‹ Un avocat journaliste au 18e siècle, LinguetChapitre 38 sur 215 · MESSIRE ANTOINE · texte numérisé non relu

MESSIRE ANTOINE

(( attentivement les plaidoyers sans dormir ni caque- « 1er, de ne se point promener dans les salles du c( Palais, ni aller détourner les juges aux autres « Chambres ' ».

Après les conseillers, viennent les « Gens du Roy « servant à toutes les Chambres du Parlement ». D'abord Séguier, le gros avocat général, connu partout sous le nom de « Messire Antoine » ; fabricant par lui-même de médiocres petits vers, et par autrui, par d'adroits secrétaires, d'un nombre incalculable de réquisitoires; bête noire des philosophes, passant ses matinées à mettre à la broche les ouvrages que le bourreau brûlera à midi.

Après Séguier marche le Procureur général Joly de Fleury, porte-plume après porte-parole. Mais le porte-plume est plus influent; c'est un des personnages importants du royaume. Il a seize substituts; il joint à la charge de Procureur général celle de tré' sorier garde des chartes et des papiers de la couronne. Barentin, le second avocat général, se rattache étroitement à notre récit : Linguetsera rayé sur ses réquisitions. Quelques années plus tard, devenu garde des sceaux, Barentin ouvrira les États généraux.

Jetons enfin un coup d'œil rapide sur l'organisation intérieure du Parlement. Quelle variété de physionomies, quel désordre d'attributions, quelle complexité de rites, dans ces trois Chambres des enquêtes où l'on compte soixante-quinze conseillers; dans les deux Chambres des requêtes, dont l'une seulement (la première) a qualité pour juger les princes du sang,

1. Fonds Diirey de Mcnières, manuscrits de la Bibliothèque nationale, notes du Président.

les membres du Parlement, et les quarante de l'Académie française !

C'est là que siègent Amelot, l'impeccable Dyonis du Séjour, que, dans ses charges furibondes contre le Parlement, Linguet a toujours respecté ; Duport, Fiesselles ; Titon et Fréteau qui feront en compagnie de Linguet le voyage suprême du tribunal révolutionnaire à la guillotine; le chanoine de Ghauvelin, le pourfendeur de Saint-Ignace, janséniste de marque, célèbre travailleur, célèbre débauché.

Et puis de hauts portraits antiques :

Le président Rolland, autre adversaire des jésuites, auteur d'un plan d'éducation qui contient la première ébauche de l'École normale et de l'Université de France; guillotiné en 1794;

Le président Durey des Ménières, un bénédictin dont les manuscrits innombrables forment un monument précieux de notre histoire judiciaire; monument à peine exploré.

Tel est le Parlement de Paris, avec ses vingt présidents, ses cent cinquante conseillers; avec ses bataillons d'auxiliaires; avec ses greffiers civils et criminels, de la Grand'Ghambre, de la Tournelle,. des présentations, des affirmations, ses greffiers gardessacs, ses greffiers à la peau.... Sans compter l'essentiel M. Radix de Chevillon, trésorier payeur des gages; sans compter les buvetiers de l'enclos du Palais, pourvus d'offices comme les présidents; et M. Guillaumont, tapissier ordinaire, et les médecins et chirurgiens, et la matrone Mme Fougeron, maîtresse sage-femme. Sans compter enfin M. Gripois, courrier du Parlement pour toutes sortes de cérémonies, sorte de maître à danser qui dresse les jeunes conseillers

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