‹ Un capitaine de compagnie franche à la fin du XVIe siècleChapitre 1 sur 1 · A LA FIN DU XVI> SIÈCLE · texte numérisé non relu

A LA FIN DU XVI> SIÈCLE

L'impulsion puissante donnée par les guerres civiles aux ambitions qui étaient en pr^ence , avait fait sortir de l'obscurité, une foule d'hommes énergiques, hardis champions disposés à profiter des chances diverses d'un bouleversement pour se préparer une retraite dorée après les jours de combats. Ainsi se formèrent, autour de quelques aventuriers en renom, ces compagnies franches qui vendaient leurs services au plus offrant, et faisaient métier du pillage à l'abri du drapeau d'un parti.

Le Bas-Poitou eut surtout à souffrir de leurs expéditions, dont les villes ne furent pas toujours à l'abri derrière leurs murailles. Les massacres, l'incendie et les horreurs les plus atroces témoignaient de leur passage. Mais aussi rien n'égalait la courtoisie des capitaines envers leurs compagnons servant sous une autre bannière. Les lois les plus sévères du point d'honneur réglaient leurs droits respectifs, et, s'ils étaient obligés d'en venir aux mains, c'était avec de telles précautions que, après des engagements acharnés de plusieurs heures, vainqueurs et vaincus se retiraient sans avoir perdu un seul homme. On allait ensuite se reconforter aux dépens des rustiques d'alentour.

Cette manière d'agir fait bien présumer que la discipline et l'obéissance n'étaient pas les vertus dominantes de ces brigands enrégimentés. L'anecdote suivante va le montrer.

Le 28 juin 1588, Renë Ghaboceau, sergent de la compagnie du capitaine protestant Chabot, alors en garnison à Mauléon , s'était mis à courir les chemins avec quelque»-uns de ses camarades, lorsqu'il rencontra la belle Renée Lucas, femme du seigneur du Colombier ', chevauchant sous la garde de quelques serviteurs armes. Mettre les gens de la dame en déroute fut Tafiàire d'un instant; puis, ayant vidé les poches de la prisonnière , il reprit la route de la ville , où il entra triomphalement en compagnie de sa capture. Chaboceau, selon les lois de la guerre , regardait le fruit de sa course comme de bonne prise ; car le mari de Renée Lucas était un chef catholique des plus ardents. Il s'empressa donc de donner à son capitaine cinquante écus d'or, moitié de l'argent saisi, et se mit à mener joyeuse vie aux dépens du papiste.

Madame du Colombier, qui n'était pas de l'avis du brave x sergent , avisa aux moyens de rentrer en possession de son or , et pensa naturellement qu'une jolie femme devait trouver partout des amis. En effet, il y avait alors à Mauléon un autre capitaine, nommé La Plaine-Morineau , connu d'elle depuis longtemps, qui prit chaudement sa défense , prétendit qu'elle avait été enlevée se rendant vers lui , et lui apportant le prix du fermage de l'une de ses propriétés , sise au bourg de Marnes. Là-dessus contestations , menaces et coups échangés. Enûn Renée Lucas en appela au jugement du roi de Navarre '. Henry, pris entre sa galanterie ordinaire et la crainte de se faire des ennemis, renvoya l'affaire devant la sénéchaussée de Fontenay.

Chabot jeta les hauts cris à la nouvelle de la décision du roi. Il jura , par la brillante généalogie dont il se parait , que jamais un ^homme de son importance ne descendrait à se soumettre au

■ François Joussaul me , écuyer, seigneur du Colombier, demeurant dans la paroisse de Marnes.

^ Henry reçut la supplique è Fontenay, le 17 août.

jugement d^ gens de robe. Sa troupe fit cause commune , et il ne ûdlut rien moins que l'interyention de M. de La Boulaje ' pour calmer la colère des soldats , qui menaçaient de quitter le service d'un prince capable de violer les prérogatives des gens de guerre.

Les choses étaient en cet état , lorsque les compagnies renfermées dans Mauléon apprirent que le duc de Nevers se disposait à les assiéger. La résistance étant impossible, le gouverneur Joachim Du Bouchet * permit de mettre en sûreté les objets les plus précieux , et Ghaboceau, qui espérait tirer bonne rançon du mari de la prisonnière , s'empressa de la faire conduire à Fontenay. L'armée catholique entra en effet dans Mauléon dès la première attaque. La garobon sortit avec lès honneurs de la guerre , et se dirigea sur la capitale du Bas-Poitou, où elle trouva La Boulaye occupé à organiser une armée dont firent partie les deux adversaires.

Le procès remis en litige , une circonstance à laquelle le roi de Navarre n'avait pas songé vint encore compliquer la difficulté. Depuis que les huguenots- étaient maîtres de la ville , les magistrats s'étaient retirés à Niort , et il ne restait à leur poste que l'avocat du roi Louis Frouard ^ et le lieutenant général Hylaire

> Charles Eschallard , cheValier, seigneur de la Boulaye , eonseiller d*Etat , capitaine de cinquante hommes d'armes d'ordonnance , gouverneur de Fontenay, lieutenant général du Bas-Poitou , vice-amiral de Guienne.

> Joachim Du Bouchet , écoyer, seigneur de Tilliers-Charlemagne , était cousin germain du fameux Lancelot Du Bouchet , seigneur de Sainte-Gemme , qui fut un des plus célèbres chefs protestants.

3 Louis Frouard , seigneur des Rochettes , avocat du roi , protestant • fut mai^e de Fontenay depuis la fin de 1587 jusqu'en 1590. Il rendit de véritables services à la ville dans ces moments difficiles , et fut en butte à la fureur de ses coreligionnaires, et principalement des ministres dont il voulait arrêter les eicés. II mourut en 1596.

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Goguet '. Chabot cria qu'on se mcMjnait de lui, proToqiia en duel le capitaine Morineau et lui lit une profonde blessure.

L'aventure eut un grand retentissement , et fit presque oulidier les inquiétudes données par la nouvelle des combats livrés de tous calés entre les ligueurs et les calvinistes. Elle avait divisé en deux camps la noblesse rassemblée à Fontenay pour la nomination de membres du conseil d'Etat du roi de Navarre et de la cbambre souveraine de SaintJean-d'Angél; : l'un soutenait les droits des compagnies franches, et l'autre mettait son épée au service de la charmante Renée, dont la captivité se changeait en jours de fêtes. Entourée des hommages de brillants cavaliers, recherchée des châtelaines protestantes réfugiées , elle était l'idole de la cour de M. de ha Boulaye. La galanterie quelque peu décolletée de l'époque lui permettait d'ailleurs de trouver dans la reconnaissance d'autres distractions contre l'ennui d'être éloignée de messire François Joossaulme.

La dame du Colombier s'était mise sous la protection de Lojse Robertet, dame du Vigean ', et attendait l'issue du procès en prodiguant ses soins h son généreux défenseur. Des amis comr

' Hflaire Goguet, écujer, eeignear de la Toucbe-Gargean , lieutenant général en la aénéchauesée de FanleDaf, maître des requêtes du doc d'Alenfon , était un magislrat intégre et courageux. Ce fut lui qui prit le commandement delà milice bourgeoise, en qualité de premier échevin , ta place de maire n'étanl pas occupée , lorsque Hearj de Navarre assiégea la ville, qu'il défendil avec une rare intrépidité. Hylaire était cousin germain de Barnabe Brissoo, oncle h la mode de Bretagne de François Viéte , et bcan-ftére de Julien l" Collardean, père et alcul des deui hommes qui se distluguèrcnt dans la science du droit et les lettres. Il était lui-même fort instruit et connaissait les langues latine , grecque et hébraïque. Son frère Chriiteplie , seigneur de la Richardiére , fut président en l'éleetioD de Fonlenaj. La famille Goguet est la plus ancienne connue de la bourgeoisie de Fontenaj existant aujourd'bui ; elle figure dès la fin dn xiii' siècle,

' Mère de M"" de La Boulaye.

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