SCENE XV
DADUREAU.
Quelle brute!.. Tu existes encore P Tu as donc l'âme chevillée dans le ventre?
JOBIN
Possible, Monsieur ! C'est peut-être pour ça que j'y ai encore mal.
BADUUEAU.
Est-il venu quelqu'un pour me poignariier 1' (Jobin ébahi de la question fait signe que non.) THÉRÈSE, à elle-même.
Que dit-il?
EADUREAU.
Ou pour m'élrangler ?
JOBIN
Non, Monsieur... Ah! si !
BADUREAu, avee effroi.
Comment?
JOBIN, présentant une carte.
Une carte de visite pour Monsieur.
BADUREAU.
D'un ami, sans doute... {// lit.) « Monsieur Ganal, par un procédé qui lui est particulier, pratique l'embaumement des personnes... il se rend à domicile. " Quelle est cette horreur !... il se croit donc bien sûr de mon décès, ce déplorable confiseur qui me propose de m'empailkn!..(Fti.'emenf.) Je me consigne ! je me barricade! je ne reçois personne ! {A Thérèse.) Je ne veux voir que toi, je veux rester avec toi, toujours!... Cette maison est la tienne, tu fais partie de mon mobilier... Va! (Il parcourt des yeux la lettre qu'il vient d'owrir et jette un cri.) Grand Dieul quelle affreuse lumière ! horreur et déception !...
JOBIN, deuxième plan.
Ah ! les pieds vont jouer ! filon'? ! THÉRÈSE, s'arrélant au fond^ surprise, à ellemême.
Qu'est-ce donc?
BADUHEAU, Usant, à part.
« Si j'ai différé de couronner vos vœux, c'est « que j'ai oublié de vous dire comment j'enten- « dais recevoir la somme que vous allez me de- « voir : déposez-la sur votre cheminée, avec un « mot déclarant qu'elle appartient à mademoiselle « Thérèse Lambrequin.... et , dans un quart « d'heure,.. » Ils sont associés!..
THÉRÈSE, s' approchant, avec intérêt.
Mais, qu'avez-vous donc ?
BADUREAU.
Ce que j'ai?.. [Avec, force.) Thérèse Lambrequin, je n ai pas l'habitude d'assassiner les fomnics... mais si vous tenez à ne pas ô re massacrée, allez-vous-en !
THÉRÈSE, regardant autour d'elle.
Mais expliquez-moi donc... Mon Dieu !
BADUREAU.
S'il est vrai que vous ayez là quelque chose qui ^e soit pas faux.,.
THÉRÈSE
Ah ! Monsieur...
BADUREAU, vivement.
C'est de votre cœur que je parle.
THÉHËSE.
Oh! Monsieur, oui, j'ai un cœur.
BADUREAU.
Eh bien ! montrez-le... Allez trouver votre associé, dites-lui de renoncer à ses projets... j'aimo mieux lui donner l'argent... je le paierai pour ne rien faire... un petit atelier national, à nous deux... je préfère rester vivant... là, tout bonnement, dites-lui ça !
THÉRÈSE
Vivant?., mais je ne conçois rien...
BADUREAU.
Vous ne comprenez pas ?.. et cette lettre, celte lettre de votre complice ! (// lui montre la lettre qu'il a reçue.)
THÉRÈSE , reconnaissant l'écriture et très surprise.
Quoi!., cette écriture?..
BADUREAU.
Ah ! vous ne pouvez plus nier maintenant !
THÉRÈSE
Ah! le vilain homme! Il m'avait bien dit qu'il saurait vous intimider, et qu'il me ferait renvoyer de chez vous !
BADUREAU, vivement.
Qui?., renvoyer de chez vous?.. Qui?., m'intimider ?..
THÉRÈSE
L'homme aux faux cols !
BADUREAU.
Le veau?., mais alors, quoi?.. Il a donc voulu me faire peur... Ah ! ah! ah! me faire peur... à moi!., c'est bien hardi !.. Son nom, son nom?..
THÉRÈSE
C'est M. Ernest Grenouillet.
Grenouillet !.. mais c'est un de ces polissons qui buvaient mon Champagne !.. Il était ici, en matin, quand j'ai fait la demande d'un assassin !
THÉRÈSE
D'un assassin ?..
BADUREAU.
Il savait qucjo ne pourrais vous voir sans vous aimer... alors, par jalousie... je saisis son plan. . Ah ! Thérèse, oubliez toutes mes injustices !.. venez, venez, embrassez-moi !..
THÉRÈSE
Mais, Monsieur...
BADUREAU.
Au fait, c'est juste ! c'est moi qui dois... (Arec chaleur.) Ah '■ Thérèse, j'axais le projet de vous couronner de fleurs d'oranger... je vous en crois
digne, Thérèse... soyez pitoyable !.. j'oublie mes torts!.. (// chante, sans accompagnement, sur l'air de la Favorite : )
Pour tant d'amour ne soyez point ingrate. Quand de vous plaire je fais tout mon bonheur.
TllICRÈSE.
Quoi! vous voudriez?..