‹ Un bal du grand monde, comédie-vaudeville en un acteChapitre 14 sur 29 · NARCISSE , ADOLPHE · texte numérisé non relu

NARCISSE , ADOLPHE

NARCISSE , à part. Un secrétaire d'ambassade , ce n'est pas de la petite bière , et s'il voulait me donner un coup d'épaule , je serais bien sûr d'obtenir le brevet que je sollicite... Il faut le flagorner... soyons flagorneur...

ADOLPHE. Eh bien! monsieur, êtesvous décidé à rester au bal ?

NARCISSE. Oui, monsieur, oui, j'ai changé d'idée... ^Dans la maison, ils ont l'air de braves gens. . de bien dignes gens. . et puis tout-à-l'heure ma société a paru vous être agréable... vous tenez à m'avoir avec vous... et vous êtes un homme trop remarquable pour que je m'avise de vous taquiner.

ADOLPHE. En vérité , monsieur , vous interprétez singulièrement. . .

NARCISSE. Allons, je vois que vous êtes vexé, parce que je vous ai refusé le service en question,.. J'ai eu tort, ou pour iTiieux dire, je me suis conduit comme un animal. Mais à présent, mettez-moi à l'épreuve... je suis à vos ordres.

ADOLPHE. Ah ! monsieur!

NARCISSE. A vos ordres , c'est le mot. . . vous me feriez fabriquer de la fausse monnaie !..

ADOLPHE^ à part. Quel drôle de corps!

{Haut.) Eh bien! monsieur, entrons ensemble...

NARCISSE. Entrons , je me risque.

(11 remontent tous deux vers le fond.) ,

ADOLPHE , qui a jeté un coup-d'œil & gauche. Grands Dieux! que vois-je?.. la baronne , et Camille un peu plus loin!...

NARCISSE. Est-ce que nous n'entrons pas?

ADOLPHE, le retenant. Un instant!..

NARCISSE. Je ne suis pas pressé...

ADOLPHE. La baronne ici !. . moi qui croyais, d'après sa réponse... Aurait-elle des soupçons?... Comment éviter ses regards?.. Comment parler à Camille?

NARCISSE, ^ous ne semblez pas dans votre assiette ?

ADOLPHE. Monsieur, vous m'avez offert vos services... Puis- je vraiment compter sur votre obligeance ?

NARCISSE. Trop heureux si l'occasion se présentait! . .

ADOLPHE. Eh bien ! elle se présente...

NARCISSE. Où est-elle, que je la saisisse !..

ADOLPHE, lui indiquant Camille. Tenez, là-bas, près de la cheminée... Voyez-vous cette jeune personne, en robe blanche... des fleurs dans les cheveux,.

NARCISSE. Oui... c'est pas mal... Pourtant ce serait plus harmonieux, si les fleurs, au lieu d'être disposées horizontalement...

ADOLPHE. Il ne s'agit pas de ça ! Faitesmoi l'amitié d'aller l'inviter à danser.

NARCISSE. Cette jeune personne?..

ADOLPHE. Est-ce que cela vous contrarie?

NARCISSE. Au contraire!... La petite est fort bien... et voilà ce que je ne comprends pas... Si c'était une tante, ou une grand'maman , à la bonne heure... ça se fait ! . . C'est une chose qui se fait !

Air de V École de village.

^On voit un ami complaisant Inviter un' mer' de famille , Tandis que d'son côte' l'amant A l'écart fait danser la fille.

Le sentiment poursuit son cours , Quand plus loin la maman figure,,.

Et c'est ainsi qu'au bal toujours , L'amitié protège les amours , A la barbe de la nature.

ADOLPHE. Adressez-vous à la jeune personne... ça vaudra mieux...

NARCISSE.^ Cependant, permettez... il était convenu que je vous rendrais service, et pas du tout , c'est vous qui me procurez de l'agrément. Alors, je vous devrai de la reconnaissance... et ça ne fait I pas mon compte.

LE Magasin uréhit^KL»

ADOLPHE , tirant son portefeuille^ et écrivant sur un des feuillets. Qu'à cela ne tienne... Voici de quoi vous satisfaire... Je la préviens que je suis au bal, et que j'ai besoin de lui parler...

NARCISSE. C'est déjà mieux.

ADOLPHE, déchirant le feuillet. Tâchez, en dansant , de lui remettre ce billet de ma part... de la paît d'Adolphe...

NARCISSE . Adolphe \ . . Très-bien ! ./Une intrigue, un billet... Je ne sais comment vous remercier. ...

ADOLPHE. Soyez persuadé que mes vues n'ont rien que d'honorable...

NARCISSE. Ça ne me regarde pas...

ADOLPHE. Pardonnez-moi, vous pourriez supposer... Cette jeune personne est fort honnête... Je l'ai connue dans une pension où m'appelaient mes faibles talens en peinture... /-" ,< \- .

NARCISSE. Oh î faiLles, vous êtes modeste !

ADOLPHE. Je ne forme qu'un vœu... celui de l'épouser... mais sa tante s'y oppose... Il existe des obstacles que je ne puis vous dire...

NARCISSE. Je suis sensible à tant de confiance.

(On entend dans la coulisse la ritouniclle.)

ADOLPHE. Ah! mon Dieu!.. J'entends la ritournelle... si un autre allait vous prévenir...

NARCISSE. C'est vrai... Nous sommes là à bavarder...

ADOLPHE. N'oubliez pas le billet... A charge de revanche...

NARCISSE. Je ne dis pas non... J'ai une grâce à vous demander... Une pétition que j'ai là dans ma poche..*

ADOLPHE. Nous en causerons. ... Mais dépêchez-vous !

NARCISSE. J'y cours, tête baissée!

(Il sort en courant par le fond h gauche.)

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