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Un biologiste canadien

Lfhistoire moderne a su se dégager de la légende. Basée sur des procédés techniques bien définis , et une documentation sûre, elle ne veut plus de l’à peu près et recherche jusqu’aux sources les données nécessaires a sa rédaction véridique . Comme toute l mt elle dualité, elle est devenue scientifique et si elle reste un art, dans sa forme et sa composition qui en varient l’agrément, elle devient de jour en jour une science de plus en plus positive, susceptible d’une certaine sécheresse et en tout cas d’une précision quasi expérimentale. Mais la nouvelle manière dont il "faut l’écrire, indépendamment de la tournure littéraire , suppose tout un rouage indispensable qui puisse en fourmi le matériel.

Aussi est-ce avec une profonde satisfaction que l’on voit l’attention apportée chez nous, depuis quelques années, à la collation des pièces,, de toutes les pièces, si minimes soient-elles, qui intéressent notre passé. Que de faits ignores

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ou mal connus seraient éclairés , que de fausses hypothèses évitées, si ce mouvement d’intérêt national eût été plus tôt mieux compris et mieux appliqué dans la conservation d’un patrimoine essentiel à la fierté et à la perpétuité de la race. Que de travail simplifié si l’incurie n avait point laissé entraîner au cours des ans ces paperasses inutiles qui avec les rebutfi s’en vont journellement au feu et au tout à l’égoût. On ignore tout de l’intérêt présenté demain par un griffonnage aujourd’hui sans valeur. A côté des documents officiels heureusement sauves du naufrage par le fonctionnaire conscient et la routine, sur ce point justifiable, combien il serait essentiel de retrouver à l’occasion tous ces trésors des vieux tiroirs disparus aux jours de “ grand nettoyage ”. ' En histoire comme en diplomatie, il n’y a point de “ chiffon de papier.”

Et pourtant nous sommes de ceux qui avons le plus encore respecté la tradition. De plus en plus menace e , elle va s’eteindre rapidement sans l appel accentué aux individus eux-mêmes encore receleurs de tous les détails infimes dont elle est faite. Où sont-ils ces vieux cahiers des vieilles familles, établissant la lignée et retrouvés encore en des coins recidés où ils émeuvent au passage les Lamy et les Bazin ? C est sur leurs pages jaunies qu’il faudrait relire les menus faits de la petite histoire, distincte de la grande par ce point capital qu’elle

seule pénètre plus avant jusqu’au coeur des peuples dont elle scrute les plus humbles entités.

C’est dans cette documentation en marge qu’il faudrait aller chercher l’essentiel détail propre à camper une figure devant la postérité. C’est loin des cadres officiels qu’il faudrait reconstituer les caractéristiques indispensables à la biographie des grands, des moyens et des humbles. Car si l’Empereur triomphe, c’est souvent Flambeau qui bataille et de le mieux connaître on conçoit mieux l’époque, son essence et sa mentalité.

C’est là que nous aurions voulu retracer Michel Sarrasin de l’Etang. C’est à cette lumière qu’il eut été curieux de reconstituer son physique et son caractère. Malheureusement -, malgré l’effort, bien peu à dégager de ce côté . En dehors des pièces d’archives publiques qui nous renseignent sur la fonction administrative, des documents d’institutions particulières , parfois plus spécifiques, plus intimes, mais si peu! et surtout importants en regard de l’oeuvre scientifique , rien ne nous initie très largement à la vie privée. Tout au plus peut-on déduire de quelques lettres retrouvées, treize en tout, à l’Académie des Sciences, à la Bibliothèque de Reims, au Séminaire de Québec et à la Bibliothèque Nationale, quelques traits caractéristiques qui ne font qu ébaucher un portrait par ailleurs très intéressant et meri-

tant beaucoup mieux qu’une esquisse au fusain.

Mais pour le mieux comprendre et le mettre en relief, nous avons voulu le replacer dans son milieu d’où il se dégage dans le clair-obscur. Vie politique, sociale, religieuse, scientifique, industrielle et commerciale, il importait d esquisser l’ ensemble pour saisir dans le paysage tout ce qu’on pouvait conclure. Une pointe sèche n’eût pas suffi à dégager Sarrasin. Il était nécessaire de le voir évoluer dans son siècle et dans son monde, au Canada comme en France. C’est en le comparant et le situant ici et là-bas, qu’il pouvait apparaître en pleine valeur, au rang des meilleurs, et dans son domaine, bien près en somme des grands noms qui ont bâti l’histoire de la Nouvelle- France. Car à côté des gloires militaires et politiques, ecclésiastiques et sociales, il reste le prototype de la science des premiers jours , et peut-être de toujours à date, au PAYS DF QUEBEC.

Or la science fait partie de l’histoire du monde. Au même titre que les arts et les lettres elle a sa place dans la suite des temps. En le, rappelant aux peuples jeunes encore qui n ont point déjà connu toute sa grandeur, on sert sa cause en suscitant l’idée. Et nous voudrions en citant Sarrazin aux générations montantes, provoquer dans les esprits la réaction nécessaire à l’éveil scientifique national.

Aussi, malgré l’aridité apparente du sujet, avons-nous désiré insister longuement sur son apport de ce côté. Malgré la dureté de la langue technique, nous n avons pas hésité à montrer les travaux de Sarrasin dans leur forme naturelle, convaincu que cette langue et cette forme doivent passer dans la pratique courante, si l’on veut initier les prochains élus à la recherche et provoquer un jour leur curiosité.

Puis si chacun revit dans sa descendance, il était nécessaire de retrouver la sienne remontant les siècles jusqu’à nos jours. Ses héritiers spirituels devaient aussi être là à côté, continuateurs de l’oeuvre si malheureusement diminuée par ailleurs mais dont ils ont conservé, le chaînon susceptible de relier encore ■ le passé à l’avenir si l’on consent seulement à en retremper l’acier.

L’homme qui dans son lourd labeur a voulu porter une attention spéciale aux deux éléments qui devaient plus tard constituer notre emblème : le castor et l’érable, semble bien mériter par ce symbole qu on se souvienne de lui. Nul ne peut à plus juste titre devenir le guide de ceux-là qui suivant son exemple reprendront le sentier trace pour fournir a leur tour l’apport de la science canadienne-française à la science mondiale.

Si nous avons pu écrire ces pages 011 nous espérons une fois encore donner aux nôtres la fierté des jours éteints et l’ambition des len-

demains, c est a V empressement et à la complaisance de tous ceux a qui nous nous sommes adressé que nous le devons. Ils voudront bien accepter nos remerciements sincères et reconnaître que la large part revient tout entière aux documents et aux renseignements fournis. Nous n’avons fait que les utiliser, voulant seulement par là répéter avec Montaigne :

“ C’est icy un livre de bonne foy ”, Québec, le 22 novembre 1925.

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