CHAPITRE "TI
Histoire des travaux de Salomon de Brosse
$ 1. — Premiers travaux. Temple de Charenton. Hôtels et châteaux (1606-1613).
La vie de Salomon de Brosse, au point de vue de l'histoire de ses travaux, se divise en deux périodes : avant et après le moment où il devint architecte du roi et de la reine (1613). Nous essaierons d'établir l'ordre chronologique de ses constructions, — tentative qui n’a jamais encore été faite, — réservant pour la seconde partie une description détaillée et une appréciation de chaque monument.
La première construction importante à laquelle on soit amené à attacher le nom de S. de Brosse est celle du temple de Charenton.
M. Read avait émis cette hypothèse, mais sans s’y arrêter (1). Aucun auteur ne l’a reprise depuis un demi-siècle, ce premier temple de 1606 ayant presque toujours été confondu avec le second, œuvre incontestable de S. de Brosse, édifié en 1623 seulement.
Divers actes que j'ai récemment découverts dans une étude de notaire m'ont permis de reconnaître la part capitale prise par À. du Cerceau dans la construction du temple d'Ablon (1600-1606) auquel succéda celui de Charenton lorsqu' Henri IV autorisa les protestants à célébrer leur culte public plus près de Paris. Les lettres patentes sont au 1% août 1606 ; ce fut dans l’automne, ou au printemps suivant, qu'on éleva à l’est du petit château, ou Hôtel de la Rivière, à Saint- Maurice, un temple, puis la maison du Consistoire (2). La forme extérieu- 1e et la disposition intérieure de ce premier temple semblent avoir été — en plus petit — analogues à celles du second temple ; c'est pourquoi nous verrions volontiers dans l’un comme dans l’autre une œuvre de S. de Brosse (3).
Les édifices qu'on peut lui attribuer avec une entière certitude dans les années suivantes, n’ont pas ce double caractère de monument religieux et public ; ce sont des demeures privées, mais destinées à de grands seigneurs : hôtels à Paris, châteaux dans les environs. D'ailleurs en général sous Henri IV et Louis XIIT l'architecture civile fut « surtout une architecture privée » (4) ; l'album de $S. de Brosse cü se trouve précisément la date 1607 montre qu'il étudiait soigneusement toutes sortes de motifs architecturaux utilisables dans ce genre de constructions : portails, façades, etc. Ce précieux recueil renferme
(1) « Qui sait si S. de Brosse n'était pas l’auteur de ce premier temple ? » (Bull. hist. prot., 1856, p. 169, note 1).
(2) Celle-ci parait à peine, derrière une branche d'arbre, à gauche du second temple, sur une estampe de Mariette que nous reproduisons page 240.
(3) Nous reproduisons p. 40 une vue de ce premier temple d’après une estampe de Pérelle (« Perelle in. et fecit. Avec privilege. Mariette excudit » sans autre indication du sujet). Pour plus de détails sur ces divers points voir notre ouvrage sur l'Eglise réformée de Paris sous Henri IV, Paris, H. Champion, in-8°, 1911.
(4) H. LEMONNIER, l'Art français, p. 231.
surtout des dessins relatifs au château de Coulommiers. Nous en reparlerons avec quelque détail dans la seconde partie de cette étude.
Dans cet album figurent deux modèles du portail de l'Hôtel de Soissons. Après avoir appartenu à la sœur d'Henri IV, Catherine de Bourbon, duchesse de Bar (morte en 1604), cet hôtel avait été acheté par son cousin, le fils du prince de Condé : Charles de Bourbon, comte de Soissons, qui mourut en 1612. On doit donc placer entre ces deux dates de 1604 et 1612, c’est-à-dire dans la première période de l’œuvre de S. de Brosse, cette décoration monumentale d’un portail d'hôtel princier, jusqu'alors plus fréquente en Italie qu'en France ; elle fit sensation à Paris, et contribua certainement beaucoup à établir la renommée de l’auteur, puis à lui faire obtenir une charge officielle et permanente.
Enfin S. de Brosse pourrait bien être l’auteur jusqu'à présent inconnu d'un des chefs-d'œuvre de l’architecture française exécutés à cette époque à Fontainebleau : la « porte du baptistère », ou plutôt la décoration supérieure de cette porte, dont la partie inférieure est attribuée au Primatice. Le baptême de Louis XIIT ayant eu lieu sous ce dôme le 14 septembre 1606, nous aurions là une des toutes prenuères œuvres de S. de Brosse en même temps qu'une des plus
belles (1).
(1) La présence de S. de Brosse s’expliquerait à Fontainebleau aussi facilement qu'à Charenton, à Monceaux et à Coulommiers, du même côté de l'Ile de France et à la même époque. En 1604, la marquise de Verneuil avait reçu du roi la maison que Catherine de Bourbon avait possédée à Fontainebleau jusqu'à sa mort (Lettre d'Henri IV à Sully du 28 février 1604, publiée dans les Mémoires de Sully). Jacques Androuet est nommé daus l'Architecture de Vredemann (Anvers, 1577) aussitôt après Serlio qui, — dans une plus ou moins grande mesure — collabora aux travaux exécutés à Fontainebleau sous François 1°. La seule œuvre de ce grand artiste italien qu'on puisse encore voir là, en dehors du château (en face la cour du Cheval Blanc), la superbe porte de l'hôtel du cardinal de Ferrare, est précisément intéressante à comparer avec la porte du baptistère à Fontainebleau, et La porte du palais du Luxembourg, œuvre de Brosse. Elle est d'ordre toscan à deux colonnes avec un bossage rustique ct date de 1544 à 1546 d’après M. Dimier (Fontainebleau, p. 151, dans la collection : les Villes d'art célèbres, Paris, H. Laurens, 1008).
Dans Les plus excellents bastimens de France, dont une réédition parut en
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