SOPH I K
Oui. C'est une drôle d'idée tout de mùme, de cacher vos épaules.
CLÉMENTINE
C'est mon idée.
SOPHIE
Elles sont pourtant bonnes à voir.
CLÉMENTINE
Pour pou qu'on los montre, les yeux de ces Messieurs ne les quittent plus; c'est insupportable.
SOPHIE
Tiens 1 c'est amusant d'être admirée.
* GLéMENTINE. ^
Aien ne m*irrite comme cette impertinence admirative, qui . nous traite en objets d'agrément : quand mon danseur regarde mon bras en causant, j'ai toujours envie de lui dire : c Parlez- .inoi donc comme à un homme, Monsieur... ma conversation vaut bien la vôtre, je vous assure. » Mais ces Messieurs se croient si supérieurs à nous avec leur barbe I
SOPHIE
Dieu sait pourtant qu'ils sont bien au-dessous de nous, excepté qu'ils vont à la guerre! *
GXéMENTlNE.
Nous irions aussi bien qu'eux ; nous avons plus de coure ge« nous sommes plus fortes contre ia douleur.
SOPHIE
Âhl pour ce qui est de souffrir, ce* sont des poules mouillées; mais il fout dire qu'ils n'ont pas peur la nuit.
CLÉMENTINE
Gomment le sais-tu T
SOPHIE
Dame, je me le figure Je n*ai jamais désiré me marier qu'à cause 'de ça. Mais vous n'êtes pas poltronne, vousl
CLÉMENTINE
01) 1 moi.... je dunnais si bien.
SGÉxNE 11.
^ Les Mêmes, PIERRE.
CLÉMENTINE
Comme vous voilà crotlé.
PIERRE
Il demeure au bout, du uiondo, le rarTossier de ta uiere... do
voire mère. (Sophle m lève «t ramasse soq ourrage.)
CLÉMENTINE
Pourquoi faire vos courses à pied? par économie?
PIERRE
J^aime à me servir de mes jambes, après dtner. (sogia* Mtt.)
CLEMENTINE.
Vous avez mis Sophie en déroute avec votre tutoiement.
PIERRE
Je me suis repris.
CLéMENTINE.
G*étaît souligner le mot.
PIERRE
C'est si naturel de tutoyer sa femme I
CLÉMENTINE
Puisque ce n'est pas Tusage dans notre monde! Cest une habitude à prendre, voilà tout. On ne s'en aime ni plus ni moins.
ACXË II, SGÈNH U. 37
PIERRE
Mais rim[iorrnnt c.-^t d'avoir l'air de s'aimer moins, D est-ce Ne le tài lie pas : je vous dirai vous avec mes lèvres, et /o/, avec mon cœur, si vous le permettez.
GLEMË.NTINE.
Tant que tu voudras 1
PIERRE
Merci. Ce petit mot-là me fait l'eifet d'une caresse, (a im pttaA u
main.)
CLÉMENTINE, U MtbuU
' Alors, je le rétracte.
PIERRE
Puisqu'il n'y a personnel
CLÉMENTINE
Voilà comme vous êtes, vous abusez toujours.
PIERRE
Vous trouvez que j'abuse ?
CLÉMENTINE
Voyons, Monsieur, ne prenez pas votre air grognon,., nous allons au l>al ce soir, et je vous ménage une surpdae.
£st-ce de rentrer de bonne heure?
CLÉMENTINE
Pour cela, n'y comptez pas. Je me suis fait faire un costunio charmant et très-cher : le bal me coûtera cinq cents francs l'heure, si j'en sors à minuit, et cent francs seulement si j'y reste jusqu'au matin... Soyons économes.
PIERRE
Vous avez toujours de bonnes raisons pour rentrer tard.
CLÉMENTINE
Qu'est-œ que cela vous fait? Je ne suis pas coquette.
PIERRE
Non, certes I
CLÉMENTINE
Alors, laissez-moi m'amuser dans le monde tout à mon aise.
PIERRE
Vous vous y amuseriez munis si vous m aumez davanta.^e.
38 UN BEAU MARIAGB.
GLéMBNTINE.
* Ah I iQon amiy je tous en prie y ne nous atteDdrissons pas 1 je vous ai prévenu que je n'étais pas romanesque ; je voys aime tout autant que je peux, n'en demandez pas plus.
PIBR'RB*
C'est que je t'adore, moi !
CLEMENTINE.
Oui, c'est convenu.
PIERRE
Vous ne le croyez pas ?
CLÉMENTINE
Mais si I Vous seriez bien ingrat de ne pas m'aimer.
PIERRE
Si au moins tu me disais souvent de ces choses-là 1
CLE M i:mim:.
Cela vous sullirait ? Je vous en dirai, mon ami, je vous en dirai !
P lERRE.
Mauvaise !... Bah I je t'aime trop pour que vous ne finissiez pas par m*aimer un peu, Madame.