‹ Un bal sur la TêteChapitre 2 sur 21 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

VÉT1LLET, entrant par la droite.

Hé bien... non... non, refaire mon dénoûment? Voilà sept fois que je le recommence, (il a un manuscrit dans la main.) Car... je puis me l'avouer en particulier... (Avec mystère) Je suis seul, les paroles n'ont pas de parfum... Je suis un auteur dramatique... un lieutenant de Molière !... (Avec colère) Oh ! Molière !... en voilà un!... J'ai des idées arrêtées sur celui-là... Donc, en ma qualité d'auteur dramatique, je suis la victime d'un directeur de théâtre qui veut à toute force que je fasse épouser Adolphe à Augustine. (il montre son manuscrit.) Est-il bizarre ce directeur-là !..'. Il prétend que le public tient à ce mariage... Je n'en crois pas un mot... En effet, qu'est-ce que ça peut lui faire... au public... qu'à la suite d'un bal... Car... il faut tout dire... il y a un bal là-dedans... C'est un sujet assez neuf... Voici l'idée... Adolphe aime Augustine... Il faut vous dire qu'ils ne se sont jamais vus... On voit d'ici le piquant de la chose... L'amour à l'aveuglette \... Eh! bien, croirait-on... qu'ils demandent tous au théâtre... le mariage de ces deux êtres qui ne se sont jamais vus... Je les ai déjà mariés sept fois par condescendance; aucune de ces unions ne leur a convenu... non... Ils veulent de l'original, de l'inattendu, des plaisanteries nouvelles... Allons donc.

Air : Du partage de la richesse.

Les vieux bons mots sont ceux qu'on doit écrire; Ils ont charmé les esprits d'autrefois.

Qu'importe alors que l'on vienne nous dire : Eh! c'est un mot que l'on a fait cent fois!... Mais si cent fois an public on le livre, Allez toujours sans interruptions, Car un bon mot, c'est tout comme un bon livre... Il doit avoir plusieurs éditions.

Ah! mais non!... (Avec dédain.) Je ne travaille pas dans ce genre-là... n'importe... je vais procéder à ma huitième édition du mariage ci-dessus demandé... Voyons... voyons... (S'arrêtant.) Est-ce heureux que j'aie eu l'idée d'emménager depuis hier, dans ce petit entresol, rue Païenne, au marais... Une rue entièrement veuve d'omnibus et de chaudronniers... une maison complètement dépourvue de chiens, d'enfants et de pianos... Comme ça me va à moi, qui ai le bruit en horreur... qui suis calme comme un lac... Mais dépêchons, (il pose le manuscrit sur la table où se trouve son parapluie.) Bien ! j'ai encore oublié de faire remettre un manche à ce maudit parapluie... Voilà encore une drôle d'histoire que celle du manche... absent de ce parapluie présent... C'était un soir... (s'arrêtant.) Mais je réfléchis, connaissant cette histoire, puisqu'elle m'est arrivée, je ne sais pas pourquoi je me la raconterais à moi-même ?... Profitons de la tranquillité qui règne en ce local pour me livrer à un travail acharné.

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