‹ Un architecte français au commencement du 17e siècle: Salomom de BrosseChapitre 54 sur 102 · CHATEAU DE MONCEAUX · texte numérisé non relu

CHATEAU DE MONCEAUX

« Cette maison a été embellie pa* la reine Catherine et augmentée par le roi Henri IV. La principale entrée est au bout d'une avenue très large environnée de bois et de petites plaines. Elle aboutit à une avant-cour de 85 toises de largeur sur 75 de profondeur jusqu'aux fossés du château. Il devait être bâti de trois côtés ; la face aurait été devant l'avenue avec des ailes à droite et à gauche. L'ouvrage est à la

moitié. Ce qui est fini est à la hauteur d'un étage Après l'avant-cour

en voit le château qui est fermé par un fossé ayant 90 toises d'un sens

sur 75 de l'autre Le quatrième côté est occupé par une terrasse au

devant du château. Les encoignures de la fausse braie en terrasse sont ornées de quatre beaux pavillons et de deux tourelles à chaque porte pour les corps de garde.

Le château a quatre faces sur un carré de 40 toises. Chaque face a une cour intérieure de 28 toises en carré. Chaque encognure est surmontée par un pavillon. Au milieu de la face sur le jardin il y a un gros pavillon qui s'élève avec des corps aux angles, et de chaque côté des galeries voûtées qui communiquent aux pavillons des encognures. Les décorations des faces extérieures sont d'un belle architecture, ornées de pilastres, de colonnes à l'avant-corps, et de tout ce qui est convenable pour satisfaire la vue dans l'ordre des grands bâtiments. Les pavillons sont couverts de grands combles à deux épis (i). Les deux faces à l'entrée de la cour du côté du pont sont ornées de colonnes à la hauteur de deux étages : le tout est couronné de balustrades et de terrasses, au-dessus desquelles s'élève un dôme qui se termine par une lanterne percée. »

§ j. — râlais du Luxembourg (2).

A Paris comme à Monceaux naguère, et à Versailles plus tard, les bâtiments construits par l'architecte du roi et de la reine-mère étaient

(i) Assemblage de charpentes dont la disposition rappelle la forme d'un épi. (2) La collection DcstailKur (dcp. des estampes, Bibl. nat.,) renferme (t. V, n* 848) un « plan génrrr'! 'i'- 1. .»..ii.i.»- ; ir.t;..v ,1 ,...»;r-.iiv ,!.• ^iitii- -•<• T ««vom-

situés en haut d'une colline et entouraient une cour rectangulaire (i) ; des pavillons se dressaient aux angles, le côté de la cour où se trouve l'entrée principale était formé, à Paris comme à Versailles, par une sorte de galerie à rez-de-chaussée seulement. Le plan général, dans ses grandes lignes, était donc analogue à celui de plusieurs châteaux construits dans ce demi-siècle (1575-1625), par les architectes français, notamment par S. de Brosse (2). Alais pour les proportions et la décoration il y avait entre Versailles et le Luxembourg toute la distance qui sépare un rendez-vous de chasse d'une demeure princière située aux portes mêmes de la capitale. Le Luxembourg est « en réalité une demeure privée, mais Tampleur de ses proportions et sa situation en faisaient plutôt un château qu'une habitation de ville , une

sorte de Tuileries (3) ».

Le Luxembourg et Versailles ont subi depuis trois siècles un grand nombre de remaniements et d'agrandissements successifs. Toutefois, comme l'œuvre de S. de Brosse était, dès l'abord, beaucoup plus considérable au Luxembourg, elle y reste aujourd'hui beaucoup plus reconnaissable. De même que pour le palais de Rennes, nous possédons pour le Luxembourg un état des lieux très détaillé, remontant au moment où de Brosse cesse d'être responsable de la construction (1623) : nous donnons aux Pièces justificatives une analyse et des extraits de ce précieux document.

L'histoire du Luxembourg a été écrite par M. Hustin d'une manière si complète que nous insisterons, dans notre étude, surtout sur certains points intéressants pour l'histoire de l'architecte. Pour nous représenter les bâtiments vers 1626, il faut faire abstraction de tous ceux qui ont été ajoutés du côté du jardin, vers le sud ; diminuer

bourg commencé à bâtir en 1615 par ordre de Marie de Médicis, sur les dessins de Jacques de Brosse, architecte », lavis que l'inventaire de 1891 attribue à un « anonyme du xvii'' siècle ».

(i) Il y a intérêt aussi à comparer avec le « premier plan du Louvre de Pierre Lescot », quadrilatère bien distinct sur la reproduction donnée par M. Batiffol {Gazette des Beaux-Arts, 1910, p. 287).

(2) Comparer pages 31, 55, 63, 76.

(3) H. Lemonnier, L'Art français, p. 234.

(l'un étage les ailes orientale et occidentale ; nous figurer à l'est le tt»it et le clocheton de la chapelle, et le long de la rue de Vaugirard non un rez-de-chaussée pourvu de fenêtres au sud et au nord comme aujourd'hui, mais une galerie close au nord par un mur, et ouverte sur la cour. Au contraire quatre fenêtres de la salle ultérieurement transformée en chapelle et donnant sur le jardin ont été bouchées (i).

Ainsi modifié le Luxembourg ne produit plus une impression d'harmonie aussi parfaite qu'à l'origine ; il mérite cependant encore, comme au temps de Mariette, d'être sincèrement admiré : « Le palais du Luxembourg et le portail de Saint-Gervais sont deux ouvrages capables, seuls, d'immortaliser de Brosse (2). » Le chevalier Bernin qui put le voir achevé (3) déclare « qu'il n'y avait nulle part de palais ni mieux bâti ni plus régulier (4) ». Au xvii* siècle encore Sauvai disait aussi : « Il n'y a point de palais au monde d'une plus belle ordonnance (5). » Au xviii'^ siècle d'Argenville estime Que « le Luxembourg surpasse en grandeur et en magnificence tous « les bâtiments du royaume, â l'exception du Louvre (6). »

Ce jugement est confirmé par les maîtres architectes du xix* siècle : (' C'est surtout là que S. de Brosse a déployé toutes les ressources de son talent Par la disposition régulière de son ensemble, par la fer-

Ci) M. llr.>ii.s {Li' Lu.xiiHbtmrtj. \k .v .« i^iil dresser un plan iiucu--....» i.ii la partie sans hachures représente l'édifice primitif ; à propos de la chapelle, je relèverai seulement ce qu'il dit p. 50 : « les statues qui ornaient le fronton circulaire au-dessus du dôme couvrant la chapelle étaient des fig\ircs religieuses » ; « celles des frontons triangulaires des grands pavillons en avantcorps étaient des figures mythologiques. De Brosse avait admis ce mélange par tradition ». On trouve dans un manuscrit de l'Arsenal le prix de ces diverses statues (voir à nos Pihcs justificatives, Appendice VIII).

(2) Abcccdario, p. 195.

(3) Lors de son premier passage vers 1640 ou de son séjour en i6( d'Argenville, Vies des fameux architectes, 1787, p. 219.

(4) Cité par Bertv, topogr. hisl.. t. III. p. kjH, (s) Sauval, t. III, p. 50.

(6) Fies des fameux architecte

meté de ses masses et par Tiinité du style qui règne dans toutes ses parties, c'est une œuvre de maître, vraiment originale et nationale (i). » Ce dernier trait mérite que nous insistions quelque peu. En effet, certains auteurs ont prétendu que le Luxembourg était une copie servile du Palais Pitti, et d'autres, par une exagération opposée, ont déclaré que « le plan et les élévations n'ont aucune ressemblance ; le seul rapport c'est que les colonnes sont de l'ordre toscan avec des bossages alternatifs (2) ». Même un juge aussi sérieusement documenté que l'est en général M. F. de Lasteyrie a pu écrire : « Quelques auteurs ont prétendu que De Brosse s'est appliqué à rappeler l'aspect du palais Pitti. // n'en est rien » ; mais après cette négation excessive venait cette conclusion plus pondérée : « Bien qu'inspirée des styles classiques et des modèles antérieurs, rœu\re de De Brosse a, au contraire, ce mérite particulier d'être totit à fait originale et marquée au coin du génie français Le Luxembourg doit à la promptitude de l'exécution une unité de style, une homogénéité absolue, que bien peu de monuments possèdent au même degré (3). »

D'après les documents que nous avons retrouvés et cités plus haut, il est désormais impossible de contester que Marie de Médicis a voulu mettre sous les yeux des architectes français, appelés à concourir, le plan du palais où elle avait vécu enfant. De ces dessins, spécifjait-elle dans un post-scriptum de sa propre main, « je me veux servir pour l'ordre et ornement de mr maison ». Il s'agit non d'une copie, mais d'une adaptation : « imiter en ce que je trouveray plus à propos » ; non seulement parce que tout n'est pas également à propos pour une reine et pour un grand duc, mais surtout parce que tout n'est pas également à propos sur les rives de la Seine et sur celles de l'Arno, sur les pentes de la Montagne Sainte- Geneviève et sur celles du Montecucco, sous le ciel un peu brumeux, souvent pluvieux du bassin de la Manche, et dans le mer- Ci) Vaudoyer, Histoire de l'architecture, dans Patria, Paris 1846, p. 2173 ; cf. France prot., ^ édition, t. III, col. 203.

(2) Dictionnaire de la conversation, 1853, t. VII, p. 221.

(3) Paris-Guide, 1867, t. I, p. 575.

PALAIS DU LUXEMBOURG l"^

veilleux climat, à l'atmosphère si limpide, du bassin de la mor tyrrhénienne. Tout près des fortifications, dans l'un et l'autre cas, mais extérieurement à Paris, intérieurement à Florence, les deux palais auront déjà quant à la situation topographique certaines analogies qui pouvaient plaire à la reine : d'un côté les murs longent la rue d'un faubourg, et du côté opposé les fenêtres donnent sur de beaux jardins — aujourd'hui Luxembourg et Boboli — ; mais la déclivité très grande à Florence est presque nulle à Paris (bien qu'il y ait une côte :à monter dans la rue de Tournon comme dans la piazza de! Pitti) ; d'où une nouvelle cause de dissemblance dans l'édification et les développements successifs des palais d'abord conçus sur des plans analogues.

Autre remarque préliminaire de grande importance : Déjà au xviii* siècle c'était une erreur de comparer, sans faire aucune réserve, les deux édifices d'alors (i) ; encore moins faut il comparer (comme on semble l'avoir fait trop souvent), le Luxembourg actuel et le Pitti actuel. Ce ne sont plus du tout, quant à l'aspect extérieur, sur la plupart des points, les mêmes palais qu'habitaient respectivement vers 1620, Marie de Médicis à Paris et Côme II de Médicis à Florence : l'un et l'autre édifice ont subi en cinq siècles pour le Pitti, deux siècles pour le Luxembourg, des transformations et des déformation*; dont o!i no s'est bien rendu compte qu'eu

(i) Ainsi A. N. d'Argen ville en 1787 (/'iV des fameux architectes, etc., p. 326) dit : « Les deux palais ont bien peu de rapport entre eux. Si le premier \le Pitti] a plus d'appartemens, le second est plus commode et plus agréable ; le plan du premier s'étend principalement en longueur [ce qui n*êtait pas le cas primitivement] ; la hauteur de ses bâtimens rend sa cour obscure [même temarque], le second au contraire offre un plan presque carré [de même le premier primitivement] ; sa cour bâtie des quatre côtés a plus d'étendue et de clarté ; en un mot, il est beaucoup plus orné et plus dégagé. Les bossages et les refends sont l'unique décoration qui leur soit commune ». IVArgenvilIc critique plus loin l'usage de l'ordre toscan ; « consacré aux grottes, aux campagnes et aux ouvrages militaires, il est peu digne d'un édifice magnifique élevé dans une ville » ; mais au siècle précédent le Pitti et le Luxembourg étaient dans les « campagnes » et près des « ouvrages militaires » des fortifications des villes.

ces dernières années. Il faut dégager (comme nous l'avons essayé pour Versailles après M. de Nolhac), les édifices primitifs de toutes les additions ultérieures, de tous les vêtements et revêtements superposés qui masquent la forme originale (i).

Enfin il y a lieu de faire une dernière observation : habitué à voir la façade du Luxembourg en haut de la rue de Tournon ou lorsqu'on pénètre dans la cour par l'entrée qui fait face à cette rue, un Parisien visitant Florence est surpris de voir s'allonger indéfiniment le long de la piazza dei Pitti deux cents mètres de murs, formés de blocs énormes, sans aucune colonne ni pilastre, et flanqués de courtes ailes à rez-de-chaussée, avec deux tout petits appendices au premier étage ; et il se dit : « Comment a-t-on pu établir un rapport quelconque entre deux façades aussi dissemblables ? » Mais c'est que ce ne sont pas là les deux termes qu'il faut comparer. En venant du nord, on pénètre dans la cour du Luxembourg, tandis qu'en venant du nord-ouest (c'est-à-dire en se trouvant sur la piazza. dei Pitti), on voit le palais Pitti par derrière. La cour intérieure du Pitti est ouverte du côté du sud-est ; pour la voir il faut se placer dans l'amphithéâtre des jardins Boboli : là on peut voir l'aspect du palais à peu près tel qu'il était au temps oti Métézeau le visita et se rendre compte du plan primitif, encore comparable au ^^ que nous avons signalé ailleurs.

Ce plan, nous en avons peut-être eu sous les yeux un exemplaire de la main même de l'auteur. La galerie des Uffizzi (2) possède en

(i) La démonstration, en ce qui concerne le palais Pitti, n'a été faite qu'en 1887 par le prof. Cosimo Conti, dans une conférence faite à la Società Colombaria, et publiée (à deux cents exemplaires seulement) sous ce titre : Il Palazzo Pitti, la sua primitiva costruzionc e successivi ingrandimenti, Firenze, Le Monnier, 1887, 34 p. in-8''. Jusqu'alors les meilleures notices à consulter étaient celles de Giov. Anguillesi : Noiizie storiche dei Palaszi e Ville appartenenti alla R. corona di Toscana (Pisa, Capuro, 181 5), et Franc. Inghirami : L'imp. c reale Palazso Pitti, Poligrafia fiesolana, Fiesole, 1828, 154 p. in-8" (il a paru une édition française en 1832).

(2) Département des Disegni d'architettnra, n° 2133. Le prof. Conti a reproduit ce plan, à une toute petite échelle, sans en rechercher ni la date véritable,

effet un fort joli plan à la plume, à l'encre noire maintenant passée et brunie, sur une feuille du format de notre papier écolier, avec cette inscription en petites capitales : « Palazzo de Pitti dcî gran duca di Toscana mdcxvl » AI. le conservateur du département des dessms a bien voulu nous faire remarquer l'extrême analogie entre ce plan et ceux que renferme la Citta idéale, de B. Ammanati (i), et

il concluait sans hésiter : « C'est la main de l'Ammanati ». Mais

Benj. Ammanati est mort en 1592, et le plan est daté de 1616 Il

est vrai, mais cette date semble d'une écriture postérieure. Je n'en ai vu aucune semblable sur les feuillets de la Citta idéale.

L'histoire du palais Pitti est liée à celle de toute l'architecture florentine des xv^ et xvi^ siècles. Tout près du palais Rucellai où pour la première fois les bossages du style rustique auraient été unis aux pilastres par L. B. Alberti, vers le milieu du xv* siècle (2), le palais Strozzi rappelle la puissance des rivaux les plus redoutables des Médicis : il fallut près d'un demi-siècle (1489- 1533), pour le construire d'après les plans de B. da Maiano, avec sa belle cour intérieure entourée de portiques. A l'extérieur il a encore quelque chose des châteaux- forts du moyen-âge ; les blocs sont grossièrement équarris comme ceux d'un autre palais, plus tard appelé Riccardi qui fut d'abord une demeure des Médicis. Côme l'ancien le fit commencer vers 1435 P^^ Michelozzo, Côme i*"" y vécut jusqu'en 1540 : et il n'était achevé que depuis sept an.> lorsque son possesseur le quitta pour le palais des Prieurs (aujourd'hui Palazzo \'ecchio)... ; dix ans se passent, et déjà les Médicis vont s'établir sur l'autre rive de l'Arno, dans le palais qui n'a l»as davantage conservé leur nom, bien qu'ils y aient vécu trois siècles : le Palais Pitti.

Celui-ci comme les précédents avait aussi, pnmuivcment. l'aspect rude d'une forteresse lorsque I.uca Pitti, simple citoyen de la rcpubli-

ni l'autc-ur. Les dimensions du pl.nt • .11.11 i-)<ni - onM \. •

iTprrMiuclion ci-dessus, p. 55.

( I ) Rccue-I <!c plans originaux, n'" .i.^Ki à .^464 <K' ce mcmc département.

(.M \'h '«'M-, \-; , ■••-•• n JO.

que, « gonfalonier de justice », le fit commencer vers 1440. L'architecte n'était autre que l'illustre Filippo Brunellesco ou Brunelleschi : il mourut bientôt (1446), et faute de fonds les Pitti ne purent faire achever ce qu'il avait laissé en projet. Dans la longue et étroite galerie qui mène du Pitti aux Uffizzi, et

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r ii,i.r. ,x ,9«m^Ji^.^-^i^^^^^w^

LE PALAIS PITTI AU XVl' SIECLE. FAÇADE SUR LA PLACE D'après un tab'eau de la galerie du Ponte Vecchio

précisément dans la partie si pittoresque qui est au-dessus de l'Arno, sur le Ponte Vecchio, se trouve le portrait d'une inconnue (i), sans

(i) N" 1153 : « Gentildonna délia famiglia Pitti ». C'est un aspect du palais

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