SCÈNE vn
DUMONCEL, LUCENAY.
DUMONCEL, entrant parle fond. — A part . voyant le bouquet.
C’est lût !... l’homme aux bouquets!.. . ion étais sûr!... voyons de quel œil il soutiendra mon regard. {Htm t, et se plaçant au milieu du théâtre, les bras croisés.) Ilum I bum I... moniteur. . jo vous présente mes hommages !...
Le CEN AT, te retoumont et saluant.
Monsieur... (A part.) Qu’est-co que c’est que cet original? DUMONCEL.
Monsieur... je me suis promis d'étre calme... qu'avez-vous à me dire ?... j'attends...
LUCENAY
Moi ?... je n’ai rien à vous dire.
DUMONCEL.
La feinte est inutile... le pot aux roses... pompon !.. est découvert... (Auec dignité.) Et j'attends !
lucenay, apres l'avoir considéré un moment.
Serviteur, monsieur ! ( Faus*e sortie.)
DUMONCEL, lui barrant le passage.
Un instant, jeune homme!... puisquo vous refusez de parler, c’cst moi qui vais m’expliquer...
LUCENAY
Ça me fera plaisir...
DUMONCEL, avec une ironie qu'il cherche à rendre eruelle.
En vérité, vous avez la uo bien charmant bouquet.
LUCENAY, à part.
Qu'est-ce que ça lui fait...
DUMONCEL.
Vous aimez les roses-pompon ol la violette de Parme, à c> qu’il paraît?
LUCENAY
Beaucoup... et vous?
DUMONCEL.
Moi, monsieur? (Appuyant.) Quand par hasard il en entre chez moi... j’en fais présent à ina cuisinière I
LUCENAY
Votre cuisinière!... ça ne me regarde pas... mais vous avez là un drôle de goût I
dumoncel, à part.
Hein?... il n'a pas compris... il est bétel... {Haut.) Pour en revenir à ce bouquet... je suis sûr qu'elle le trouvera délicieux. lucenay, à part.
Ah ça 1 mais de quoi so méle-t-il ?
DUMONCEL.
Je dis elle... parce que c’est sans doute pour.,.
lucenay, vivement .
C’est pour moi. monsieur... j’aime à m’offrir des fleura. (Il remonte à gauche.)
dcmoncel, à part, passant à droite.
Comme ma femme I... ils se sont donné le mot! (Haut.) Pourtant, monsieur...
lucenay, qui a déposé son bouquet sur la table. Pardon... à qui ai-je l’honneur de parler?
DUMONCEL. /
Vous le savez bien, monsieur I
LUCENAY
Ahl... eh bien I faites comme si je ne le savais pas. » dumoncel, avec majesté.
Jules Dumoncel, associé do la maison Lefèvre et compagnie. lucenay, à part.
Diable ! un ami delà famille... (Haut.- Très-aimable.) in suis charmé, monsieur, de faire voire connaissance... on m’a dit do vous, un bicnl... (Il lui tend la hiain.)
DUMONCEL, à part, retirant la sienne.
Eugénie lui a dit du bien do moi... cllo n’est peut-être qu’égarce !
LCCENAY.
Voyons, monsieur, que désirez-vous de moi?... car jusqu’à prtseut je no comprends pas...
DUMONCEL*
Je vais lui mettre les points 6ur les i... (Haut.) Monsieur, je suis venu pour vous demander un conseil... j'ai an de mes amis intimes... très intimes... un autre moi-môme... (A part.) MeUons-lui bien le» points sur les »! (Haut.) qui est marié I LUCENAY.
Oui.
DUMONCEL.
Et jaloux , très jaloux !
LUCENAY
Ah
UN AMI ACHAUNB.
DCMONCEL.
Il a des raisons suffisantes de croire qo’un jeune homme, ua lion... on gait jaune!.., (A part.) Meltons-lui toujours les points sur les i ! {Haut.) fait la cour a ma femme. (Se reprenant.) à sa femme !
LCCENAY.
Tris bien.
DUMONCEL
Comment I très bien I
LUCENAY
Non, continuez...
DCMONCEL.
Or, mon ami, col autre moi-même... cherche un moyen do se débarrasser de ce jeune fat 1 (A part.) Il n'a pas l'air brave! (Haut.) de ce... polisson I vous comprenez?
LCCEMAY.
Parfaitement... mais que puis-je faire à cela ?
DCMONCEL.
J’ai pensé que vous... qui êtes un jeune homme à la mode... lancé dans cos sortes d'aventures...
LC CE N aï, s’en défendant.
Oh I
DCMONCEL.
Si 1 vous y êtes lancé I... j’ai pensé que vous pourriez me donner un bon conseil... pour mon ami.
LCCENAY.
Voila. une singulière consultation... enfin I... tenez , je vais, pour un moment, me mettre à la place do l'amoureux...
DCMONCEL.
Du fat 1... j'ai dit le fali le polisson I
Lt cen ay, souriant.
Soitl
dcmoncel, à part.
Il n’a pas Pair brave... j'ai envie de le massacrer I
lucenay.
Il m’est arrivé une fois dans ma vie de garço», «l'être amoureux d'une femme mariée... que je ne nommerai pas...
DCMONCEL.
C’est inutile... (A part.) Eugénie I lccenay.
Elle avait pour mari un étro assez désagréable...
DCMONCEL.
Comment ! un être I
LDCCNAY.
Aussi, en peu de temps , jo fis des progrès sensibles sur te rœurd«* la darno... mes bouquets étaient bien reçus, mes visites ue déplaisaient pas...
DCMONCEL. à part.
Il me conte ça tranquillement... j’ai envie de le massacrer I
LUCENAT.
Que vous dirai-je?.,, j’allais être heureux..
DCMONCEL, à part.
J’ai la chair de poule I
LCCEMAY.
Lorsque, bien malgré moi , et jo ne sais pour quel motif, je me trouvai forcé de dtucr chez le mari.
dcmoncel, presque à lui-méme.
Comment I... qu’est-ce qu'il dit ?...
LCCEMAY.
Vous allez vous moquer de moi... mais à la vue de cet intérieur calme, honnête... de ces petits-enfants qui embrassaient leur marc, de ce mari... qui me serrait les mains avec confiance... je me sentis ému. glacé... Il me sembla que j’étais sur le seuil d’une mauvaise action... et je m’arrêtai, je reculai... je m'enfuis pour rester honnête homme !
dcmoncel , à part.
Ah ! ça, est- ce qu’il se figure que je vais Tinviter à dîner... c'est un piqiie-as-siclle I
LCCEMAY.
Voilà, monsieur, comment un accueil franc et cordial...
DCMONCEL.
Ta ta ta ... tout ça c’est très joli... mais je ne donne pas làdedans !... le ne donne pas à dîner, moi '... je suis pour les moyens violents, moi I (D'un air terrible.) Je suis brutal, moi!
LUCENAT.
Ah ! je comprends... un éclat... un duel...
DCMONCEL,
C'est possible! ( A part.) Il péht! (Haut.) Vous n’avcx peutêtre jamais eu do duel, Jeune nomme ?
LCCENAY.
U u seul... malheureux !
DCMONCEL.
Vous fûtes blessé ?
LCCENAY.
Non...
dcmoncel, son» réfléchir.
Tué?... (Vivement.) Non... c’est une oêlise...
LCCENAY.
J’ai cassé le bras de mon adversaire.
dcmoncel, à part.
Diable ! Il a cassé ta bras de son adversaire... ça change la thèse.... (Haut.) Vous uie disiez doue qu’un accueil franc et cordial ?...
LCCENAY.
Suffit presque toujours pour ramener un homme d’honneur... car tromper celui qui vous a serré les mains , qui vous a fait asseoir a son foyer... c’est plus qu'une trahison , c’est une lâcheté I ( Il descend la scène a gauche.)
Bien, jeune homme! (A port.) Il parait qne, quand une fol» Il a serré les mains... Toute réflexion faite... j’ai envie de l’inviter a dlnerl (Haut, ailant vers Lucenay.) Eh I eh I... ce cher ami I...
LCCENAY, étonné.
Monsieur?...
DCMONCEL.
Voulez-vous me faire !o plaisir de venir sans façon... lccenay, quittant brusquement Dumoncel.
Ah! mademoiselle Lucie!... (Il a repris son bouquet et va au devant de Lucie qui entre par la droite.)
icimm
DUMONCEL, LUCENAY, LUCIB.
LUCIE, à Lucenay.
Pardonnez-moi do vous avoir quitté un peu brusquement tout à l’heure... c’était pour prévenir mon père de votre arrivée... il va venir.
LCCENAY.
Vous êtes trop bonne... il no fallait pas le déranger. dcmoncel, ornant pré» de Lucenay.
Mon cher ami, voulez-vous me faire le plaisir de venir sans façon...
lccemay, offrant le bouquet à Lucie.
Mademoiselle... permelîez-moi?...
Bvmoncel, à part.
Voilà le bouquet placé !... il veut me donner le change... c'est très adroit... (Résolument.) Il faut absolument qu'il mo serre les mains !... là est mon salut I
LUCIE, tenant le bouquet.
Ces fleurs sont charmantes, et vous êtes trop aimablo... du mon c i.i. . intervenant.
Comment I s'il est aimable !... mais c’est un cœur d'or ! et un esprit... d’or! ( Lucie va porter ie bouquet sur la cheminée.)
LUCENAT.
Monsieur...
DUMONCEL.
Un ami enfin !... car vous êtes mon ami I (Lucie s’assied contre la cheminée, lire une broderie de sa poche, et travaille.) LCCEMAY, s’inclinant.
C’est trop de bontés !... je suis confus...
dcmoncel , tendant le» main» à Lucenay.
Ce cher Lucenay I... ce brave Lucenay I... (Lucenay. sans faire attention à lui, ta près de Lucie. — A part.) 1! ne veut pas !... il a son projet, cest évident I
LUCIE, a Lucenay.
Vous connaissez depuis longtemps monsieur Dumoncel? lccemay.
Mais depuis cinq minutes.
DCMONCEL.
Qu’importe ! une seulo suffit pour s'appréeier, s’estimer, se...
UN AMI ACWABNfi.
(Lui tendant tes mains.) ce cher Lucenay!... et brave Lucenay ' lucenay, s'inclinant , sans avancer la main.
Monsieur... (A part.) Il est insupportable!
dumoncel, a part.
Il ne veut toujours pas!... mais j’y mettrai de l'obstination... je l'accablerai de petit* soins I
lucenay, à part.
Est-ce qu’il ne va pas s'en aller?
dc mono E i., à Lucenay qu'il attire par le bras près de lui.
Ab ça! j’entends que nous passions la journée ensemble !...
Ll’CENAY.
Permettez...
DCMONCEL.
Vous dînez avec moi... sans façon...
lccenay, vivement.
Impossible! (Lucie se leva, emportant sa broderie. Elle ra à la table, et prend quelque chose dans la corbeille a ouvuge.) DCMONCEL.
Pourquoi T
LCCENAY.
Parce que je suis de garde I
Où ça T
LCCENAY.
Mats... à l’Entrepôt I fai une faction de quatre à six 1 MMONC8L.
Très-bien ! (A part.) Il me vient une idée magistrale! (Haut et arrêtant Lucenay qui veut aller retrouver Lucie.) El apres votre faction ?...
LICKKAY.
J’ai un rendez-vous chez mon notaire I
DCMONCEL.
Bt après votre notaire ?
lccenay, à part.
Ab I ça, est-ce qu’il compte marcher sur mes talons toute la journée ?
DCMONCEL.
Eh bien?
LCCENAY.
Je retourne au poste.
DCMONCEL
Non
Comment 1
DUKOKCÉL.
Vous allez aux Français voir la rentrée do Rachel... j'y vais. lccenay, vivement.
Merci I
Ll'CIB.
Mon père à promis de m’y conduire.
lccenay, allant près de Lucie.
Ali!... c’est différent ! c’est que je n’ai pas do place.; retenues... ( Lucie s’assied près de la table et reprend son ouvrage.) dumoncel, attirant de nouorou Lucenay à lui.
Soyez tranquille !... je m'en charge... ces dames dans une loge,* et nou:> deux... à l’orchestre I LCCENAY.
J'aurais préféré...
DCMONCEL.
Deux stalles, à côté l'une de l'autre... nous no nous quitterons pas...
LCCENAY.
Certainement... je suis flatté...
DUMONCEL, lui tendant les mains.
Ce cher Lucenay !... ce brave Lucenay !...
lccenay, à part.
Il ost assommant I (fl retourne prés de Lucie.)
DCMONCEL, à part.
11 no veut toujours pas !
lucknay, regardant l'ouvrage de Lucie.
Voilà une délicieuse broderie...
lucie. étourdiment.
C’est pour le mariage I...
LCCENAY.
Ahl
LCCENAY.
i.ücir. s* iepretittJk D'une de mes amies...
lccenay, finement.
D'une amie... bien intime?
DCMONCEL, venant entr’eux deur, prendre h bras de Lucena" et le conduisant au milieu de la scene.) Dites-donc... je voulais vous demander...
lccenay, à part.
Sapristi I en voila un qui m’ennuie !
DCMONCEL.
Porto-l-on le sac dans votre compagnie .
lccenay, avec impatience.
Eh ! je ne sais pas 1 (/I retourne prés de Lucie.)
ru woncel, à part, le regardant s’éloigner.
Il est froid ! (Retournant vers Lucenay qui cause Isa. avec Lucie.) Dites -donc, Lucenay ? (Il le reprend par le bras et U ramène au milieu.)
LUCENAY
Quoi ? (A part.) C’est un crampon !
DCMONCEL.
Je voulais vous demander...
LCCENAY, tout-à-coup.
Voulez-vous me rendre un service ?
DCMONCEL, joyeux.
Un service! dix I vingt! trente !...
lccenay. à part.
Je vais lui donner une course!... (Fom7/<inf dans sa poche et en tirant des papiers péle-méte.) J’ai U des valeurs sur Londres que je désirerais faire escompter...
DCMONCEL.
Tout de suilo, mon ami, tout dc suite !... vous n'avez pù3 autre choie? des commissions? je suis prêt ! me voila ! LCCENAY.
Merci...
'dumoncf.l. lui tendant les mains.
Ce ober Lucenay... ce brave Lucenay...
LCCENAY, lui donnant Us papiers.
C’est pressé...
DUMONCEL.
Oui... j’y cours ! (/I remonte.)
(Lucie se levé et vient près de Lucenay. — Dumoncel redescend entr'eux deur.)
Adieu... Jules)... adieu... mon bon^Jules!
lccenay, impuliinté.
Serviteur I
dumoncel , à part.
Il faudra bien qu'il y vienne !
ENSEMBLE
Air; ta dernier» nie ( Poils» «le M. ILintt.)
DUMONCEL.
Je a; v ’at |iii «oui faire aiMmlra 1 1 lien! Ie« barrait h liailant t‘ü«r »oo a mût je raie »e reeAre...
Un ami Juil Aire ubiigaaos.
lccenay, à i tari .
Il no«a fait bica longtaœpi aueadra.. .
(Haut).
Allai, et «an* perdre ua inatanl.
C'eal un ml tetrkx k ne rendre, fct j'eo aérai racoanajiiaal.
LUCIE, à part.
Dana Ira buraaat II ra ae rondre,
El noua laiaeer ere'a à l'i bâtent.
Je n'oae le prier d ‘attendra :
Un ami dut! dire obl>|Mnl.
( Dumoncel sort par U fond , apres avoir de nouocou tendu Iti mains à Lucenay inutilement.)