SCÈNE VIÏ
LA MARQUISE, seule.
Ma cousine Bonneval et M. Bernardin! Encore une fois, c'est impossible... Cependant, mon oncle... Je m'y perds. Que vois-je ? {EUe prend le gant que le duc a jeté en partant sur la table de jardin.) Qu'est-ce donc? un gant! Il est au duc de Roquefeuille. Que ses armes sont jolies îje ne les avais jamais si bien remarquées : un cygne d'argent déployant ses ailes sur un champ d'azur; et puis sa petite couronne de duc, son manteau de pair... Je ne me trompe pas... Ah! un cheveu blond engagé dans le bouton... un cheveu de femme. . un clie\eu blond... je ne vois de personne blonde au château que ma cousine Bonneval... Ah ! je comprends... je sais maintenant qui était en tête-à-tête ce malin avec ma cousine Bonneval... mon oncle a bien vu la scène, mais il distinguait mal les personnages. Déjà, M. le duc! Ah ! c'est bien mal !
Air (le tAme en peine.
Premier amour, dont j'ignorais les charmes
J'ignorais aussi tes douleurs ;
Premier amour, pourquoi tes douces larmes,
Pont elles verser d'autres pleurs?
Jour de bonheur qui me sembliez un songe,
Étes-vous bien le même jour?
Premier amour, tu n'étais qu'un mensonge f
Fuis loin de moi, premier amour.
Ah I je le sens, tu n'étais qu'un mensonge,
Fuisloin de moi, premier amour!
(Elle pose le gant après V avoir déchiré.) J'ai renvoyé ce pauvre M. Bernardin... il reviendra... mais vous , ma jolie cousine aux cheveux blonds!.. Cependant, si je mo trompais... si mon oncle avait fait une double erreur? Et quand je dis qu'il n'y a au château que mademoiselle Bonneval dont les cheveux aient cette nuance, ma mémoire me sert mal, peul-ôlre... je n'ai jamais fait la moindre attention... et puis cette poudre qui voile la tête... Ah! si je pouvais m'assurer... Justement le valet de chambre de mon oncle traverse la grande allée... Poitevin ! Poitevin!... le voici.
'Chiitilion, lu ^larquise.
SGIlNE VIII.
POITEVIN, dont la perruque est rouge, LA MARQUISE.
POITEVIN
Mademoiselle m'a appelé ?
LA MARQUISE
Dis-moi, mon ami, tu connais tout le monde au château ?
POITEVIN
Oui, mademoiselle , et tout le monde me connaît.
LA MARQUISE
Quelle est la couleur des cheveux de madame de Valençay?.
POITEVIN
Bruns, je crois ; oui, bruns tirant sur le marron.
LA MARQUISE
Et de mademoiselle de Genevois, ma maîtresse do clavecin ?
PQITEVIN.
Châtains quelquefois, mais rouges naturellement.
LA MARQUISE, à part.
Ces domestiques! (Haut.) Et les cheveux de madame de Vitry, ma gouvernante?
POJTEVIN.
Ah! ceux-là sont trop noirs pour n'être pas
blancs.
LA MARQUISE , à part.
Pas de cheveux blonds jusqu'ici. (Haut.) Dismoi^ Poitevin?,
POITEVIN
Quoi, Mademoiselle?
LA MARQUISE
Connais -tu quelqu'un qui ait les cheveux blonds, au château ?
POITEVIN
Attendez... oui...
LA MARQUISE
Et qui cela?
POITEVIN
Mademoiselle Bonneval.
LA MARQUISE
Et pas d'autre personne?
POITEVIN
Je n'en vois pas...
LA MARQUISE
C'est bien. (A part.) Ma conviction est complète maintenant... ah! mademoiselle Bonneval !.. POITEVIN, fausse sortie.
Ah ! j'ai réfléchi, Mademoiselle, il y a encore quelqu'un au château qui a les cheveux blonds... LA MARQUISE, Gvec uïie extréme curiosité. Et qui ?
POITEVIN
^îoi... Mademoiselle...
LA MARQUISE
qest juste! {Poiterin sort.) Ah! Monsieur le
duc!., et je l'aimais!., que je suis malheureuse oh ! ma perfide cousine, vous allez entendre votre condamnation... mais quel est ce bruit?
CHATiLLON, au dehors.
Le voici! le voici!.. Par ici... monsieur le duc!. .
w wwvx ww vw*