SCENE XXV
Les Mêmes, NARCISSE.
NARCISSE. Pardon !.. je ne trouve pas mon chapeau !
BLAVEAU. Comment! monsieur, vous avez l'audace?..
NARCISSE. De demander mon chapeau. . .
c'est vous qui me l'avez pris des mains...
BLAVEAU. Retirez- vous, sortez, mon cher. . .
TOKEMBOURG. Sortez, mon cher...
BLAVEAU. Ce n'est pas ici la place d'un coiffeur î X
TOKEMBOURG. Ce n'est p^ ici la place d'un coiffeur !
NARCISSE. Oh!.. Eh bien! oui... Ne nous fâchons pas; l'aventure est bizarre... ça vous fera une anecdote à raconter dans le monde.
( Il frappe dans la main de Tokembourg. )
TOKEMBOURG , riant. Ah ! ah î ah !
NARCISSE. Le baron qui rit î
BLAVEAU , riant aussi. Ah ! ah I ah I
NARCISSE. Et lui aussi !
LE MAGASIN THEATRAL
TOUT LE MONDE , riant. Ali î ah ! ah ! NARCISSE. Ils rient tous.
TOREMBOURG. C'est plus fort que soi !..
NARCISSE. Puisque vous êtes de bonne humeur, vous ne me refuserez pas un léger service. . . Je voudrais obtenir un brevet pour être coiffeur d'un personnage huppé. . . Il ne s'agirait que de présenter ma pétition.
LA BARONNE. Nous nous en chargeons.
NARCISSE. Tu t'en charges ?
TOKEMBOURG. Comment?
NARCISSE. O fortune ! puisque tu t'en charges , ô fortune ! j'espère que tout le monde aura la bonté de l'appuyer ?
BLAVEAU, à pari. \\ ne s*en ira pas...
(Il parle bas à Germain qui sort.)
(Tirant de sa poche sa pétition qu^il déploie.)
Air nouveau de Doche.
Jc'^enséSqu''on n'y trouvci a Aucune faute d'orthographe; Elle eût pu servir d'autographe Au dernier bal de l'Opéra.
Vous allez en juger le style , D'abord c'est écrit en moyeu, A déchiffrer c'est plus facile...
Mais je commence , écoutez bien. *
(7/ ///.) « A Son Excellence Monsieur le » Ministre des beaux-arts.
» Monseigneur,
» La société éprouve depuis long-tems » le besoin d'un bon coiffeur. .. Le soussi-
I. gné se flatte de répondre , sous ce rap- » port, aux exigences de l'époque... Ln » conséquence il sollicite..,.
GERMAIN , entrant et présentant à Narcisse son chapeau. Monsieur!..
NARCISSE le prend et le met sur sa tête ; reprenant sa lecture. «< En conséquence , il sollicite le brevet...
GERMAIN , V interrompant. Monsieur , c'est avec regret que je suis forcé de vous prier...
(Il lui fait signe de sortir.)
NARCISSE. Sortez, mon cher... ce n'est point ici la place d'un valet.
{S'avançant et ôtaril sonchapeau au public.)
De ce domestique indiscret
Vous remarquez la petitesse...
Mais on sait que de politesse
Ces gens-lh n'ont pas un brevet.
Ce mot me remet h ma place ,
Oui; messieurs, je serais flatté
Si, ce soir, du public en masse ,
Je pouvais être breveté, /n Pour soutenir un art divin , ' Et qui n'est point une vétille ,
Vous devinez quelle apostille
J'ose attendre de votre main.
Pour soutenir , etc.
( Tout le monde reprend les deux derniers vers ; Narcisse salue et fait quelques pas vers la droite , les autres semblent le [suivre des yeux. Le rideau tombe.)