SCÈNE V
BLAYEAU, puis 'MlCEMBOURG et -*
CAMILLE , entrant à droite.
BLAVEAU. Allons, je suis en verve... je me sens d(* l'esprit, beaucoup d'esprit... Il y a des jours comme ça, où on ne se reconnaît pas soi-même... ^
TOREMBOURG , entrant. Viens, ma chère amie, ne me quitte pas... Qu'est-ce que tu as donc à regarder toujours derrière toi?
CAMILLE. Moi?., rien, je vous assure...
BLAVEAU. Eh! que vois-je ?.. c'est ce cher docteur... Enchanté de vous voir, docteur.
TOKEMBOURG. Docteur!.. vous me prenez pour un docteur?., moi qui viens toutes les semaines aux soirées de mon con- ^frère Dar ville..
BLAVEAU. Attendez donc !
TOREMBOURG. Tokembourg !. . vous ne vous rappelez pas? Tokembourg, banquier. .
BLAVEAU. De Francfort ?
TOREMBOURG. Non , de Weymar... et de plus , baron de première classe.. ^il me semble que j'ai une figure... Il y a des gens qui appellent ça un type ; je ne comprends pas le mot , mais je le trouve assez flatteur.
BLAVEAU . Parbleu ! et puis votre réputation... C'est vous qui avez une si jolie femme?., permettez que je présente mes hommages à madame la baronne...
(Il sakie Camille.)
TOREMBOURG. Mais non... ce n'est pas elle... c'est ma nièce Camille.
BLAVEAU. Ah! c'est juste... Mademoiselle, j'ai bien l'honneur.,.
TOREMBOURG. Ma foi , mon cher Blaveau, car moi, je n'ai pas oublié votre nom ni votre figure... on peut dire que vous êtes un fameux../ comment appellet-on ça en français ? •. ustuberlul... Je ne comprends pas le mot, mais je le trouve assez drôle. . .
BLAVEAU. Il est vrai qu'aujourd'hui je suis d'une distraction... Madame la baronne ne vous a donc pas accompagné ?
TOREMBOURG. Non ; elle est indisposée.
BLAVEAU. C'est malheureux.
TOREMBOURG. Au contraire , elle Test presque tous les jours, et si elle ne l'était pas, je croirais que sa santé se dérange... D'ailleurs , depuis six mois que nous sommes à Paris , vu que ma femme s'ennuyait en Allemagne... elle doit être fatiguée de
bals, de plaisirs quant à moi, je n'y
tiens plus I . .
BLAVEAU. Et malgré cela , vous êtes venu?
TOREMBOURG. Oui, à cause de Camille...
j'ai été la chercher à sa pension il est
tems qu'elle connaisse un peu le monde... et puis on parle d'un nouvel emprunt. . . . Il y aura ici des banquiers, des hommes de finance, et je suis bien aise d'en cau-
ser avec eux. Ma femme m'aurait gêné...
je ne peux pas la quitter un instant... elle est jeune , on l'entoure de séductions...
Air de Partie et lîevanche.
J'en'^c.onviens, ça me porte ombrage,
Car un feal me semble toujours Pour les galà^s un lieu d''agiotage, Où des plaisirs ils font hausser le cours. Oui, c'est vraimerît^la Bourse des amours
Formant des dësii^s^emc'raires,
Les cœurs y spéculent sans bruit...
L'amant y fait bien ses affaires,
Mais répoux y perd son créait]; Tous les époux y perdent leur crédit.
BLAVEAU. En effet, c'est assez l'usage.
TOREMBOURG. Oh!... c'est que moi je suis brutal, très-brutal... nous autres maris allemands , nous ne voulons pas qu'on nous traite à la française.
BLAVEAU. Ah! ah! ah! ce cher baron...
ah! mon Dieu I j'oubliais .. tout-à-l'heure, une jeune dame demandait après vous.
TOREMBOURG. Une jeune dame ?
BLAVEAU. Oui, une de vos parentes....
j'ai promis de la prévenir, et je cours... mais la voici elle-même.