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(Réduction d’une gravure de Marot d’après un dessin de Brosse)
résie pouvait se maintenir aux portes de la capitale, et d'où même elle pouvait se propager dans toute la France.
Comme nous l'avons dit ci-dessus le premier temple construit en 1606 à Charenton était vraisemblablement déjà l’œuvre de S. de Brosse. Il fut brûlé, pendant une émeute suscitée par des fanatiques, le 27 septembre 1621 : « La fureur de ce peuple ne cessa que quand
elle ne trouva plus de matière (1). » Il fallait donc tout reconstruire de fond en comble, mais pendant un an entier les réformés n’obtinrent pas l’autorisation nécessaire. Elle fut accordée seulement à la fin des
le
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Pan et Lrofil du Temple de Charenton dé dassein du S'de Prose Le
Coupe en longueur et plan Réduction d'une gravure de Marot d'après un dessin de Brosse
troubles, après le traité du roi avec le duc de Rohan (19 octobre 1622) (2) ; le 10 janvier 1623, revenant à Paris, Louis XIII s’arrête à Charenton (3) ; à la fin de février les députés généraux des protestants lui demandent « qu'il contribuat quelque chose pour rebâtir le temple de Charenton (4). » Cela ne fut pas accordé, et les réformés furent « renpropre soin et diligence pour le rétablissement du temple » (4 : mars 1623) ; mais le roi ne s'opposa pas à ce que son architecte S. de Brosse fût chargé de ce rétablissement ; et c'est précisément à ce
voyés à leur
QG) E. Benorr, Histoire de l’édit de Nantes, Delft, 1693, t. I, 2° partie, p. 382. Cf. Lavisse et RAMBAUD, Histoire générale, t. V (1805), p. 338. Plus loin (p. 434),
nouveau temple ne figure
pas
sur la liste des œuvres de
(2) DouENx, la Révocation à Paris, I, 165.
(3) HÉRoOARD, Journal, IT, 287.
(4) E. BENOIT, op. cit., I, 2° partie, p. 417.
S. de Brosse.
moment que la reine mère le décharge — en suscitant les difficultés que nous avons vues — des travaux du Luxembourg. C’est le 13 juin que les commissaires du Parlement examinent le différend du procureur général de la reine et de S. de Brosse (1). Or celui-ci était à ce moment sur le point de conclure les arrangements préparatoires avec l'Eglise de Paris et les entrepreneurs au sujet du futur temple : le 16 juin i! paraphe un plan, de concert avec M. de Marbault, représentant du Consistoire, et MM. Hureau et Noretz, entrepreneurs (2). Le 23 juin a lieu la pose de la première pierre (3). Un synode national se tint (probablement dans la maison consistoriale restaurée) du 1* septembre au 1* octobre 1623 (4), et, pendant la session, les travaux du temple étaient activement poussés (5) ; ils furent terminés dès 1624 (6),
(1) Voir pièces justificatives, VIII, p. 26r.
(2) Photogravure communiquée par M. de Geymuüller. Bibliothèque de la Société d'histoire du protestantisme français. Papiers Read, dossier «Charenton ». Cf. Bulletin de la Soc. d’hist. du prot., 1803, p. 611.
M. Read (Bull. hist. prot., 1856) a retracé l'histoire de l'incendie d'après des documents auxquels d’autres peuvent être ajoutés maintenant. |
(3) Elle resta enfouie dans le sol après la destruction de ce nouveau temple en 1685 et on la retrouva en 1701 en creusant les fondations de la chapelle de Notre Dame du Val d’Osne ; elle portait cette inscription : « Par la grâce de Dieu et la bonne volonté du roy Louis XIIT, ce temple a été basti pour la deuxième fois le 23 juin 1623. Louez l'Eternel » (HÉLyor, Histoire des ordres monastiques, cité par Mi1GNne, Encyclopérie théologique, XXII, p. 827).
(4) AyMoN, Histoire des Synodes, t. Il, p. 236.
(5) Le 30 septembre, le Synode remercie la « vénérable compagnie des pasteurs » de Genève de lui avoir envoyé des consolations, et dit : « Elles nous ont faict mesler nos pleurs avec les cris d’esjouissance en ce redressement du temple de Dieu, etc. » (Gaberel, Histoire de l'Eglise de Genève, t. Il, p. 126, pièces justificatives). |
(6) « Le roi accorde aux huguenots le rétablissement du temple de Charenton qu'ils font rebastir à neuf au commencement de janvier (sic) 1624 » (Fox- TETTE, Recueil historique, légende d’une estampe citée dans le Bulletin de la Soc. hist. du prot., 1856, p. 168).
et le bâtiment s'éleva « dans une grande court, plus grand et plus beau que le premier (1). » Or, c'est précisément pendant ces mêmes ruois de 1623 et 1624 que S. de Brosse était en butte à toutes sortes de tracasseries à propos de la liquidation des comptes du Luxembourg. (C'est en 1624 aussi (2) que Corbineau prend la & conduite » des travaux de Rennes.)
Mais bientôt après, Brosse est appelé à travailler de nouveau pour le roi lui-même.
Château de l’ersailles.
On a longtemps considéré le temple de Charenton comme la derrière construction faite par S. de Brosse avant sa mort ; des découvertes récentes permettent de lui en attribuer encore une, et non des moindres ; au moment où il cessa de s'occuper du palais du Luxembourg, dans l’hiver même de 1624 nous trouvons S. de Brosse commençant les travaux du premier château de Fersalles (3). Dès 1853, dans une monographie consacrée à une autre œuvre de Brosse, le château de Coulommiers, M. Dauvergne disait : « Jacques de Brosse est l’auteur du vieux Versailles (4) » ; mais c'est au xx° siècle seulement que l’érudit conservateur du palais de Versailles, M. de Nolhac, a définitivement « revendiqué pour S. de Brosse l'honneur d’en. avoir été le premier architecte, et cette démonstration a été jugée probante puisque les manuels d'art en enregistrent les résultats (5). »
() D. H. I, advocat en parlement, supplément des Antiquitez de Paris, in-4°, Paris, 1630, p. 93.
(2) Voir ci-dessus, même chapitre, $ 4, p. 8r.
(3) Le Journal de HÉROARD présente malheureusement une lacune qui va du 14 mars 1623 au 28 février 1624.
(4) DAUVERGKE, Bull. monumental publié à Caen par M. de Caumont, tirage à part, Paris, Derache, 1853, p. 0.
(5) Lettre de M. de Nolhac à l’auteur de la présente étude en 1906. Cf. L'architecture du Versailles de Louis XIII, dans la revue Versailles illustré, t. III (1809), p. 133. 3
Voyons d’abord comment peut être établie la date approximative de la construction :
« Les destinées de Versailles moderne commencent seulement avec Louis XIII. Au commencement de 1624 le roi prend fantaisie d'avoir à Versailles un rendez-vous de chasse commode. Son architecte s'étant mis à la besogne le roi vient dès le mois de mars voir les travaux. Le journal du médecin Héroard, en novembre 1626, nous y montre la cour pour la première fois, laissant ainsi penser que la maison est bien finie (1). » Il me semble même que les notes quotidiennes de Héroard invitent à faire remonter plutôt à 1623 ies premiers travaux ; dès le 9 mars 1624, le roi va « voir son bâtiment (2) » et ce jour-là il a « envoyé quérir son lit à Paris » (3) ; (il est vrai que ce pouvait être pour le mettre dans un logement provisoire), mais le 30 juin le roi « estant à son château de Versailles », fgure comme parrain du fils du concierge dudit château (4) ; le 9 août « il s'amuse à voir toutes les sortes d’ameublements que le sieur de Blainville avoit fait acheter, jusqu'à la batterie de cuisine (5) », et cette fois il s’agit bien d’un emménagement définitif.
Il y a certes une grande différence entre le magnifique palais édifié en onze ans pour la reine mère au Luxembourg et le petit château « rendez-vous de chasse » est pourtant une expression un peu trop faible peut-être), élevé en quelques mois pour son fils à Versailles, mais dans l’un comme dans l’autre cas les contemporains et les modernes reconnaissent qu'il ne fut fait par l'architecte aucune dépense exagérée.
Devant l’assemblée des notables de 1627, le maréchal de Bassom-
() DE Nozxac, La création de Versailles, chap. 1”: Versailles sous Louis XIII, p. 17 et suivantes.
(2) Les mots soulignés ne se trouvent pas dans l'édition citée ci-dessus, mais dans le manuscrit de la Bibliothèque nationale, 4027, fol. 173 recto.
(3) Journal de Héroard, édition Soulié et Barthélemy, t. II, p. 201 et 307.
(4) Registres de Îa paroisse Saint-Julien de Versailles, cité par M. Coùarp, l'Intérieur et le mobilier du château, etc, Versailles, 1906,
(5) Journal de Héroard, t. II, p. 207.
pierre remarque que l’inclination de son maître « n’est point portée à bâtir et que les finances de la France ne sont pas épuisées par de somptueux édifices, si ce n’est que l'on lui veuille reprocher le chétif château de Versailles, de la construction duquel un simple gentilhomme ne voudrait pas prendre vanité (1) ».
Quant à l’auteur des plans et de la construction, M. de Nolhac, étudiant de près la création de Versailles, n’a pas, d’abord, hésité à désigner S. de Brosse : « Le nom de Jacques Lemercier a été suggéré par sa notoriété postérieure et par le glorieux souvenir de ses travaux du Louvre (2). Notre charmant édifice est visiblement l’œuvre d'un maître plus fidèle aux habitudes nationales et plus voisin de la Renaissance française. Il n'y a qu'un nom qui puisse être prononcé à propos de l'œuvre anonyme de la maison royale de 1624 : c'est celui de l'architecte général des bâtiments du roi qui avait seul qualité pour donner les plans ou tout au moins les approuver et les faire siens. Or,
(1) BASSOMPIERRE, Mémoires, édition de la Soc. d'hist. de France, t. III, p. 286.
(2) M. LEMONNIER (/ Art français, p. 247) admettait encore en 1893 cette attribution ; il disait (p. 250) : « ce qu'on voit fait le plus grand honneur à Le Âlercier » ; il ajoute d’ailleurs : « et dénote dans son talent plus de variétés qu'on ne le supposait ». Nous avons remarqué que la variété était précisément une des qualités caractéristiques de S. de Brosse. M. Lemonnier félicite l’architecte d’avoir « employé l'antique dans quelques ornements, non dans la construction, et dédaigné, grâce au ciel, les portiques corinthiens et la coupole ». (S. de Brosse a beaucoup moins employé la coupole que la plupart des contemporains et des successeurs). « Tout cela était simple et riche à la fois, régulier sans monotonie, souple malgré la correction de l'ordonnance ». On ne saurait mieux caractériser le talent de S. de Brosse, le pseudo-Le Mercier.
En 1910 encore M. L. Décout attribue le premier château à Lemercier (L'histoire de l'art apprise par des promenades, etc., p. 271).
La ville de Versailles avait depuis longtemps donné à une rue voisine du palais le nom de Jacques Le Mercier et avait jusqu'en 1908 omis de réserver aussi, comme on l’a fait à Paris, le nom de S. de Brosse à une voie proche de son œuvre. Cette omission a été réparée grâce à l’initiative de M. Coüard appuyée par M. de Nolhac, et le nom de S. de Brosse est désormais porté par
une petite voie qui s'appelait auparavant rue du Chesnay au sud-ouest du boulevard Saint-Antoine,
ce titre est porté de 1614 à 1626 par un architecte illustre. que l'érudition contemporaine a remis justement en honneur : S. de Brosse. L’évocation d'un tel maître n'a rien qui ne satisfasse l'esprit au point de vue de l’esthétique..….: »
« Les autres architectes portés sur l’état de 1624, ajoute M. de Nolhac, sont Paul de Brosse, Jean Androuet du Cerceau — l'un fils, l’autre cousin de S. de Brosse —, Jacques Le Mercier et Pierre Lé Muet. Si l’on devait choisir parmi eux un artiste dont les œuvres connues se rattachent bien à l'art dont est sorti Versailles, on pourrait penser à Jean du Cerceau ». Voilà, confirmée par le meilleur juge qui