‹ Un cheveu pour deux têtesChapitre 2 sur 29 · VOIX · texte numérisé non relu

VOIX

11 est fou !

CllOl'UR, REPRISE.

Pour charnier la vie, etc.

badureau, fermant la porte avec humeur.

Fou?.. Oui, je suis fou de rage et de désespoir!.. Ruiné à plat! et quand je leur promets dix mille francs c'est pour les amorcer, car je n'ai plus le sou... tout me craque... tout me manque! Il y a quelques années je venais d'être élu membre de l'académie... de coiffure, lorsque mon oncle Absalon qui habitait New-Yorck, où, en sa qualité de perruquier, il exerçait l'art difficile d'accommoder les républicains de ces contrées, m'appela auprès de lui. Je partis rêvant la gloire. Pendant la traversée, je mis la dernière main à mon grand ouvrage sur la physiologie du cheveu. Jy révèle l'art inconnu de reconnaître le caractère à la simple inspection des cheveux; de là mes immenses succès. Mon oncle fil une fortune considérable ; après quoi, il prit la grave résolution de décéder. En ma qualité d'héritier j'emportai le numéraire, et je revins le manger en France. J'avais donné l'ordre de réaliser le reste de la succession qu'un navire le Jean-Bart, devait débarquer au Havre... lorsque patatras!., j'apprends que le Jean-Bart a péri avec le saint frusquin de mon oncle... Quelle tuile... Toute la fortune de ce respectable perruquier a été dévorée par les merlans... qui se seront probablement considérés comme héritiers plus directs que moi... Oh! l'esprit de corps!., l'esprit de corps:., ruiné! me voila condamné à visre comme un cloporte... moi qui ai connu tous les agréments du luxe? h^ puis-jo? ou plutôt le peux-je?

Air d'Aristippe.

Non ! j'aime luicux la mort... et la plus prompte ; C'est décidé ! je pi rtends en linii' ! La pauvreté, selon moi, c'est to honte 1

Je rougirais de la subir,

Non i je ne veux pas la subir :

L'homme opulent, dépouillé de sa rente, Perd son éclat, mais non pas sa tierlé! Tel le métal que Ruolz met en vente Et qui rougit, s'il est désargenté.

Et ils se sont tous moqué de moi; ils ont osé me dire qu'il y a mille moyens de quitter la vie, et que quand on a du courage, on n'a besoin de personne! Je voudrais bien les y voir... on tue un lapin, on tue un perdreau, case fait; mais quand il s'agit de se tuer soi-même, ça devient tout de suite une affaire !.. voilà pourquoi j'avais conçu l'idée ingénieuse de sauter à pieds joints pardessus ce quart d'heure... réellement pénible. Il s'agissait tout bonnement de trouver quelqu'un qui, moyennant une somme de... aurait fait mon affaire, à l'instant où je m'y serais le moins attendu... j'aurais continué mon petit train de vie, et puis à un moment donné... crac!., c'était certainement très gentil, je trouvais ça gai !.. Et voilà que ces animaux-là me rient au nez.. . (// remonte.) Ah! ils sont partis! et direque personne parmi eux ne veut se charger... nous n'avons donc plus de gueux dans notre belle France '^. Qu'allons-nous devenir!.. (Regardant sa manche.) (Ju'esl-ce que c'est que ça?., ce drôle de Jobin ne brosse même plus mes habils... un cheveu... quelle horreur!., tiens! c'est un cheveu de femme, sa longueur me l'indique... de plus, il est châtain... (Très a/firmativement.) Ce cheveu provient d'une châtaine! (Examinant le cheveu.) 11 est fin et soyeux... cette femme est jeune!., quelle souplesse!., ce n'est point une femme, c'est une demoiselle... peau blanche, yeux bleus... bleus!... azur du ciel, et couleur nationale des perruquiers... (Examinant toujours le chereu.) Elle doit être timide et disposée aux affections tendres. (Avec éclat.) Sapristi! mais diles-donc, elle est charmante! (Appelant vivement.) Jobin! Jobin !..

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