SCÈNE VI
* LUCIE, HENRIETTE, entrant par le fond.
HENRIETTE
Dis-moi, Lucie, as-tu jamais vu une personne furieuse?
LUCIE
Oui, quelquefois ; dans ma glace.
Si tu veux voir le prototype du genre, regarde-moi.
LUCIE
Je le regarde et je trouve que la fureur te sied à merveille.
HENRIETTE
Détestable flatteuse !
LUCIE
Et peut-on connaître la cause de ta grande colère?
HENRIETTE
Tu la connais mieux que personne.
LUCIE
Moi?
HENRIETTE
C'est ton ours de mari.
* Lucie, Henriette.
LUCIE
Gaston ?
HENRIETTE
Tu n’en as pas d’autre, je pense ; où se cache-t-il?
LUCIE
Il ne se cache pas; il est sorti.
HENRIETTE
Tant mieux pour lui. Si je le tenais à portée de mes griffes, je lui arracherais les yeux.
' LUCIE
En vérité? Tu me fais trembler pour ses jours. Quels forfaits a-t-il commis, le monstre?
HENRIETTE
Ne prends pas la chose plaisamment, je te prie; M. de Marsac est indigne de l’amitié que je lui porte.
LUCIE, s'asseyant sur le canapé.
Mais cntin, qu’a-t^il fait?
HENRIETTE, s’asseyant aussi.
Ce qu’il a fait? Écoute : M. tic Tavonay sort de chez moi, où, contre son habitude, il est venu avant deux heures. # Hcnrict e, m a-t-il dit, est-il vrai que vous ayez passé la nuit au bal?... M. de Marsac prétend vous avoir vue cachée sous uu domino noir... »
Avec des noeuds roses?...
HENRIETTE
Je crois, en effet, qu’il a été question de nœuds roses.Qu’importe?
LUCIE
Continue, je te prie.