‹ Un Bisaïeul de MolièreChapitre 9 sur 21 · COUSIN DE MOLIERE · texte numérisé non relu

COUSIN DE MOLIERE

(A la mode de Bretagne.)

\'(?r^ iCHEL paraît avoir été le plus capable parmi lesartistesmusiciensappartenant àcette famille; mais aucun des actes notés par nous ne fournit le moindre indice d'après lequel on pourrait établir qu'il était fils de Jean II ou de Pierre, ou encore de leur frère, nommé Antoine, exerçant la profession de teinturier (i). Il apprit sans doute les éléments de son art et étudia le violon sous la di-

(i) Cet Antoine Mazuel, qui demeurait rue des Arcis, avait épousé Françoise Xottin, d'une famille où l'on comptait des tapissiers, et qui était alliée des Cressé, autre famille de tapissiers, à laquelle, on le sait, appartenait la mère de Molière.

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rection de son père, ou d'un de ses oncles; mais la composition lui fut enseignée par un organiste d'une des églises de Paris , Notre-Dame ou Saint-Leu, ainsi qu'il est dit dans un mémoire en faveur des compositeurs de musique contre la communauté des Ménétriers. « C'est mal à propos que les jurez, en méprisant tous les musiciens, citent au numéro 7, Mazuel, Farinel, et Brulard, pour meilleurs Compositeurs qu'eux: d'autant que ces Mazuel et Brulard ayant appris la Composition des Organistes de Notre-Dame et Saint-Leu; et Farinel, Violon de Grenoble, du Carissimi, musicien romain; il est ridicule aux jurez de s'en vouloir faire honneur, etc. (i}. »

(i) Raisons qui prouvent manifeslemetit. que les Compositeurs de Musique ou les Musiciens qui se servent de Clavecins, Luths et autres Instrumens d'Harmonie pour l'exprimer n'ont jamais esté et ne peuvent être de la Communauté des anciens Jongleurs et Ménestriers de Paris, etc., etc.. in-40 de 46 p.; p. 32. 1695. On trouve deux frères du nom de Brulard, Jacques et Louis, faisant partie de la Musique du roi. Le premier était de plus Maistre en charge de la communauté des Ménétriers et mourut en 1670. Malgré les notes que nous possédons sur plusieurs musiciens du nom

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Michel fut reçu de bonne heure dans la Musique de la Cour. Il s'y fit bientôt remarquer par ses talents comme compositeur et réussit à faire exécuter quelques-unes de ses œuvres par la bande des Vingt-quatre V'iolons de la Chambre. Encouragé par Louis XIV, auquel sa musique plaisait beaucoup, il collabora, pour la partie instrumentale, à ces pièces informes mêlées de danse et de chant appelées ballets de Cour. André Philidor l'aîné, bibliothécaire de la Musique du Roi^ nous l'apprend dans une lettre au Roi, placée en tête du 4« volume de la précieuse collection qui porte son nom. « Ce que je présente à Vostre Majesté, écrit-il, à la suite de tous

de Farinel , il nous est impossible d'établir les rapports d'identité existant entre eux. Il y eut un Michel Farinel, intendant de la Musique de la Reine d'Espagne, qui épousa la fille de Cambert. D'autre part, Charles U, d'Angleterre, qui aimait la musique française, fit venir à Londres un violoniste français du nom de Farinel . et celui-ci y eut quelques succès. Enfin nous connaissons l'imprimé d'une cantate en deux parties et un prologue, dont la musique était d'un Farinel Vaisné: puis le catalogue de La Vallière indique comme publiés en 1704. à Lyon, les livrets de deux autres cantates, musique du sieur Farinel.

les Ballets qui ont esté donnés sous les derniers règnes, qui est une recherche aussi curieuse que la précédente et qui renferme de plus grandes beautez, d'autant que les airs des anciens ballets se ressentent de la simplicité des temps dans lesquels ils ont esté composez ; mais dans ceux-cy qui ont pour la pluspart esté dansez par Vostre Majesté, on y trouve de certaines grâces qui ne se rencontrent point dans les autres. Il faut avouer aussi que Messieurs Molier, Mazuel et Verpré, qui en composoient les symphonies avec Messieurs Camfort, Chansi et Boisset qui estoient pour le vocal, avoient déjà apperceu de loin les lumières du bon goût qui n'ont esté entièrement découvertes que par l'illustre M. de Lully, etc. » (i)

Les ballets dont la musique se trouve dans ce volume de Philidor sont : le ballet des Festes de Bacchus (i65i), celui du Dérègle-

(i) A l'exception de Verpré, les collaborateurs de Michel Mazuel, nommes plus haut, sont au nombre des musiciens sur lesquels nous avons trouvé beaucoup de renseignements aux Archives de lÉtat Civil. Il s'agit ici de Louis Molier, poëte, compositeur, chanteur et danseur; de Jean de Cambefort, surintendant de la Musique du Roi; de François

ment des Passions (i652) et les Nopccs de Pelée et Tliétis, comédie italienne en musique entremeslée d'un ballet sur le même sujet (1654). On peut donc croire que Michel Mazuel eut part à la composition des airs de danse de ces ballets et même qu'il collabora aussi à la musique des autres ballets de Cour représentés à la même époque : le Ballet delà Nuit (i 653), le Ballet du Temps (1654), le Ballet des Plaisirs (i655), etc.

Le Roi créa pour Mazuel une nouvelle charge, celle de Compositeur de la Musique des Vingt-quatre Violons de la Chambre, ainsi qu'il ressort du brevet suivant qu'il lui accorda :

« Aujourd'huy du mois de May 1654,

le Roy estant à Paris estant assuré de l'intelligence que Michel Mazuel s'est acquise en la composition de la musique instrumentale et de l'affection qu'il a pour son service,

de Chancy, maître de musique à la Cour, et de Jean-Baptiste Boesset, qui fut. lui aussi, surintendant de la Musique de Louis XIV. Quant à Verpré, il était danseur tout autant que compositeur, et son nom figure souvent parmi les personnages des ballets du temps de Louis XIII, et du commencement du règne de Louis XIV.

Sa Majesté l'a retenu pour la servir en qualité de Compositeur de la Musique des 24 joueurs de violon de sa Chambre; Pour luy désormais jouir de ceste charge aux honneurs et autres prérogatives et privilèges dont jouissent ses autres officiers commensaux et aux gages qui luy seront ordonnés par les Estats de sa maison en vertu ' du présent Brevet qu'Elle a signé, etc. (i}. » | Les talents de LuUy, non moins que son 1 activité, son ardeur à s'immiscer partout et | à empiéter toujours, ne tardèrent pas à ef- I facer les compositeurs chargés de la musique 1 de ces divertissements de la Cour. Il avait commencé par être leur collaborateur, se | chargeant seulement d'un air, puis d'une '. entrée, puis d'un acte, jusqu'au jour oij il '■ composa à lui seul la musique entière d'un . ballet, aussi bien la Symphonie que le Vo- | cal. Comme Mollier, Verpré, Boesset, Chancy ^ et Cambefort, Michel Mazuel fut éclipsé par | l'Italien très-adroit, mais il faut le dire non ] moins habile dans son art. Les noms de ces musiciens français disparurent donc à peu près et celui de Lully resta seul en évidence.

(i) Bibliothèque nationale. MS. N^' 1 02 5 2 in- f", p. 146, verso.

Philidor n'ayant pas indiqué les noms des compositeurs sur les partitions qu'il a recueillies, on ne saurait y reconnaître les fragmentsde ballets qui appartiennent à Ma-* zuel. Mais dans le premier volume de la collection Philidorienne on trouve aux pages 47 et 69 deux morceaux intitulés : Allemandes de M. Mazuel. Ces compositions de peu d'importance ne sauraient suffire pour apprécier le talent du Compositeur en titre des Joueurs de violon de la Chambre (i\

Si notre musicien dut cesser de travailler à la composition des ballets de Cour, il n'en continua pas moins ses fonctions comme l'un desVi'ngt-cinq Violons [les Vingt-quatre s'étant augmentés d'un membre (2)] , et fit par conséquent sa partie dans les pièces que Molière, son cousin à la mode de Bretagne,

(i) La collection Philidor est aujourd'hui dispersée ; on en trouve une grande partie à la Bibliothèque du Conservatoire de Musique, à Paris. Les volumes mentionnés ci-dessus font partie de ce dépôt. Nous avons raconté l'histoire de cette précieuse collection, dans nos articles sur André Philidor, publiés par la France Musicale, numéros des 5 et 12 janvier 1868.

(2) Place créée pour Guillaume Dumanoir, nommé Roi des Violons en \65-.

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faisait représenter chez le Roi avec la musique de Lully. Son nom, en effet, se lit souvent parmi ceux des instrumentistes qui prenaient part à l'exécution des Ballets et Intermèdes dus à la collaboration du grand comique et du Musicien de Louis XI\'.

Il fut, en outre, un des membres les plus considérés de la corporation des Ménétriers et représentait cette compagnie comme administrateur de la Chapelle de Saint-Julien, C'est en cette qualité qu'il signa, avec Guillaume Dumanoir I, Roi des \'ioIons, et quelques autres artistes-maîtres de la Communauté, la transaction qui intervint en 1664, entre les Pères de la Doctrine chrétienne et les Joueursd'instruments de la ville de Paris, concernant la jouissance de la Chapelle de Saint-Julien; transaction qui en somme donna gain de cause à ces derniers (i).

Michel Mazuel avait épousé Catherine Laffitte et en eut, à notre connaissance, deux filles, Michelle et Catherine, baptisées

(i) Voyez le texte de cette transaction reproduit par M. Ant. Vidal dans les Instruments à archet, 1877, ia-40, t. H, p. 34.

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à Saint-Eustache, en 1654 et i633. Il donna sa démission de Musicien de la Chambrp du Roi le 6 février 1674, et fut remplacé par Pierre Huguenet (i).

Deux ans après, il mourait chez son gendre, Guillaume Lelièvre, marchand chapelier, et son convoi avait lieu à Saiat-Germain le Meil, le 24 octobre 1G7G.

Ici se terminent nos notes sur les Mazuel ; du moins sur les membres de cette famille appartenant à la musique, car nous avons

(i) Archives nationales. Registre de la maison du Roy. O. 28. 1674. 11 y eut quatre artistes du nom de Huguenet dans la Musique du Roi : Pierre, Sébastien, Jacques et Charles. Pierre fut instruit par LuUy, et c'est par l'intermédiaire de celui-ci qu'il traita avec Michel Mazuel de sa place à la Cour. 11 fut un des principaux témoins à charge dans le procès que Lully fit à Guichard, de 1675 à 1677, procès très curieux et mal connu, sur lequel nous possédons des données très-exactes que nous publierons prochainement.

Le nom de Huguenet se retrouve encore sur les listes des Musiciens de la Cour, pendant toute la première moitié du xviiic siècle.

dû laisser de côté beaucoup d'actes n'ayant aucun intérêt biographique et artistique (i). Disons toutefois, sans affirmer qu'il s'agisse ici de parents de nos musiciens, quoique la chose soit probable, que le dernier acte trouvé par nous porte la date du 22 novembre 171 2, et est l'acte de mariage d'un Jean- Baptiste Mazuel, marchand libraire, fils de Nicolas Mazuel, imprimeur-libraire, avec Marie -Anne Hainselmann , fille de Jean Hainselmann, graveur (2'. Le marié eut pour témoins ses deux oncles, René et Antoine Mazuel, tous les deux imprimeurs et frères de Nicolas.

Ces documents nouveaux éveilleront peutêtre l'imagination de quelques lecteurs, car beaucoup de points de la vie de Molière étant restés dans le vague jusqu'ici, on se livre volontiers à des inductions plus ou moins

(1) Ces actes, dont quelques-uns restent incom- I plets,par les raisons que nous en avons données, sont 1 au nombre de trente-neuf. j

(2) I£lève de Poilly et ami d'Edelinck. Hainselmann abjura le protestantisme quelques jours ' avant son mariace.

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ingénieuses pour suppléer à l'absence de données exactes. Nous ne dirons point ici toutes celles qui nous sont venues à l'esprit, et, laissant le champ libre à chacun, nous terminerons comme nous avons commencé; c'est-à-dire, en croyant que Moliéristes et musiciens ne seront pas indifférents à notre découverte, et que ces derniers surtout seront fiers de savoir que, même d'un peu loin, la musique peut compter Molière au nombre de ses enfants.

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