiérence naturelle de la Reine pour tout ce qui n'est pas plaisir ne lui a pas rendu cet ordre difficile à observer. Toute son influence se bornera donc à faire quelques chambellans et à marier avantageusement des Dames d'Honneur. Il est heureux pour la France qu'elle ne puisse pas en acquérir davantage. Fille du duc de Mecklembonrg-Strelitz, frère delà reine d'Angleterre, et prussienne par le sentiment, elle a été élevée dans la haine de la Révolution et de la République. Elle peut bien accueillir avec une certaine distinction les Français émigrés, qui ont trouvé près d'elle p!us d'accès qu'auprès de son mari; mais il est prouvé qu'elle n'aime pas les Français républicains.
Jusqu'à ce jour aucun événement n'a altéré la tendresse que le Roi porte à sa femme. Des bruits secrets l'ont accusée cependant d'une intrigue avec le prince Zouboff, autrefois favori de Catherine II. Madame de Voss, sa grande Maîtresse, devait l'avoir nouée. Le caraclèie intéressé et sordide de cette vieille femme, honte de sa place et de la Cour, a peut-être, plus que tout autre chose, accrédité les bruits que les présents, qu'elle exigeait du prince Zouboff", peuvent avoir fait naître.
Ad pièce XIX.