PRODROMES
Jusqu'en Mars 1939, Mme X..., âgée de 65 ans, se félicitait d’une santé parfaite, « Jamais elle n’avait vu de médecin »., Mais à partir de cette date, elle est tout le temps malade, se plaint de vomisse-
ments, de diarrhée avec colique en même temps que
l’on peut constater un important fléchissement de l’état général.
| Les vomissements surviennent spontanément, sans cause apparente, sans horaire fixe, non ryth-
més par les repas, aussi bien le matin à jeun qu’au
cours de la journée après un repas. Ils surviennent très irrégulièrement : la malade aura deux vomissements dans une seule journée, puis durant huit jours sera absolument tranquille. Alimentaires après les repas, aqueux à distance des repas, ils sont émis sans douleur ni nausée: « Brusquement l’eau me vient à la bouche et je vomis », dit la malade. Les crises diarrhéiques surviennent d’une façon aussi capricieuse. Brusquement la malade est prise de douleurs intestinales à type de coliques ; coliques impérieuses qui aboutissent à l'émission de selles diarrhéiques noirâtres. Ces crises peuvent coïncider avec les vomissements, mais pas nécessairement.
Durant toute cette période, la malade est fatiguée, maigrit beaucoup. Au début de Septembre, n’a-t-elle pas perdu 6 livres en 12 jours P L'appétit diminue. Des aliments qui lui plaisaient à première vue, la dégoûtent dès la première bouchée.
En résumé, pendant les 6 mois qui précédèrent l’idéus biliaire, on note un syndrome digestif particulier : vomissements, diarrhée noirâtre, pas de douleurs, amaigrissement notable, asthénie. Ajoutez à cela que l’année précédente, la. malade avait
perdu son mari d’un cancer gastrique et on conçoit
aisément que l’on ait pu penser à un cancer du tube digestif.
Cependant, le médecin consulté à plusieurs re-
prises, rassure la malade. I] la savait très nerveuse,
très agitée, et faticuée par un travail intense (jardinage, liquidation d’affaires importantes). TI lui
conseille le repos, de manger moins vite, de bien
mastiquer, et prescrit du bismuth et du charbon.
Ce traitement symptomatique amène une amélioration passagère. La diarrhée cesse, maïs les vomissements persistent ainsi que l’amaigrissement. Et nous arrivons ainsi au 23 Septembre, début de l’occlusion.
2° OccLusIoN
23 Septembre : Mme X..., après avoir pris quelques jours de repos chez une parente, revient à
ÉSAE PT Var
Rouen. Le soir, vers 7 heures, Ile est prise d’une crise de diarrhée, mais ne s’en inquiète pas trop. Elle se met à table à 8 heures du soir, et, de bon appétit, prend un potage. Mais, dès la première bouchée, elle le vomit. Tout cela ne l’inquiète pas trop : depuis 6 mois n'était-elle pas sujette à de tels troubles ?
C'est alors que brusquement la nuit, elle est
réveillée par des douleurs abdominales intenses. Ces douleurs ne vont plus la quitter jusqu’à l'opération qui aura lieu 10 jours plus tard.
é Ce sont des douleurs très intenses arrachant par
moment des cris à la malade, à type de coliques de.
tranchées.
Très courtes, une demi-minute au plus, se ré-
pétant toutes les demi-heures, empêchant le som-
meil, transversales en barre, courbant la malade en
deux, épigastriques, mais plus intenses à gauche, n'irradiant pas.
Elles sont soulagées par la station debout, exagérées par le décubitus.
Le 24 Septèmbre, la malade se lève, circule dans
la maison, se prépare elle-même une infusion et reste à la diète. Elle n’a pas d’appétit. Ne vomit pas. Elle n’a ni selles, ni gaz. À part les douleurs, elle se sent assez bien, forte sur ses jambes.
Le 25 Septembre, Mme X..… se sent fatiguée.
. Les douleurs sont si intenses, .qu’elle n’a pu dormir pendant deux nuits. Elle n’a toujours ni selles ni
gaz. Elle ne peut rien absorber, et ne vomit pas. Elle va chez le pharmacien qui lui conseille un purgatif. En revenant chez elle, à plusieurs reprises, elle est obligée de s'arrêter en route, en raison de l'intensité des douleurs,
Le 26 Séptembre au matin, ellé absorbe 20 gr. de sulfate de soude qu’elle vomit immédiatement. Ne sentant aucune amélioration, elle décide d'appeler un médecin. Elle prend à nouveau 4o gr. de sulfate dé soude qui n’ont aucun effet.
Toujours ni selles ni gaz. Pas de vomissements. La malade, bien que très fatiguée, circule encore dans la maison, mais péniblement, et elle est très fatiguée.
Le 23 Septembre. Le Docteur arrive. Il trouve la malade au lit, un peu anxieuse, mais à facies excellent, Le pouls bien frappé à 8o. Pas de température, Bref : bon état général. Le ventre est plat, sans météorisme ni tympanisme, facilement dépressible et palpable, On ne note pas d'ondes péristaltiques. Entre les paroxysmes douloureux, la région
épigastrique reste sensible. On ne perçoit aucune
tumeur dure. L'arrêt des matières et des gaz est absolu. Les vomissements ont cessé. La malade énonce sa crainte de se voir atteinte d’un cancer gastrique comme son mari. Etant donné les antécédents gastriques des six derniers mois, le médecin pense à un cancer du tube digestif, fait prendre patience à la malade, formule de la surparine et du charbon, en-
visage une radiogastrique el prescrit un lavement hypersalé qui reste sans résultat.
La malade est mise au bouillon de légumes.
Elle ne peut le supporter et le vomit dès la première cuillerée.
Le 28 Septembre. Il n'ÿ a aucune amélioration. Le Docteur Sanson est appelé en consultation.
Les douleurs persistent avéc Îles caractères du
début de la crise.
— transversales en barre, “coupañt là malade
en deux, plus intenses à gauche ; +” = à type de tranchées, de coliqués se — sans irradiation, très intenses, arrachant dés cris à la malade, très courtes, 30 secondes au maximum, se répétant tous les quarts d'heure, empêchant le sommeil, soulagées par la station debout, les vomissements, exagérées par le décubitus.
Les vomisséments sont peu abondants, empê-’
chant toute alimentation qui les provoque. Jusqu'alors alimentaires, ils deviennent fécaloïdes, à du 28 Septembre.
L'arrêt des matièrés et des gaz persiste, absolu. Pas de fièvre. Pouls à 80. Langue très chargée. Ventre plat, sans météorisme ni tympanisme.
Le 29 Septembre. Aucune modification.
Douleurs, vomissements, arrêt des matières et ‘des gaz. Ventre plat. Pas HARAS péristaltiques.
Le 30 Septembre. On transporte la malade en
partir
ambulance chez le Docteur Sanson. On lui fait ab-
sorber le matin à 7 heures de la bouillie barytée.
| À 11 heures, le Docteur Sanson examine la malade à la radiogräphie. L’estomac est à peu près vide. Le grêle par contre est rempli et rien n’a pénétré dans le cæœcum. En plus, les anses grêles sont distendues et présentent plusieurs niveaux liquidiens horizontaux. L'ensemble donne l’image d’une sténose du grêle sans qu’il soit possible d'en préciser le siège exact. ; | ù
Un second examen pratiqué dans le cours de l'après-midi (12 heures après l'ingestion de la baryte) ne montre aucune modification.
Le 1° Octobre. À nouveau, examen radioscopique. Vingt-huit heures après ingestion de baryte,. on retrouve le même aspect intestinal (images du grêle avec niveaux liquidiens, aucune pénétration dans le gros intestin). De plus l'estomac qui, la la veille, ne contenait qu'une minime quantité de substance opaque, est rempli de baryte, alors que la malade a eu dans le courant de la nuit un vomisse- | ment assez abondant dont l'odeur aurait été fécaloïde. Il y a donc reflux vraisemblable de l'intestin dans l’estomac avec dilatation progressive de toute la portion du tube digestif en amont de l’obstacle.
La radiographie donne les même renseignements que la scopie. Dilatation du grêle avec niveaux liquidiens, mais ne permettent pas non plus de préciser l'obstacle. de
Il existe bien une irnage un peu particulière
que l’on retrouvera sur les clichés ultérieurs. C’est une ombre ovalaire dont le grand axe a environ 2 cm. qui se projette sur l'aile iliaque gauche près de la ligne inominée dans sa partie moyenne. Ombre ovalaire, non homogène formée par un piqueté baryte. Il est possible que ce soit l’image d’un caicul. — Mais l’image estompée par les anses grêles remplies de baryte n’est pas assez nette pour pouvoir l’affirmer. |
Ce qui est certain à ce moment, c’est qu’il existe une occlusion du grêle. Quel est l'obstacle ? Bride, coudure, iléus ? La radio ne permet pas de l’affirmer. On pense avant tout à l’iléus. Cependant, pour éliminer la possibilité d’une occlusion du grêle par propagation à celui-ci d’un cancer du colon (hypothèse jugée d’ailleurs improbable) le Dr. Sanson propose comme complément d'examen une radiographie après lavement baryté.
Le médecin prévient la malade de la nécessité d’une intervention chirurgicale et l’amène assez facilement à accepter. Il prescrit de la surparine et appelle le Dr Dessaint en consultation.
L'aspect clinique reste identique : Douleurs, vomissements. Arrêt absolu des matières et des gaz. Ventre plat. Clapotage à jeun. Aucune ondulation péristaltique.
Le 2 octobre. La malade est transportée à la clinique du Dr Petit. C’est alors que le Dr Dessaint est amené à examiner notre malade.
Ce qui frappe d'emblée c'est le bon aspect appa-