SCÈNE QUATRIÈME
GASTON
Je ne dis pas, mais une hallebarde à la main, pendant cinq mortelles heures, quand on n’en a pas précisément l’habitude... vous concevez. . . Des personnes qui ne sont rien moins que des sylphes m'ont souvent marché sur les pieds, et de maladroits valets m’ont versé des verres de punch dans le dos,
LUCIE. (Elle se lire.)
Pauvre Gaston I Eh quoi ! aucun domino compatissant n’a pris en pitié votre isolement et votre abandon.
GASTON
Hélas ! non.
Tant pis !
GASTON
*' Pourquoi tant pis?
LUCIE
L’état de quarantaine où l’on vous a tenu toute la nuit me semble encore plus désobligeant pour moi que pour vous.
GASTON
Vous plaisantez, je pense ?
LUCIE
Pas du tout. On se figurait posséder un mari que vous enviaient toutes les autres femmes, et l’on est forcée de reconnaître qu’on est seule à le trouver aimable... c'est humiliant.
GASTON
Voilà ce que c’est que d’avoir la réputation d’étre un mari resté amoureux de sa femme. Cette réputation est la mienne, et elle me diminue de quatre-vingts pour cent aux yeux de mes contemporaines. Aussi, à l’avenir, je n’irai plus dans le monde sans vous.
LUCIE
El ce sera très-gentil de votre part; vous me ferez la tour
tout le temps et je me montrerai si aimable, mais là, si aimable avec vous, qu’on ne nous croira pas mariés pour de bon.
GASTON
Eh bien! Que dites-vous donc là? Quel est ce raisonnement shoking ? Souvenez-vous que vous êtes mère de famille, Lucie. -•• •• . ...
LUCIE
Oh ! si peu !
GASTON
Comment ! si peu !
LUCIE
Bébé n’a que six mois.
GASTON
L’âge ne fait rien à l’affaire ; un bébé de six mois suffit trèsbien, mais très-bien, à constituer une mère de famille.