‹ Un beau mariage comedie en cinq actes en proseChapitre 30 sur 98 · SOPH I K · texte numérisé non relu

SOPH I K

Oui. C'est une drôle d'idée tout de mùme, de cacher vos épaules.

CLÉMENTINE

C'est mon idée.

SOPHIE

Elles sont pourtant bonnes à voir.

CLÉMENTINE

Pour pou qu'on los montre, les yeux de ces Messieurs ne les quittent plus; c'est insupportable.

SOPHIE

Tiens 1 c'est amusant d'être admirée.

* GLéMENTINE. ^

Aien ne m*irrite comme cette impertinence admirative, qui . nous traite en objets d'agrément : quand mon danseur regarde mon bras en causant, j'ai toujours envie de lui dire : c Parlez- .inoi donc comme à un homme, Monsieur... ma conversation vaut bien la vôtre, je vous assure. » Mais ces Messieurs se croient si supérieurs à nous avec leur barbe I

SOPHIE

Dieu sait pourtant qu'ils sont bien au-dessous de nous, excepté qu'ils vont à la guerre! *

GXéMENTlNE.

Nous irions aussi bien qu'eux ; nous avons plus de coure ge« nous sommes plus fortes contre ia douleur.

SOPHIE

Âhl pour ce qui est de souffrir, ce* sont des poules mouillées; mais il fout dire qu'ils n'ont pas peur la nuit.

CLÉMENTINE

Gomment le sais-tu T

SOPHIE

Dame, je me le figure Je n*ai jamais désiré me marier qu'à cause 'de ça. Mais vous n'êtes pas poltronne, vousl

CLÉMENTINE

01) 1 moi.... je dunnais si bien.

SGÉxNE 11.

^ Les Mêmes, PIERRE.

CLÉMENTINE

Comme vous voilà crotlé.

PIERRE

Il demeure au bout, du uiondo, le rarTossier de ta uiere... do

voire mère. (Sophle m lève «t ramasse soq ourrage.)

CLÉMENTINE

Pourquoi faire vos courses à pied? par économie?

PIERRE

J^aime à me servir de mes jambes, après dtner. (sogia* Mtt.)

CLEMENTINE.

Vous avez mis Sophie en déroute avec votre tutoiement.

PIERRE

Je me suis repris.

CLéMENTINE.

G*étaît souligner le mot.

PIERRE

C'est si naturel de tutoyer sa femme I

CLÉMENTINE

Puisque ce n'est pas Tusage dans notre monde! Cest une habitude à prendre, voilà tout. On ne s'en aime ni plus ni moins.

ACXË II, SGÈNH U. 37

PIERRE

Mais rim[iorrnnt c.-^t d'avoir l'air de s'aimer moins, D est-ce Ne le tài lie pas : je vous dirai vous avec mes lèvres, et /o/, avec mon cœur, si vous le permettez.

GLEMË.NTINE.

Tant que tu voudras 1

PIERRE

Merci. Ce petit mot-là me fait l'eifet d'une caresse, (a im pttaA u

main.)

CLÉMENTINE, U MtbuU

' Alors, je le rétracte.

PIERRE

Puisqu'il n'y a personnel

CLÉMENTINE

Voilà comme vous êtes, vous abusez toujours.

PIERRE

Vous trouvez que j'abuse ?

CLÉMENTINE

Voyons, Monsieur, ne prenez pas votre air grognon,., nous allons au l>al ce soir, et je vous ménage une surpdae.

£st-ce de rentrer de bonne heure?

CLÉMENTINE

Pour cela, n'y comptez pas. Je me suis fait faire un costunio charmant et très-cher : le bal me coûtera cinq cents francs l'heure, si j'en sors à minuit, et cent francs seulement si j'y reste jusqu'au matin... Soyons économes.

PIERRE

Vous avez toujours de bonnes raisons pour rentrer tard.

CLÉMENTINE

Qu'est-œ que cela vous fait? Je ne suis pas coquette.

PIERRE

Non, certes I

CLÉMENTINE

Alors, laissez-moi m'amuser dans le monde tout à mon aise.

PIERRE

Vous vous y amuseriez munis si vous m aumez davanta.^e.

38 UN BEAU MARIAGB.

GLéMBNTINE.

* Ah I iQon amiy je tous en prie y ne nous atteDdrissons pas 1 je vous ai prévenu que je n'étais pas romanesque ; je voys aime tout autant que je peux, n'en demandez pas plus.

PIBR'RB*

C'est que je t'adore, moi !

CLEMENTINE.

Oui, c'est convenu.

PIERRE

Vous ne le croyez pas ?

CLÉMENTINE

Mais si I Vous seriez bien ingrat de ne pas m'aimer.

PIERRE

Si au moins tu me disais souvent de ces choses-là 1

CLE M i:mim:.

Cela vous sullirait ? Je vous en dirai, mon ami, je vous en dirai !

P lERRE.

Mauvaise !... Bah I je t'aime trop pour que vous ne finissiez pas par m*aimer un peu, Madame.

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