‹ Un architecte français au commencement du 17e siècle: Salomom de BrosseChapitre 19 sur 102 · PORTAIL DE SAINT-GERVAIS 7I · texte numérisé non relu

PORTAIL DE SAINT-GERVAIS 7I

dit d'abord : u Le portail a été commencé en 1609 ». Mais il ajoute : « Le roi Louis XIII [donc après 1610], mit la première pierre, à la prière de l'intendant des bâtiments Fourcy et des marg^illiers de cette église (i). »

L'artiste protestant aurait-il regu ainsi, en 1609, cette importante commande pour une église catholique lorsqu'il était encore peu connu et signalé surtout (si notre hypothèse est exacte) par la récente construction du premier temple de Charenton ?

Il semble plus rationnel d'admettre que l'ensemble des travaux de reconstruction de la partie occidentale de l'église ont été entrepris en 1609 et poursuivis (assez lentement) dans les années suivantes, peutêtre sous la direction d'un simple maitre maçon ou d'un architecte autre que S. de Brosse : l'avant-dernier arc-boutant de la nef, côté gauche, porte la date de 1610, et celle de 161 1 se trouve sur la clef de voiite de l 'avant-dernière travée de cette nef ; le nom de M. de Fourcy ne s'y trouve pas (M. de Fourcy a été premier marguillier de Saint-Gervais et c'est en cette qualité, plutôt que comme intendant des bâtiments qu'il intervient dans cette affaire). Une fois les travaux de restauration de la nef terminés, on y veut appliquer un portai! entièrement nouveau, et c'est alors — semble-t-il logique d'admettre — qu'on fait appel au talent de l'artiste mis à la mode par ses travaux à diverses maisons seigneuriales et royales, « architecte du roi et de la reine », S. de Brosse. Le roi aurait posé la première pierre le 24 juillet 1616, et les travaux furent conduits par Monard, un des meilleurs maçons de ce temps (2). La date de 1616 paraît bien celle qui correspond à la réalité.

Certains auteurs ont voulu substituer ou du moins joindre un autre nom à celui de S. de Brosse pour le portail de Saint-Gervais comme iK)ur les plans du Luxembourg : nous voulons parler de Clément .Métézeau. Quelques-uns de ses compatriotes lui attribuaient la construction tout entière (3). Tel atitre écrivain se !)ornc à partager les

(1) Uistinii' t'{ ci/KM/MiM .» lii ni iuii' tic i\lt ti , i. i . ji, 4 n,<.

(2) Mkiiaux, Histoire et description de Saint-GerxKiis, Paris, Pion.

Toussaiiit-Donnant et d'autres écrivains de son payn », d'aprc» l«

lauriers : « Le sieur de Brosse avoit donné le dessin du temple de Charenton ; le superbe portail de Saint-Gervais est aussi de son invention et de celle de Clément Métézcau (i). »

L'hypothèse la plus vraisemblable nous paraît être que Métézeau a réellement fait un projet de portail, mais que celui de S. de Brosse lui fut préféré : on trouve en effet ici, comme pour le Luxembourg, pour le palais de Rennes, etc., trace d'un concours préalablement ouvert, à la demande des marguilliers : « Les sieurs de Fourcy et Dosnon ont été tellement curieux de cet édiffice que ne s'estant contentez de leurs capacitez et longue expérience au faict des bastimentz, en ont comniunicqué divers desseins aulx plus grandz architectes et meilleurs maîtres maçons de la France (2). » Une fois de plus S. de Brosse apparaît comme désigné non par un choix arbitraire, mais à la suite d'un concours où il triomphe de concurrents de grand mérite. Il en sera de même pour son œuvre suivante.

Il est impossible actuellement de déterminer dans quelle mesure

et de quelle manière s'est exercée cette collaboration si elle a existé.

M. de Montaiglon supposait que Métézeau a agi comme « entrepreneur » (3) ; et nous avons vu que ce rôle fut joué par Monard ; M. Berty se demande si, Brosse étant protestant, « la fabrique ne lui aurait point imposé un collaborateur qui ne pût être accusé d'hérésie, et cela dans l'espoir d'atténuer cette étrangeté d'un huguenot dirigeant les travaux d'une église catholique (4) ». L'a étrangeté » est moins grande que ne le croit M. Berty, d'après ce que nous savons des excellents rapports qu'entretenaient alors, en matière de beaux-arts et de belles-lettres, bon nombre de catholiques et de protestants, surtout jusqu'aux 'affaires du Béarn et à la destruction du premier

imscrits consultés à Dreux par M. Berty, qui les cite dans son étude sur Les grands architectes français de la Renaissance, Paris, Aubry, in-8", 1860, p. 128. (i) Catherinot (né en 1628), Traité de l'architecture, publié en 1688.

(2) Note de 1621 transcrite dans un registre de Saint-Gervais et citée par M. Berty {op. cit., p. 128). M. Donon était contrôleur des bâtiments de France.

(3) Les Fleurs et Antiquités des Gaules, édition de la bibliothèque elzévirienne, p. 195.

(4) Berty, op. cit., p. 128.

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