M. DE VARNA, CHARLES
M. DE VARNA
Vous vonliex me parler, M. Miller; quelles nouvelles m'apportei-vons ?
CHARLES
Une , assurément fort triste pour moi, monsieur :des raisons puissantes m'obligent à quitter cette ville ; je viens vous offrir l'etpression de ma reconnaissance et de mes regrets.
M. DF. VARN A.
Avez-vous à vous plaindre de quelqu'un ici ?
j'ose espérer que rc n'est pas de moi. Si une plus longue intimité me donnait le droit d'employer cette expression. Je dirais presque, que je vous ai traité comme un fils.
CHARLES
Ah ! monsieur, vous n’avez pas eu affaire à un ingrat!., sij’eti étais encore à apprécier votre bonté, j'en reçois en ce moment une preuve si éclatante...
M. DE TAMIA.
une sorte de confusion. Ce nom n’est pas le mien, et vomi le savez...
St. DE VARNA.
Oui a pu vous dire?..
Cil ARLES.
Tout à l’heure, madame Fabricius m’a salué du nom de Stopfell, et son neveu qui m’a reconnu...
H. OF. VAUNA.
Le dessein où vous êtes de me quitter est probablement fondé sur des raisons plus graves. Cet incident n’a point altéré la confiance que vous m'inspiriez, et...
CH A lll.F.S.
Et «"est pour justifier cette confiance, que je dois m’expliquer. Mon nom est Charles Stopfell. Quand je suis arrivé dans cette ville, je venais de Steinbach et non d'Iéna. Les mêmes motifs qui m'ont fait changer mon nom, me forçaient à cacher ma patrie. Dans ce que je vous ai dit de mon histoire, une seule chose est vraie : c’est que jesuis orphelin dès ma première enfance. On tue disait que le chagrin de la monde ma mère avait conduit mon jiére au tombeau... rien de plus. Le parent qui m’a élevé, mon oncle malerncl, le ministre de Steinbach, m’avait interdit toute question sur re douloureux sujet. « Tou père a laissé des ouvrages, me disait-il, lu les liras un jour. Ses écrits le le feront connaître mieux que toutes mes paroles. » Avec quelle joie je i is arriver l’àge où cette promesse put se réaliser!.. Lin écrits de mon père ne sont pas connus du monde et n'étaient pas destinés à voir le jour. Ce sont des traités de philosophie et de murale coinposéspour scs araiset pour ses élèves.. Je ne chercherai pas à vous peindre ce que j’éprouvai en les lisant ; l'éloge serait suspect dans nia bouche ! mais enfin cette lecture fit naître en moi un homme que je ne soupçonnais pas !
Oui, s'il y a dans mon esprit quelques idées droites, dans mon cœur, quelques penchant nobles, c’est à mon père que je les dois : cela vous expliquera l’amour exalté que j’ai pour lui, sans que je l'aie connu, et tout ce que je suis capable de faire pour venger sa mort, car il faut que je la venge, monsieur; sa mort a été un assassinat!
M. DE VARNA
Et comment l’avez-vous su ?..
CHAULES.
M. de Blumenthaî vous a parlé sans doute de la rencontre que nous avons eue ensemble et des causes qui l’avaient amenée. La prudence des témoins arrangea tout. Mais j’étais allé sur le terrain pour me battre, et j'avais écrit à mon oncle une lettre qui devait lui être remise dans le cas mi je ne reviendrais pas. Je revins ; mais par une méprise fatale, la leltre était déjà dans ses mains !..
Que voulez-vous dire ?
CHARLES
Que vous avez bien des reproches b me faire et que vous ne me les faites pas.
M. nE VARNA.
Quels reproches, M. Miller?
en ARLES.
M. DE VARNA
Le malheureux !..
eiiari.es.
Oui, bien malheureux!., et Je ne puis songer sans émotion à l’accueil qn'D me fit. « Ah! me disait-il, en pleurant et en m'embrassant, j'ai cru que Dieu t'avait fait la même destinée qu'à ton
Ah ! ne me donnez plus un nom que je ne puis <<$. père, et que tu étais mort comme lui ! - J'atteu
UN CAS DE CONSCIENCE
dis qu'il sc Cùl calme ; mais je u'avais pas perdu les paroles échappées à son premier trouble, el je lui en demandai l'explication. Il hésita pendant quelque temps... puis, enfin : « Hé bien ! oui, c'est un duel qui m'a ravi Ion père, un duel où sa cause était juste, j'en prends Dieu à témoin ! que son exemple te profite ! Toi aussi, tu trouverais quelque spadassin infâme qui te tuerait comme on l’a tué !
u. ne vahna. '
Un spadassin !..
CIIAHLES.
Alors, il me raconta en peu de mots que dans un voyage qu'il avait fait à Vienne, mon père avait rencontré dans une taverne un homme qui lui avait cherché querelle et l’avait tué!., le 7 juin 1819... la date est là...
M. DE VARNA. A part.
Et là...
CU ARLES, a près U n silence.
La première chose que je demandai, fut le nom de ce misérable... ah! la vengeance de mon père était dans ma question!.. Mais juger, démon malheur: ce nom, mon oncle l'ignore, et par des motifs puisés sans doute dans les obligations de son ministère, il n'a jamais rien fait pour le découvrir. Cette révélation, tout incomplète qu'elle fût, donna cependant un but à ma vie. Je n’eus plus qu'une idée... elle me poursuivait jour et nuit... Trouver celui qui avait tué mon père et le tuer à mon tour !.. Ne me dites pas qu'il peut être mort.. il vit... Dieu l'a laissé vivre, et en tous ras, je me battrais avec son fils !.. Je cédai enfui à la pensée qui m’obsédait. Je pris le prétexte de voyager , de connaître le monde, et je résolus d’ailer à Vienne pour y rassembler tous les rcnscignemens , pour y fouiller tous les souvenirs, pour demander, s'il le fallait, à la tombe de mon père, le secret que mon oncle n’a pas voulu chercher !
U, DE VARNA
Vous avez donc quelqu'espoir?
CHARLES
Je sais le nom de la taverne où le duel a eu lien... j'ai unedatc... un domestique qui a toujours suivi mon père, m'a donné quelques autres détails... et puis, je me fie à la justice de Dieu ! Je partis, malgré mon oncle. En sortant de Steinbacli, mou premier soin ftitde changer de nom... Comment entreprendre mes recherches avec quelqu’espérance de succès, si je conservais le nom de Stopfell, le nom de mon père!., la première condition pour obtenir quelques renseiguemeus sur cette catastrophe, c’était qu’on m’y rrût étranger... AdineUcz que celui qui a tué mon père entende prononcer mon nom ; s’il est puissant, il trouvera quelque moyen de me faire disparaître ! s’il ne l’est pas, il se cachera sans doute, il cherchera à m’échapper. Voilà pourquoi j’ai pris le nom de Miller. Vous savez maintenant un secret qui a été vingt fois sur mes lèvres. Je ne vous l'ai pas dit, pari e qu'on a toujours mauvaise grâce à parler de ses malheurs. Ai-je perdu mes droits à votre estime ?
CHARLES
Vous me blâmez sans doute d’ètre resté si longtemps à l'accomplir... Je ne devais passer qu'un jour à Slutlgard ; si j'y suis resté quatre mois, c'est que... c’est que... Enfin je partirai demain pour Vienne.
H. DE VARNA
Dans quelle étrange entreprise vous allez vous jeter !.. Vous voulez venger votre père : cela est d'un bon fils, sans doute... mais d'abord, êtesvous bien sûr que sa mort fut un crime ?.. Je ne prétends pas vous offenser dans le juste sentiment de respect que vous avez pour sa mémoire ; mais enfin, d’après ce que vous m'avez dit, vous ignorez toutes les circonstances de ce duel. Si c’était lui qui eût provoqué son adversaire ?
CHARLES
Mon père! un homme de mœurs si calmes!
la simplicité d'un homme de génie el la douceur d'un enfant!., d’ailleurs, mon oncle ne m'a-t-il pas dit que sa cause était juste ?.. n’en a-t-il pas pris Dieu à témoin?.. Si vous connaissiez mon oncle, si vous l’aviez vu une seule fois, vous ue supposeriez pas qu’il ait pu me tromper.
U. DE VARN A.
Eh bien! retournez près de lui... soumettezlui voire projet.
CHARLES
Il ne l’approuverait pas.
u. DE VARNA.
Par esprit de justice.
CHARLES
Non ! par crainte pour mes jours.
M. DE VARNA
Allez, relui qui a lué votre père est peut-être plus à plaindre que vous !
CHARLES
Ne jugez pas sou âme d'après la vôtre.
M. DE VARNA
Votre résolution est donc irrévocable ?
CHARLES
Toul-à-fait ! •
H. DE VARNA
Et d'où vient que le dessein de l'exécuter vous est venu aujourd'hui, plutôt qu'hier ou qu'un autre jour ?.. Vous ne paraissiez pas songer à ce départ.
CHARLES
Et j’en rougis!., n'exigez pas que Je m’explique davantage.
M. DE VARNA
Mais si vos recherches sont mutiles?
CHARLES
Elles ne le seront pas.
M. DE VARN A.
Elles peuvent l’être. Vous n'oublierez pas que vous avez en moi un ami... vous reviendrez!
CHAULES.
Je ne puis vous le promettre.
U. DE V ARN A. ’
Vous n'avez donc aucune affection pour moi ?
(Charles sc jette sur une de ses mains qu’il baise en pleurant. Il sort.)
M. DE VARNA
Ah ! jamais ! jamais !.. Pauvre enfant ! que je | von» plains!.. Quel projet avez-votts conçu! ,ix-