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Macdonald, soit clairvoyance, soit effet d'un caractère haut et parfois ombrageQï, reprochait à Brune de n'avoir pas secondé à temps sa pénible marche ; puis, de n'avoir Bougé qu'à lui eu ravir le but eu le prévenant dans Trente par son aile gauche. II s'irritait surtout de oe qn'il ne l'avait considéré que comme l'un de ses lieutenants, lorsqu'il l'avait enveloppé dans son armistice.
Ce mécontentement s'étendait jusque sur le Premier Consul. Pourquoi, le trompant comme l'euuemi, ne M avait-il donné que quatorze mille hommes, quand en avait promis treute mille? Pourquoi lui avait-il réservé la part de dangers la moins brillante, la ph pénible, et, dans ces combats contre la nature, l'avoir soumis en quelque sorte aux ordres de Bmne ? Et quelle humiliation, s'il n'eût prévenu de quelques henres, dans Trente, l'aile gauche de ce général! Sa faible armée harassée n'eût donc alors conquis pour tout résultat que des glaciers, d'où sortant sans gloire elle eût été contrainte à recevoir des mains de Bruue ce prix de tant de
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ktigues, ce riche cantonnement, remporté par une der-
ière marche d'une rapidité presque fabuleuse.
I Avec de pareillea diapoaitions dans notre chef on peut
r de l'esprit frondeur et hostile qui s'empara de
î quartier général. Peu de jours Rvaient suffi pour
^oser notre jeune armce, quand l'armistice, symptôme
lenaçant de la paix, vint irriter uotre impatience. Elle
s mille propos, dont, en ces temps de révolu-
ae mesurait pas l'impradence. " Que ferions-
s de cette pais qni ne profiterait qu'au Dictateur ?
! armée n'aurait donc combattu que ponr lui seul !
il droit ses guides, ses gardes, ses armces d'Egypte
e Marengo, avec leur renommée rivale étrangère k la
«, l'élevaient-ila de plus en plus, sur leura pavois, en
i et au-desaua de tout? Sonffrirait-on que les vain-
! NapJes, de Zurich et de Hohenlinden, que
3donald, Masséna et Moreau lui-même, que tous no8
înéraux en chef enfin, devinssent les sujets et les mar-
rieda de Bonaparte ? »
8 sentiments, que tous n'avouaient pas ouvertement, mentaient dans tons les cœurs, qu'enflammaient la B jalouee des passions, l'amour de la gloire, et l'en- > égalité, et la fierté de nos généraux, à laquelle a de noua s'unissait et que révoltait une soumission i un autre général en chef, naguère leur compa- 'arraes et leur égal !
|ue jour ces passions, dangereuses au pouvoir hissant da Premier Consul, aspiraient avidement le e des partis, que les lettres et la mauvaise presse
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nous apportaient de la cnpitalc. Une autre passion plus violente en fut alors Boulevée; elle s'ajouta à tontes les autres, et, dans l'armée plus qa'ailleurR, excita un mécontentement universel. Là surtout, la guerre de la Révolution avait été une guerre de castes et de classes. Cette armée plébéienne venait d'y conquérir sa gloire et ses gi'ades contre l'aristocratie fi-ançaise et toutes les aristocraties étrangères, dont ces grades avaient été, de tout temps, le patrimoine. Généraux, officiers, presque tous dataient de 1792. Les souvenirs de leurs humiliations sous k monarchie étaient tout vivants encore. Quelque forts et iiers qn'ila fussent de leur illustration si glorieusement acquise, elle était récente : il n'y avait pas un an que les triomphes de la coalition l'avaient contestée et mise en péril. Ils savaient que, ans yeux des Noblesses de toute l'Europe, ils n'étaient considérés que comme une armée de parvenus qui n'avaient d'autre droit que la victoire.
C'était là le point d'irritation le plus chatouilleux. Aujourd'hui, que le temps a tout confirmé, que la fusion s'est accomplie, efc que cette lutte, s'abaissant, se dénaturant, s'est ti-ansformée en celle du pauvre contre le riche, ou même de ceux qui n'ont rien contre ceux qai ont quelque chose, il reste pourtant encore assez de cette inquiétude jalonse, pour qu'on puisse comprendre quelle en devait être alors la violenee.
Au milieu de ce foyer tout biTilant d'amour -propre et d'intérêt, d'orgueil et d'honneur, les nouvelles de Paria apportèrent les propositions du Prétendant, la rentrée
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^n émigrés, l'accueil qu'ils Tecevaienb de madame Boiia- ^fcte. On se récria. L'irritation devint si rive à notre ^Butier général, qce, dans nos conversations, pour avoir ^Bt on appel à la générosité nationale en faveur des ^noB offensifs de ces émigrés, on m'avertit (jue je deve- ^BfB anspect, et que j'allais rendre infiupportable ma pré- ^Bfie au milieu de mes camarades.
^KTel était le sonlèvement de tous les esprits. On en ^Btit déjà pu distinguer h germe, quand nous avions ^nris l'attentat du 3 nivôse suivi de la déportation des ^■roiiates. Cet attentat n'avait pas été accneilli avec ^Bidignation qu'il méritait ; on l'avait même tourné en ^Ricnle, tant l'esprit de parti est passionné. La fierté ^pSépendante et jalouse des chefs s'excita de ces dispo- ^Bionsj elle espéra. On sait quels fruits amers elle pro- ^Busiti : elle fnt fatale à Moreau quatre ans plus tard ; HOe borna la carrière de ses meiUeurs lieutenants, et ^Bapendit, pendant huit ans, celle de notre général. ^BÂn reste tont ceci fut moins sérieux à Trente qu'an ^Bttrtier général de l'armée d'Allemagne, grâce à la ^Brenae vie qu'on y menait, à La composition de l'armée, ^nnme aussi aux mœurs douces et élégantes, aux nobles ^pitîments et à la constante gaieté du caractère heurcux ^B Macdonald.
B Ce fat alors surtout qae je compris la Bévolation.
nt'en voyais pour la première fois à découvert les plos
fortes, les plus vivacea et les pîua profondes racines. Les
passions dont j'étais environné blessaient mes premières
affections : elles me repoussaient en moi-même, où j'ai-
iiiiilit iTiklIlMirN 11 irie runfnrmer ; elles reDdaïuiit ma po- ■iLiiiii illflli'ili-, (Htu litnatrion me fut pro^table. Au iiillliMi 0" ciiUo urmûo plébéienne, si fiêre d'elle-même à «I junte ('lt.ru, ju moHUrni la double folie d'une ûbetination ro/aliPilii ot Niirtout urialocrabique ; In première, sous Min dm)imiix n^iuiblionins, me sembla une trahison; \\\WA A la iwonde, nutourt^ de tant de <ntcrner3, tons liln* ant'iuiiH, plUK l'xptVimi'ntéB, plue instroits <\ue moi. Je iiçiiils l'oinbic» 11» pi\^t«iitioiis exclusives de naissance M>ni*>nt' non ■DOii If nient dangereuses, mais injnstes et riilii'uli*. I>to Ion j'nOi-opt«i la Ri>ft<liition comme un' htt *t>H\in)>li, fond» en droit, et aotiuel le boa l'i^iutlt^, rintt^rM dn pa,rs et mime celai de l'i N'i4tlwM\ vxnU'umMtent ign'ott $<e nUach&t.
tVW i\Mivk<tKw (àcifuise. cette tovU xneé», «^tte etiOHi. )> fus AM» i }* vtMUos ; <ln BttK li jk ;t «tMnjKMT ftvw mi rtetfaiM F^rawe. cl t>hi» ipnuR^ ftcMbc» 4e BoUts ^'9 te famm$tf*-
rMMK- *«\ fnwmftteM t««< t^itki*^ l'y*)* wN» «\Hfiwk IM
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d'Hantpoul, Grouchy, Polly, Bochambeau. d'IIUliers, PUacdonald, etc., etc.! je n'en oubliais qu'un seul, celui Mui venait de m'y appeler, et qui bientôt devait être [■notre protecteur le plus pniasaut, c'était ie Premier [ Consol 1 MaÎB, par une inconséquence, par un entraiue- Lment naturels à mon âge, subissant avenglément Tine de l'atmosphère qui m'entourait, je ne voyais en lui qu'un usurpateur passager, l'enuemi de mon généml, ueloi de Moreau, et qui devait incessamment succomber ■BOUS le poids de la haine universelle.
A cela près, la pensée qui me dominait paraîtra peut-
b être bien tenace et bien profonde pour la jeune tÉte d'ua
ions-lieutenant de vingt ans. Mais qu'on se le rappelle, je
le sentais isolé et presque suspect ; j'étais pauvre, pensif
i passionné; ansceptible avec les autres et avec moi-
me ; les observant, m'observant sans cesse ; les jngeant
» moi, et me croyant encore plus observé que je ne
Ma vie à Trente fut économe, prudente et atudieuse. e caractère qui prenait tout au sérieux, ces fortes imkiresBioDS, et lus précautions qu'elles me dictèrent, sans me brouiller avec mes camarades, m'en tinrent à part. B cet isolement occupé, que l'un d'eux me rappelait ■encore hier, ils ne virent qu'on goût prononcé, qu'une Ipaasion bizarre et prématurée pour le travail, dont ils l'ine plaignirent ; ils les respectèrent, en sorte que, au milieu I des mille plaisirs et des folies du désœuvTement où l'ar- L mistice livrait une jeunesse ardente, joyeuse et peut-être Itin peu trop joueuse, le jour mon seul délassement fut
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l'ôtiide, et le soir mon seul jeu, celui des écheca avec un vieux Polouais de la première force, un coloneî T>imbowski, qui mit toute sa patience à me rendre capable de lui tenir tête. Pour mes études, elles reçurent une heureuse direction, soit qu'elle m'eût ét^ donnée par le général Dumas, par quelqaea lettres de mon père, ou par la honte de mon ignorance sur l'espi-it, le but, le théâtre, et les divers événements de notre campagne.
Nous étions alors tous établis dans le vaste et gothique palais de rÉvêquc de Trente. J'obtins de Macdonald sa correspondance qu'il me confia, et ses instructions à ses généraux; je les emportai à mon troisième étage. Là, ressaisi de ma première passion, celle du travail, mais l'appliquant à nn sujet plus positif et plus utile, je commençai sérieusement ma double carrière de militaire et d'historien. Je fis l'extrait de tous ces matériaui ; je me pénétrai de leur esprit, que m'aidaient à comprendre et mes questions à nos chefs, et une étude approfondie de la carte. Cela fait, et notre départ s'approchant, j'empaquetai soigneusement mon trésor et le conservai précieusement; je ne me doutais pourtant pas alors qne je devais bientôt faire usage de ce travail à Copenhague ; qu'eu- Buite il verrait le jour à Paris, et qu'il contribuerait à me faire appeler à l'état-major intérieur et particulier de Bonaparte.
Bien loin alors de songer à m'attacher à ce grand homme, je ne le désirais même pas. Et pourtant déjà ses actes eussent dû me montrer en lui ce protecteur, ce réconciliateur, dont la main poissante et réparatrice pou-