L' (( HISTOIRE DES JÉSUITES
la première fois, baptême nécessaire et qui lui eût profité, si son malencontreux ouvrage n'eût été de ceux qui blessent tous les partis.
Grimm pourtant se montra cette fois moins sévère :
« On sent en lisant Linguet », dit la Correspondance *, « qu'il vaut mieux que ses livres, qu'il vit « dans la mauvaise compagnie, qu'il faudrait d'abord « qu'il se mît dans la bonne, et qu'il mûrît sa tête, qui « ne paraît pas la meilleure du monde, afin d'obtenir « avec le temps un rang dans la littérature, car il ne « manque pas d'idées, et son coup d'œil n'est pas « commun. »
Linguet avait eu la singulière idée de dédier VHistoire des Jésuites au roi de Prusse, par une épître fort étendue où il causait familièrement avec ce monarque, « quoique, selon toute apparence », faisait remarquer la Correspondance de Grimm, « il ne fût (( pas fort lié avec Sa Majesté ».
Le roi de Prusse ne répondit pas à ces avances, ou plutôt il y répondit indirectement, de façon à dégoûter Linguet d'une autre politesse, par les vers que voici * :
... Tel est ce fou qui pousse en ses écarts Comme un feu d'artifice un nombre des pétards, Qui produit à la fois la fumée et les flammes Et qui met sans pudeur l'Europe en épigrammes; Qui change dans un jour, tantôt blanc tantôt noir, Votre ami le matin, votre ennemi le soir; Qui parle, se repent, affirme, désavoue. Et qui sait vous blâmer de même qu'il vous loue.