TRAVAIL A L'INTÉRIEUR DE LA FRANCE
officiel de Las Casas et de Mordvinov était avant tout serviteur de la monarchie française, et serviteur jugé € digne de la plus extrême confiance (1) ». On va voir dans quelle mesure il se préoccupait de la justifier.
L'oflFensive qu'il pouvait, en Tan II, seconder contre les révolutionnaires avait pour but les parties méridionales de la France. Aussi se mèla-t-il d'abord aux affaires de la Corse. Cette île, en hostilité ouverte avec la Convention, était livrée à la guerre civile. Il y soutint de ses conseils les chefs du parti royaliste, notamment Buttafuoco, Tex-correspondant de Rousseau. 11 lui fit tenir entre autres le modèle d'une pétition àCharlesIV. destinée à être répandue dans l'île, où les Corses déclaraient se défier des Anglais et des Russes, et solliciter la protection de la cour de Madrid (2).
La guerre se faisant alors sur les Pyrénées, il pouvait sans trop de témérité supposer une invasion heureuse des Espagnols en Roussillon et en Languedoc, et, son imagination l'entraînant plus loin, il voyait déjà les vainqueurs tendant les mains sur les bords de l'Ardèche et du Rhône à ses compatriotes, à la fédération de Jalès reconstituée; comme s'il eût été au lendemain de la victoire, il suggérait au prince de Condé de se faire
Delacroix, en 4795 et 1796, principalement ses lettres des 25 floréal et 2 prairial an IV. (A. F., Venise, vol. 252.)
Il s'inquiéta de voir Drake s'installer à Venise, et réussit à placer auprès de lui pour l'espionner Esménard, le futur auteur du poème de la Navigation , (Vannelet à d'Antraigues, 2 juillet 1798. —A. V.)
(1) Lettre de Louis XVIII aux agents de Paris (25 février 1796), dans les Pièces relatives à la conspiration de Brotier, i" partie, p. 25.
(2) Affaires de Corse en 1794,25 lettres ou mémoires. (A. F., France, vol. 631.)
i 1 « CHAPITRE TROISIÈME
nommer gouverneur du Languedoc. « C'est là surtout, lui écrivait-il, que vous serez utile pour maintenir la soumission et la paix, pour mettre fin à Tinsolente suprématie des barons. » Il n'avait point oublié et il supposait encore possible dans l'ancien régime restauré le rétablissement des états provinciaux, et faisait la guerre à des ombres aussi vivement qu'aux formidables réalités du présent; aussi priait-il sans sourire le t régent» de ne rien statuer prématurément au sujet du Languedoc, afin de ne pas léser les droits de la noblesse.
Nous connaissons quelques-uns des agents qui travaillaient sous sa direction dans cette contrée, Viguier, son ancien homme d'afiaires, Boudou, de Toulouse, Tex-maire d'Arles, Loys de la Chavanne (1). Il eût voulu les réunir sous la main d'un homme placé par ses soins auprès du généralissime espagnol Ricardos, et il avait désigné pour ce dernier poste un ancien officier de gendarmerie, son collègue aux États généraux, le marquis d'Apchier. D'Apchier devait amener avec lui sur les Pyrénées les officiers du régiment de Vivarais réfugiés à Constance. En s'embarquant pour Barcelone, il commit une de ces étourderies familières et fatales aux émigrés, qui pour d'Antraigues lui-même devait être une leçon inutile ; il oublia et perdit un portefeuille contenant la liste de ses principaux coopérateurs. Ledit portefeuille fut porté au ministre de la république à Gênes,
(1) V. une lettre de ce dernier à d'Antraigues, dans la Révolution française, t. IX, p. 83. Elle est dite par erreur adressée au comte de la Chapelle.